Depuis le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), signé en 1968 et entré en vigueur en 1970, le monde repose sur un compromis : les États non dotés renoncent à l’arme nucléaire, tandis que les puissances nucléaires s’engagent à négocier le désarmement et à faciliter l’accès au nucléaire civil. L’Iran, signataire du TNP en 1968 et membre de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), revendique ce droit au nucléaire civil, y compris l’enrichissement d’uranium à des fins énergétiques.
La crise s’intensifie en 2002 avec la révélation de sites nucléaires iraniens non déclarés. S’ensuivent sanctions et négociations. En 2015, le Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA) limite drastiquement le programme iranien en échange d’une levée des sanctions. En 2018, les États-Unis se retirent unilatéralement de l’accord, relançant l’escalade.
Au-delà des accusations de soutien à des groupes armés, la question centrale demeure : qui a le droit de maîtriser la technologie nucléaire ? Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) sont officiellement dotés de l’arme atomique depuis 1968. Les autres doivent se contenter du civil, sous surveillance étroite.
Le cas du Niger est éclairant. Quatrième producteur mondial d’uranium dans les années 1970, pilier énergétique de la France depuis l’indépendance (1960), le Niger exporte sa matière première sans en maîtriser la transformation. S’il décidait demain d’enrichir son uranium sur son sol, respecterait-il encore la “ligne rouge” géopolitique ?
L’enjeu dépasse l’Iran. Il interroge l’équité du système international : la non-prolifération est-elle un outil de paix universelle ou un mécanisme de verrouillage stratégique ? À l’heure où l’accès à l’énergie conditionne le développement, la souveraineté technologique des pays du Sud reste suspendue à l’approbation des puissances établies.
Charles Kouassi