Afrique

Guinée : 3 ans après l’arrêt de l’usine, la ville minière de Fria (Petit-Paris) vit dans un rythme de désolation (Reportage)

Par Charles Kouassi8 février 2015

AFRIKIPRESSE – Conakry. Fria. Les citoyens de la ville Fria, située à 160 km au nord de Conakry, frappés à plein fouet par l’arrêt de la première usine d’alumine en Afrique, vivent dans un total désespoir. La préfecture de Fria , autrefois surnommée ”Petit Paris” manque de tout.

Hier, les travailleurs de l’usine de la ville avaient le privilège d’avoir de l’électricité 24h/24, des logements sociaux pour les employés locaux, des écoles, des hôpitaux de qualité gratuits pour tous, un cinéma, une piscine olympique, un stade, mais  aujourd’hui, ce n’est pas le cas.

Depuis le 4 avril 2012, il y a 3 ans, une crise sans précédent déclenchée par les syndicats des travailleurs s’est emparée de Fria conduisant à l’arrêt systématique de l’usine. Cette situation laisse 3000 travailleurs au chômage sans salaire et plonge la ville sans eau, ni électricité dans un désastre économique et sociale.

Mohamed Soumah, 58 ans, ex-agent de l’usine Rusal-Friguia, venu puiser de l’eau pour sa famille, témoigne :‎ ” Depuis trois ans je viens puiser de l’eau potable ici à la station. Je parcours au moins 4 km pour trouver de l’eau. C’est pourquoi je prends ma voiture amener 25 bidons par voyage. Puisque j’ai une grande famille. Pour cela, il me faut trois voyage par jour”.

 

 

Lorsque l’usine d’alumine était en marche, M. Soumah se souvient que l’eau coulait à flot dans sa cours. Aujourd’hui en détresse, il se lamente : ”Nous souffrons beaucoup avec le problème d’accès à l’eau potable. Je traverse toute la ville pour venir me procurer de l’eau pour la famille. Les enfants ne peuvent pas venir ici tous les jours pour faire ça. Lorsque l’usine marchait, aucun habitant de la préfecture n’avait le problème de l’eau. Ça coulait à flot partout. Mais maintenant, avoir cette eau potable est devenu pour nous un parcours du combattant. C’est avec cette eau que nous faisons tout. A boire, pour préparer, pour laver la vaisselle et les habits, etc. on ne peut pas rester sans l’eau”.

Plusieurs citoyens ont fui la zone faute de moyens pour nourrir leur famille. ”Fria est dure. Beaucoup sont partis depuis que l’usine a arrêté ses activités”, affirme un autre travailleur.

”Moi je suis là à cause de mes enfants qui étudient. Je ne peux pas les laisser ici comme ça partir, sinon je serais déjà parti depuis longtemps. Car on vit difficilement ici à Fria”, ajoute-t-il.

Dans plusieurs foyers, ce sont les mères de famille qui prennent le relai de leur époux, poussé au chômage indéterminé.

 

 

”Nous sortons à 4 heures du matin tous les jours pour venir aux immeubles ici pour chercher de la glace. C’est ce que nous allons revendre pour pouvoir subvenir aux besoins de nos enfants. Nous n’avons rien à manger, rien pour habiller nos parents et pour aider nos maris. Ils n’ont pas d’argent, parce qu’ils ne travaillent plus”, se lamente Mme Iya Camara, mère de dix enfants.

L’usine d’alumine de Fria avait été installée dans les années 60 par une Compagnie industrielle française ”Péchiney”. Depuis plus de 10 ans, elle est détenue par Rusal, géant minier et employeur russe, dont les rapports avec travailleurs n’ont pas toujours été  au beau fixe.

Pour en savoir davantage sur la vie quotidienne des Friakas ( les habitants de Fria) , veuillez lire notre dossier spécial dans le 4 ème  numéro du magazine AFRIKIPRESSE à paraître en mars 2015.

 

Mamadou Aliou BM Diallo, envoyé spécial à Fria

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