Depuis la fin officielle du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), le 19 novembre 2025, de nombreux travailleurs étrangers et diplômés installés au Québec dénoncent une rupture dans leur parcours migratoire. Le gouvernement mise, désormais, sur le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), un dispositif plus structuré, mais aussi plus sélectif.
Un programme pour les personnes déjà intégrées
Mis en place pour faciliter l’installation de personnes déjà présentes au Québec, le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) s’adressait principalement à deux grandes catégories : les travailleurs étrangers temporaires et les étudiants étrangers diplômés du Québec. Son principe était simple : reconnaître l’expérience acquise sur le territoire québécois comme un atout majeur dans l’accès à la résidence permanente.
Pour de nombreux candidats, le PEQ offrait une trajectoire plus lisible. Après des études, une insertion professionnelle et un début d’intégration dans la société québécoise, ce programme leur permettait d’envisager un avenir à long terme. C’est justement pour cette raison que sa disparition continue de susciter autant de réactions : pour beaucoup, il ne s’agissait pas seulement d’un programme administratif, mais d’un élément central de leur projet de vie.
Les inquiétudes liées à la fin du PEQ
La suppression du PEQ continue d’alimenter l’incompréhension chez de nombreux candidats à l’immigration permanente. Pendant plusieurs années, ce mécanisme a constitué l’une des voies les plus rapides pour permettre à des travailleurs étrangers temporaires et à des diplômés étrangers formés au Québec d’accéder à la résidence permanente.
Mais depuis le 19 novembre 2025, ce programme a pris fin. Cette décision du gouvernement a provoqué un choc chez de nombreuses personnes qui avaient choisi de s’installer au Québec en misant précisément sur cette passerelle. Plusieurs étudiants, salariés étrangers et acteurs de la société dénoncent, depuis, cette réforme, réclamant parfois une clause de droits acquis pour les personnes déjà engagées dans le processus de résidence.
Ce que dit le gouvernement sur la fin du PEQ
Le gouvernement du Québec précise sur sa page officielle que le PEQ a pris fin le 19 novembre 2025 et qu’il n’est plus possible de présenter de demande dans les deux volets de ce programme. Les autorités ajoutent toutefois que les demandes déjà déposées avant cette date continuent d’être traitées par le ministère de l’Immigration, de la francisation et de l’intégration.
Autrement dit, les personnes qui avaient déjà soumis un dossier avant la fermeture du programme ne sont pas automatiquement exclues du processus. En revanche, pour les nouveaux candidats, il faut désormais passer par un autre mécanisme.
Le PSTQ, nouvelle voie de l’immigration permanente
Pour remplacer l’ancien dispositif, Québec mise désormais sur le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), devenu la principale voie d’accès à la résidence permanente pour les travailleurs qualifiés. Ce programme s’adresse aux personnes qui souhaitent immigrer au Québec de façon permanente pour y travailler, qu’elles se trouvent déjà sur le territoire québécois ou à l’étranger.
Le PSTQ repose sur une logique différente du PEQ. Là où le PEQ était souvent perçu comme une voie simplifiée pour des personnes déjà intégrées, le PSTQ fonctionne selon une approche plus large, avec des critères de sélection déterminés par les besoins du marché du travail et par les priorités du gouvernement.
Comment fonctionne concrètement le PSTQ ?
Le PSTQ passe par la plateforme Arrima. La première étape consiste à créer un compte et à déposer une déclaration d’intérêt. Cette démarche ne constitue pas encore une demande complète de résidence permanente. Il s’agit d’un profil soumis au gouvernement, qui permet aux autorités d’identifier les candidats susceptibles d’être invités à présenter une demande formelle. La déclaration d’intérêt peut être déposée à tout moment et demeure valide pendant 12 mois.
Après cette étape, le ministère peut lancer des rondes d’invitations. Les personnes sélectionnées reçoivent alors une invitation à présenter une demande de sélection permanente. Le gouvernement précise que ces invitations sont faites en fonction du volet correspondant à la profession principale du candidat, ainsi qu’à sa catégorie professionnelle dans la Classification nationale des professions.
Le PSTQ est structuré autour de quatre volets, couvrant l’ensemble des professions du marché du travail québécois. Le ministère explique également que des exigences générales s’appliquent à tous les volets, auxquelles s’ajoutent des conditions spécifiques selon les profils visés.
Pourquoi autant de critiques ?
Le PEQ reposait sur une logique de reconnaissance de l’expérience québécoise. Il visait surtout des personnes déjà présentes, déjà insérées dans la société québécoise, et leur offrait une voie relativement directe vers l’immigration permanente. Le PSTQ, lui, fonctionne selon une logique de sélection par priorités économiques. Les candidats doivent d’abord déposer une déclaration d’intérêt dans Arrima, attendre une éventuelle invitation, puis répondre à des critères plus détaillés liés notamment à leur profession, leur formation, leur expérience et leur niveau de français.
La fin du PEQ est donc perçue par plusieurs candidats comme un durcissement des règles en cours de parcours. Beaucoup rappellent qu’ils ont investi dans des études, accepté des emplois, appris le français et bâti leur vie au Québec en s’appuyant sur l’existence de cette voie d’accès simplifiée à la résidence permanente.
Cette frustration est d’autant plus forte que le Québec continue de faire face à des pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs clés. Le nouveau système est présenté par le gouvernement comme une manière de mieux arrimer l’immigration permanente aux besoins réels du marché du travail. Mais pour les personnes concernées, ce changement a parfois le goût d’une promesse inachevée.
Yaya K avec