International

Justice réparatrice : la lettre ouverte de “La Coque Nomade” à Emmanuel Macron

Par Yaya Kanté8 mai 2026

À la suite de l’inauguration historique du premier « Mât de la Fraternité et de la Mémoire » à Nantes en avril dernier, l’association La Coque Nomade Fraternité interpelle Emmanuel Macron. Dans une lettre ouverte adressée au Président de la République française, son président Dieudonné Boutrin et le bénévole Pierre Guillon de Princé (descendant d’armateurs négriers) sollicitent une audience officielle. Leur objectif : ouvrir un dialogue national sur la justice réparatrice et fédérer l’État autour d’un mouvement international déjà soutenu par l’ONU et l’UNESCO, visant à guérir les blessures persistantes de l’esclavage et du racisme.


LA COQUE NOMADE Fraternité

Lettre ouverte à Son Excellence Monsieur le Président de la République française pour ouvrir une discussion sur la justice réparatrice

Association La Coque Nomade Fraternité
21 Mail des chantiers 44200 Nantes
contact@coquenomade-fraternite.com
Nantes, le 6 mai 2026,

Représentée par son Président Dieudonné BOUTRIN


Excellence, Monsieur le Président de la République,

Par message du 13 avril 2025, je m’étais présenté à vous, descendant d’armateurs négriers nantais, avec Dieudonné Boutrin, Martiniquais descendant de personnes mises en esclavage, au sein de l’association La Coque Nomade Fraternité.

Nous avions sollicité auprès de vous une audience et demandé votre parrainage pour notre événement portant sur l’inauguration du premier « Mât de la Fraternité et de la Mémoire », symbole fort de l’histoire de la traite négrière.
Cet événement s’est effectivement déroulé à Nantes du 16 au 19 avril 2026, ponctué par des conférences à la Maison de l’Avocat.

Le « Mât de la Fraternité et de la Mémoire », installé à jamais sur l’île de Nantes, a été inauguré devant un parterre de participant·e·s de haut rang venus d’Afrique, des pays d’outre-mer, du Royaume-Uni, du Portugal, des Pays-Bas et des États-Unis, sans oublier la foule immense présente.

Le « Mât de la Fraternité et de la Mémoire » constitue un symbole fort qui rend hommage à toutes les victimes ; il se veut aussi une vigie d’où l’on regarde vers l’avenir, vers un futur apaisé pensé entre les acteurs de la société civile. Il est ainsi dédié au soutien de la justice réparatrice.

À l’occasion de cette cérémonie solennelle, j’ai présenté officiellement, en toute humilité, mes excuses pour les activités de mes ancêtres en Haïti devant l’ambassadeur de ce pays, Monsieur Louino Volcy.

Ces excuses témoignent de la sincérité de mon engagement auprès des communautés de couleur et constituent un appel à la rencontre et au dialogue, en vue de « nous asseoir à la table de la fraternité », donnant corps au rêve de Martin Luther King.

Cette démarche est un préalable incontournable avant toute action réparatrice ; elle permet de rétablir la confiance entre nos communautés, de reconnaître la réalité de l’Histoire, d’établir un climat de fraternité et de guérir la blessure psychologique subie par les communautés de couleur qui ont été infériorisées.

L’esclavage est une blessure dont les stigmates sont toujours présents à travers le racisme, dont on n’a pas su, à ce jour, enrayer la progression.

Aujourd’hui, à l’issue de son inauguration, plus de 70 villes internationales situées sur le pourtour de la traite atlantique se sont engagées dans une alliance visant à faire émerger, après Nantes, d’autres « Mâts de la Fraternité et de la Mémoire ».

Les conférences ont abouti à la création d’une Fédération internationale des descendants de l’histoire de l’esclavage (F.I.D.H.E.), structurée et appelée, à terme, à rassembler, à travers le monde, des milliers d’adhérents et de sympathisants.

Par l’ensemble de ces initiatives (Fédération, Mât, excuses), nous avons lancé un vaste mouvement international dédié à la justice réparatrice ; à ce mouvement sont associés la CARICOM, l’ONU et l’UNESCO. Par ailleurs, huit familles de descendants d’esclavagistes, participantes à l’inauguration du Mât, se sont déclarées prêtes à nous suivre et à participer activement à nos actions.

Invités par la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage le 21 mai, à l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, nous répondrons également présents.

Aussi, forts de ce qui précède, Excellence, Monsieur le Président de la République, nous avons l’honneur de vous demander d’ouvrir une discussion sur la justice réparatrice afin d’accompagner ce mouvement que nous avons amorcé.

Nous sollicitons de votre haute bienveillance une rencontre afin de vous donner de plus amples détails.

Veuillez agréer, Excellence, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma haute considération.

(Signatures manuscrites)
Dieudonné Boutrin
Président de La Coque Nomade Fraternité
Président de la F.I.D.H.E.
75 rue de la Rinçais, 44119, Treillières
Courriel : dieudonne.boutrin@gmail.com
Téléphone : 06 22 52 65 07

Pierre Guillon de Princé
Bénévole de La Coque Nomade Fraternité
4 rue du Calvaire, 44000 Nantes
Courriel : pierre.guillon2prince@gmail.com
Téléphone : 07 88 63 65 33

📱 Version mobile accélérée (AMP)

Voir la version complète avec commentaires