Gros plan sur Jean-Louis Moulot, maire de Grand Bassam, et Stéphane Gbeuly, maire de Daloa, deux maires en première ligne dans la lutte contre la dégradation des terres et les crises climatiques
De Grand Bassam à Daloa : la gestion durable, un enjeu local et global
La Côte d’Ivoire est un pays bordé par l’océan et un pays forestier. Son littoral est menacé par la montée des eaux de l’océan et son intérieur par la déforestation. Deux villes emblématiques, Grand Bassam et Daloa, incarnent la nécessité pour le pays et les élus locaux de concilier deux combats qui, en réalité, n’en font qu’un : la gestion durable des mers et la protection des forêts.
Les enjeux locaux s’inscrivent dans un enjeu global. Jean-Louis Moulot, le maire de Grand Bassam, une ville du littoral, et Stéphane Gbeuly, le maire de Daloa, une ville de l’intérieur, doivent concilier l’impératif de développement et la réponse aux urgences écologiques. Les deux villes, qui sont des puissances économiques en plein développement, sont adossées à un environnement en danger : l’océan pour Grand Bassam et les zones forestières pour Daloa.
Jean-Louis Moulot et Stéphane Gbeulu ont conscience de la richesse et de la diversité de leur patrimoine naturel, ce qui leur donne une responsabilité particulière : réinventer constamment leurs villes pour en assurer la prospérité économique et, à travers les politiques qu’ils conduisent, protéger leur patrimoine naturel. Résultat de l’activité de la nature, le patrimoine naturel subit des modifications du fait des activités humaines et est menacé par le réchauffement climatique. En parlant de la nature, la notion de « patrimonialité » évoque une notion de valeur intrinsèque et un besoin de conservation et de transmission de ce qui est un bien commun.
Enjeux locaux, nationaux et mondiaux
Les politiques de développement en Côte d’Ivoire doivent désormais prendre en compte, de manière systématique, les enjeux de protection du patrimoine naturel. À côté des politiques nationales, que définit le « Programme National d’Adaptation au Changement Climatique » (PNACC), des élus comme Jean-Louis Moulot et Stéphane Gbeuly conduisent des politiques de développement adaptées qui prennent en compte les spécificités de leur territoire, les réalités locales et l’intérêt des communautés. La sensibilisation environnementale est devenue un impératif local, national et mondial.
Conscient de cette nécessaire articulation entre les dimensions locales, nationales et mondiales, Robert Beugré Mambé, le Premier ministre ivoirien, et Jean-Louis Moulot, le maire de Grand Bassam, étaient présent à Nice, lors de l’Unoc-3, la 3e Conférence des Nations unies sur l’océan, un rendez-vous diplomatique qui a réuni, du 9 au 13 juin 2025, plus de 30 000 délégués de près de 170 pays.
Ils ont pu s’entretenir avec Christian Estrosi, le maire de Nice, qui va présider une coalition mondiale de villes et régions littorales confrontées au dérèglement climatique. Cette coalition regroupe des centaines de villes (New York, Rio, Alexandrie, Nice, Abidjan, Grand Bassam, etc.). Cette coalition des villes et des régions côtières a été baptisée « Montée du niveau de la mer et résilience côtière » (« Ocean Rise & Coastal Resilience »).
Grand Bassam
Fondée en 1838, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2012, Grand-Bassam a été la première capitale coloniale de la Côte d’Ivoire. Sa dimension historique n’en fait pas le musée figé d’une architecture coloniale qui témoignerait d’une grandeur disparue, c’est au contraire une destination touristique balnéaire prospère sur le plan économique.
Parce qu’elle est en plein développement, Grand-Bassam doit faire face à des défis majeurs, notamment des vides juridiques qui créent les conditions d’une dégradation des terres et permettant à la population de s’affranchir des règles d’urbanisme. Grand-Bassam, qui possède des zones humides de valeur mondiale, est classée, depuis 2024, zone Ramsar, la ville abritant une biodiversité exceptionnelle, avec un réseau d’eaux douces, lagunaires et maritimes, incluant le fleuve Comoé et l’océan Atlantique.
Pour protéger sa ville et les populations, Jean-Louis Moulot, entend lutter contre les effets du changement climatique qui provoquent de graves inondations récurrentes (juin 2023), la pression que représente la périurbanisation croissante de la ville d’Abidjan et une érosion côtière accrue. Selon Jean-Louis Moulot, l‘avenir de Grand Bassam suppose la mise en œuvre d’actions qui permettront de concilier prospérité économique, développement durable et préservation du patrimoine naturel. (2).
Daloa, la 3ème ville la plus peuplée de Côte d’Ivoire
Située à 383 km d’Abidjan, Daloa, une ville du Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire, est la capitale du district de Sassandra-Marahoué et chef-lieu de la région du Haut-Sassandra. Avec plus de 420 000 habitants en 2021, elle est la 4ème ville la plus peuplée du pays. Capitale régionale très attractive, elle concentre les activités économiques du centre-ouest de la Côte d’Ivoire, ce qui se traduit par une pression sur les espaces urbain et péri-urbain.
Les sites naturels et les forêts classées de la région de Daloa sont menacés. On assiste à l’aggravation du phénomène de déforestation (3). Pour le maire de Daloa, Stéphane Gbeuly, les atteintes au patrimoine naturel sont le reflet des incohérences des politiques urbaines et des crises sociales. L’enjeu, pour le maire de Daloa est aussi de concilier prospérité économique, développement durable et préservation du patrimoine naturel.
Que deviendront Grand Bassam et Daloa dans les prochaines années ?
Cette question ne concerne pas uniquement Grand Bassam et Daloa, elle concerne toutes les villes de Côte d’Ivoire. Mais, ces deux villes sont un laboratoire à ciel ouvert où se joue une même ambition : penser les villes de demain. Les maires de Grand Bassam et Daloa, sur des territoires différents, ont à relever le même défi : sensibiliser, mobiliser et associer l’ensemble des acteurs publics et privés, la société civile et les jeunes générations à la construction d’un développement harmonieux des territoires. Tous les maires participent à un même combat, celui de la réconciliation entre le développement économique et le développement durable. C’est dans cette réconciliation que se construit l’avenir des villes africaines de demain.
(1) Il existe 3 COP : la grande sœur, la COP sur le climat qui se tient tous les ans; et les petites sœurs, la COP sur la biodiversité et la COP sur la dégradation des terres, qui se tiennent tous les 2 ans.
(2) Lors de l’UNOC-3, les échanges qu’ils ont eus montrent que le maire de Grand Bassam, Jean-Louis Moulot, et le maire de Nice, Christian Estrosi, partagent une même vision des villes du littoral de demain.
(3) Parmi les problèmes environnementaux que rencontre la Côte d’Ivoire, figure la disparition de son couvert forestier : 90% de la surface des forêts ivoiriennes ont disparu durant les 60 dernières années. A partir de 2017, le pays s’est engagé dans une transition vers une agriculture zéro déforestation et un vaste programme de reforestation.
Christian GAMBOTTI
Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de l’Université de l’Atlantique (Abidjan) – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact : cg@afriquepartage.org