Depuis une décennie, la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan renforce méthodiquement sa présence sur le continent africain, sous couvert d’un « partenariat égalitaire ». Mais derrière ce discours diplomatique, l’expansion turque s’appuie sur des leviers militaires et économiques qui fragilisent la souveraineté des États africains, notamment en Afrique de l’Ouest.
La Turquie, nouvel acteur stratégique en Afrique
Depuis l’arrivée au pouvoir de Recep Tayyip Erdoğan, Ankara a multiplié l’ouverture d’ambassades, l’organisation de sommets Turquie Afrique et les accords bilatéraux de défense. Cette stratégie offensive vise à positionner la Turquie comme une alternative crédible aux partenaires occidentaux traditionnels, en mettant en avant une relation prétendument débarrassée de l’héritage colonial.
Militarisation : le drone comme outil d’influence politique
L’industrie de défense turque est devenue un pilier central de cette influence. Produisant aujourd’hui près de 80 % de ses équipements militaires sur son territoire, la Turquie est l’un des principaux exportateurs d’armements vers l’Afrique. Le drone Bayraktar TB2, acquis par une quinzaine d’États africains, illustre cette diplomatie sécuritaire.
Présenté comme une solution efficace et accessible contre les groupes armés, cet équipement crée toutefois une dépendance technologique et opérationnelle durable. À cela s’ajoute la présence de sociétés militaires privées, notamment SADAT, dont les activités soulèvent des inquiétudes en matière de transparence, de respect des droits humains et de protection des civils.
Une relation économique asymétrique
Sur le plan économique, les échanges entre la Turquie et l’Afrique connaissent une croissance rapide, avec un objectif de 40 milliards d’euros en 2025. Mais cette dynamique profite très largement à Ankara.
L’expansion turque repose largement sur l’exportation de produits finis et sur la conquête de nouveaux marchés, tandis que de nombreux pays africains restent dans une position de consommateurs, avec des retombées industrielles locales faibles. Plusieurs observateurs soulignent le déséquilibre grandissant de cette relation.
Une coopération à encadrer
Pour les pays africains, dont la Côte d’Ivoire, la Turquie représente une opportunité stratégique réelle. Mais sans cadres clairs et exigences de réciprocité, ce partenariat risque d’installer une nouvelle dépendance, sécuritaire et économique, sous couvert d’une coopération gagnant-gagnant.
Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info