Proche collaborateur de Guillaume Soro, Félicien Sékongo, dans cet entretien, embouche la même trompette que son mentor, appelant les Ivoiriens à la réconciliation et surtout à la confiance à l’égard de la démarche du Président de l’Assemblée nationale.
Vous êtes président du MVCI (Mouvement pour la promotion des nouvelles valeurs de Côte d’Ivoire). Qu’entendez-vous par nouvelles valeurs ? Ivoirien nouveau…
Ici, les valeurs nouvelles ne consistent pas en la création de nouvelles valeurs, mais, il s’agit de faire revenir celles qui étaient en cours en Côte d’Ivoire et que l’on a perdues du fait des crises qu’a traversées notre pays. Lorsqu’un peuple a connu une crise, il y’a des comportements et des attitudes qu’il acquiert. Et ces nouveaux comportements acquis ne sont pas de nature à consolider les liens entre les différentes composantes du peuple. Nous avons pris sur nous la responsabilité de travailler en sensibilisant, et en posant des actes aux fins de changer , ou de faire disparaitre ces comportements hérités des crises que notre pays a connues pour retourner aux valeurs normales qui devaient pouvoir régir la vie.
C’est quoi les valeurs normales ?
Nous avons pu relever, qu’au sortir de la crise, le peuple de Côte d’Ivoire est fortement divisé. On remarque donc que les valeurs de fraternité, de solidarité et de tolérance n’existent plus. Lesquelles valeurs pour la plus part, sont consacrées par notre Hymne Nationale. Il y’a aussi que les Ivoiriens sont stigmatisés. Il est su de tous que la catégorisation des Ivoiriens qui a entraîné la crise, perdure et s’enracine dans la société ivoirienne. Il faut que cela change. Il nous faut parvenir à construire la nation ivoirienne. Il nous faut arriver à créer cette unité sociale et en faire le socle du développement de notre pays. Les gens ont les mêmes problèmes, mais ils ne sont pas solidaires. Et cela, il faut qu’on y remédie.
C’est cela l’aspect théorique de votre mouvement. De façon pratique, avez-vous déjà posé des actions qui matérialisent cette volonté affichée ?
Pour l’heure, nous procédons à la sensibilisation de nature à participer à la maturation et à la mue du peuple. En analysant la situation qu’a connue notre pays, nous arrivons à en déceler la cause qui n’est autre que l’action politique qui a été donnée de voir en Côte d’Ivoire. Pour nous, on a l’impression que les politiques n’ont pas d’intérêt à ce que le peuple de Côte d’Ivoire gagne en maturité pour apprécier les choses de manière objective, et dans son propre intérêt. Les politiques, pour nous donc, sont coupables. Un peuple immature politiquement est forcément l’objet de tous les abus des politiques qui ambitionnent vaille que vaille de conquérir et gérer le pouvoir. Sous nos tropiques, cela se fait loin sans se soucier des méthodes normatives du jeu politique. A notre niveau donc, nous travaillons à remettre au centre du débat politique les idéologies, les idées politiques fondées sur les valeurs démocratiques.
Lorsque vous parlez de la responsabilité des politiques, l’on pourrait vous rétorquer que le président Alassane Ouattara prône l’Ivoirien nouveau. N’est-ce pas là, la volonté politique ou pensez-vous que ce n’est pas suffisant ?
Dans l’évolution d’une société donnée, on ne peut se limiter à décrire les faits. Il faut poser des actes en conséquence. Quel est le contenu du concept de l’Ivoirien nouveau ? Quel est l’usage qu’on fait du concept de l’Ivoirien nouveau ? Quelle est la politique qu’on assoit pour consacrer la naissance ou l’émergence de ce nouveau type d’Ivoirien ? Sans toutefois minimiser le pas posé, nous restons insatisfaits et pensons que l’on a le devoir d’aller au-delà de l’évocation du concept.
Comment par exemple …,
Tout concept, aussi noble soit-il trouve sa valeur par son contenu et de l’usage qu’on en fait. Or, malgré l’existence de ce concept, il nous est donné de voir , ou d’entendre des politiques dire que si telle situation politique se produit, nous les fils du nord, nous les fils du sud, de l’ouest, … nous encourons tel risque. Non ! Il faut raisonner Côte d’Ivoire. Et donc si nous voulons qu’il y’ait un Ivoirien nouveau, il appartient à tous les politiques de commencer à raisonner Côte d’Ivoire et à mettre au centre de leur action politique, de leurs analyses, la Côte d’Ivoire.
Vous pensez donc que le président de la République devrait pousser plus loin le bouchon ?
Absolument ! Il faut donner un contenu au concept de l’Ivoirien nouveau, et évoluer en fonction selon ses prescriptions. Pour que tout Ivoirien, à quelque niveau qu’il se trouve, épouse le dit concept et en fasse son repère.
Est-ce cette façon de voir les choses qui vous pousse à intégrer l’alliance du 3 avril dont le chef de file est le député de Fresco, Alain Logbognon ?
Absolument! Nous, nous savons une chose : pour que le peuple de Côte d’Ivoire se retrouve, il faut commencer à poser des pas. C’est vrai, il y’a des choses qui ont été faites. Mais, le constat est que ces choses paraissent insuffisantes. Que faire ? Il faut donner un nouvel élan. Redynamiser le processus. Décupler notre volonté d’aller à la réconciliation qui garantira un environnement politique serein et amènera les Ivoiriens à apprécier les choses selon l’intérêt du pays tout entier et non selon une catégorisation liée à la tribu ou à autre chose.
Vous participez à l’Alliance du 3 avril qui est inspirée par le discours du 3 avril de Guillaume Soro, qui a placé l’année parlementaire 2017 sous le sceau de la réconciliation. Le président de l’Assemblée nationale a fait certaines sorties, où il demande pardon et appelle les Ivoiriens au pardon. C’est quasiment la même chose que vous dites. Mais, en ville, dans les rues, nombre d’Ivoiriens pensent que c’est inopportun. Et qu’il y aurait un vrai problème de timing vu que Guillaume Soro, à entendre certains de ses proches, viserait le pouvoir en 2020…
Je vous vois venir. Les gens seraient en train de dire que Guillaume Soro parlant de réconciliation aujourd’hui, c’est parce qu’il aurait du mal dans la maison du RDR et qu’il aurait des ambitions politiques. Nous disons qu’il faut éviter les procès d’intention. Ce n’est vraiment pas le moment ! A supposer que Guillaume Soro soit sincère dans son engagement pour le pardon et la réconciliation en Côte d’Ivoire, et qu’au nom des préjugés, on se ligue contre lui pour le combattre cette initiative qu’obtenons-nous ? On demeurera dans la situation de belligérance. A supposer dans le pire des cas qu’il ne soit pas sincère, que perdons-nous à épouser cette vision qu’il a pour mener le combat effectivement pour le pardon et la réconciliation et après le laisser pour compte. A ce stade des choses, prenons des exemples qui nous sont donnés par l’histoire même de notre pays. En occurrence, le Front Républicain est né et était composé du FPI socialiste et du RDR libéral. Du point de vu idéologique, pareille alliance est difficile à justifier. Mais, elle trouvait son essence dans la poursuite d’un objectif spécifique commun aux deux formations politiques. De façon opportuniste, le FPI et le RDR se sont mis ensemble pour l’atteindre. Une fois atteint, chacune des parties est retournée poursuivre l’atteinte de son objectif stratégique ou général. Cela relevé, Guillaume Soro n’invite personne à renier son identité politique ou à abandonner son ambition politique. Par contre, il invite tous les Ivoiriens à dire que nous avons un ennemi commun qui est la belligérance. Mettons-nous ensemble pour conjurer ce mal pernicieux qui à terme, risque de perdre notre Nation. Après, chacun ira aux occupations qui lui paraissent à même de lui assurer son devenir. Décelez moi le mal qu’il y’a dans cette volonté. En toute honnêteté, Guillaume Soro dans ses réactions, dans son discours est fortement sincère. Alors, nous souhaitons que l’on perçoive l’Alliance du 3 avril à la limite comme une alliance d’opportunité dont l’objet n’est autre que le pardon et la réconciliation. Allons tous dans l’Alliance du 03 Avril et une fois cet objectif atteint, vu que ce n’est pas une alliance-fusion, chacun sera libre de se retirer, et de reprendre la poursuite des objectifs qui étaient les siens à l’origine de la création de sa structure.
Vous qui êtes un proche de Guillaume Soro, est-ce qu’à un moment donné, le président de l’Assemblée nationale vous a confié qu’il œuvrait pour une amnistie générale qui permettrait de libérer tous les prisonniers politiques ?
Je vais vous répondre très simplement. Il faut avoir confiance en la lucidité politique de Guillaume Soro, en la grandeur d’esprit de l’homme. Il est clair que lorsqu’il parle de réconciliation, il pense libération des prisonniers politiques parce qu’il sera difficile de réconcilier les Ivoiriens pendant que certains d’entre nous croupissent dans les geôles pour des choix politiques. Et, Guillaume Soro sait que dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, il y’a eu beaucoup de lois d’amninistie. Le président Bédié a pris une loi d’amnistie pour tous ceux qui étaient impliqués dans le boycott actif de 1995. En 2007, Laurent Gbagbo a pris une loi d’amnistie pour les fautes commises lors des événements de 2002. Donc, bien évidemment, en parlant de réconciliation, Guillaume Soro intègre la possibilité, sinon la composante, de l’amnistie des prisonniers politiques.
Mais, dans l’autre camp, on s’interroge à quoi bon libérer les prisonniers après 6 ans de prison sans qu’aucune personnalité dans le camp au pouvoir n’ait été arrêté ni jugé ?
Je pense très honnêtement que c’est une mauvaise bataille que mènent les adeptes de cette pensée. Pensent-ils que pour les enfants de ceux qui sont en prison et qui travaillaient pour nourrir leurs familles, la priorité se trouve à ce niveau ? Pensent-ils que grossir le nombre de prisonniers en Côte d’Ivoire soit leur préoccupation première ? Ces pères de famille ont certainement envie de retrouver leurs progénitures et travailler pour subvenir à leurs besoins. Ceux qui le disent, je crois qu’ils ne sont même pas touchés par les réalités que connaissent les familles dont certains membres sont en prison. S’ils étaient touchés, ils comprendraient que la priorité, c’est la libération de ces prisonniers-là pour qu’il retrouve leur dignité, leur honneur.
Réalisée par Chris Monsékéla