Mohamed Camara, juriste et professeur de Droit dans des Universités à Conakry, analyse la crise politique qui secoue le pays en prélude des scrutins électoraux en vue.
AFRIKIPRESSE : Lundi 22 juin, la Commission électorale a pris par lettre , et sur demande pressante des parties au dialogue politique, de la volonté des acteurs politiques, d’annuler le calendrier des élections locales . Elle a accepté la requête, mais elle a insisté sur son indépendance. Quelle analyse faites-vous sur cette situation ?
Mohamed Camara : La commission électorale nationale indépendante (CENI) est une institution constitutionnelle. La loi 016 sur la CENI indique clairement en son article 8 que la CENI ne doit avoir ni d’ordre, ni solliciter d’ordre de la part de qui que ce soit. Ce serait bon que toutes les obédiences politiques respectent le contenu de cette loi. Mais, il serait bon que la CENI elle-même se plie à la loi parce qu’elle ne peut pas maintenir une date constitutionnelle pour l’élection présidentielle qui est normale, et proroger le mandat illégal des élus locaux, toute chose contraire au principe de la décentralisation. Si elle ne revenait pas sur sa décision, elle aurait à son tour violé la loi. Donc, je pense qu’elle s’est rendue à l’évidence et que c’est sage de revenir sur sa décision pour trouver une solution en vue de continuer le processus.
Pour vous, faut-il ramener les élections communales avant l’élection présidentielle ou après ?
Je pense que l’idéal serait de coupler l’ensemble de ces élections pour permettre à la Guinée d’avoir à gagner en économie de ressources financières étant donné que le pays a une économie impactée par la fièvre Ebola, pour gagner en temps et éviter surtout que notre pays soit le seul pays au monde à être écartelé entre des élections en continu 2010, 2013, 2015, 2016, 2018, 2020 pour des scrutins différentes. Ce n’est pas une bonne chose. Ça arrive à un point nommé en ce sens que ce revirement sert de déclic pour démarrer le dialogue quant aux questions de fond. À mon avis, il faut s’acheminer vers un couplage.
Ainsi, ça éviterait à un des camps de crier victoire de si tôt. Parce que le pouvoir dit être favorable au calendrier initial de la CENI, l’opposition dit ne pas être favorable. Il faut couper la poire en deux en couplant les élections.
Prendre un acte aussi important au milieu du processus est-il bon pour la CENI et la crédibilité du processus ?
Ça ne pose pas un problème de crédibilité sur les échéances qui doivent arriver. C’est plutôt une sorte d’approche de solutions par rapport à la crise, parce que baisser la tête dans le guidon et aller tout droit vers l’impasse ne me semble pas une bonne logique. C’est plus sage de faire un rétropédalage pour que ça serve l’intérêt non pas des camps en face, mais celui du pays. Car la CENI est certes une institution qui organise des élections, mais elle est un organe qui preste le service politique pour les acteurs politiques. Et s’il n’y a pas de confiance entre les acteurs politiques avec une méfiance si prononcée et qu’elle ne contribue pas à aplanir les divergences en campant sur ses positions, ce serait contre productif. Je pense que c’est ce qui allait créer tout de suite un doute et jeter du discrédit sur les résultats qui allaient être issus des élections. Ça aurait aussi un impact sur la légitimité des personnes qui allaient être élues.
Pour qu’une élection soit transparente, avec des résultats acceptés de tous dans un climat pacifique, il faut que les acteurs trouvent une sorte d’entente sur des prescriptions de base avant d’y aller.
Entretien téléphonique réalisé par Aliou BM Diallo, pour Afrikipresse.fr