Opinion

Kagame , le Rwanda et nous : lettre depuis les Milles Collines

Par Charles Kouassi13 décembre 2015

Cette semaine, face à un barrage de critiques de la part de la soi disant communauté Internationale qui hier encore l’applaudissait et le couvrait de soi disant aides au développement; et bien sûr de pantins Africains, le peuple Rwandais va une fois de plus prendre son destin en main. Un référendum dont l’organisation a respecté tous les textes de la Constitution Rwandaise et qui n’a occasionné aucune manifestation d’opposition de la part des Rwandais nulle part dans le Monde, est en train de faire l’objet de critiques virulentes.

Pourquoi ces réactions doivent nous interpeller quelles que soient nos philosophies quant à la durée idéale d’un mandat Présidentiel? Cet article va essayer de démontrer que derrière ces attaques dont Paul Kagamé fait l’objet, se cachent les manifestations de la relation incestueuse que l’Afrique continue d’entretenir avec son oppresseur d’Hier et d’aujourd’hui. Et qu’à moins que les sociétés civiles Africaines ne se détachent intellectuellement de certaines pratiques, ce continent ne deviendra jamais vraiment indépendant et capable d’autodétermination.

Le Président Kagamé et le peuple Rwandais ont accompli au cours des 21 dernières années, un processus de renaissance qui devrait être enseigné par tout dans le Monde. En effet, au sortir d’un génocide traumatisant face auquel le reste de l’Afrique et les éternels donneurs de leçons sont restés muets, le Rwanda s’est réinventé. Aujourd’hui, sa capitale Kigali est la ville la plus propre d’Afrique. Sur l’index Transparency International de perception de la corruption et concernant la liberté économique, le Rwanda est le 4è pays d’Afrique sub-saharienne sur les 46. Son PIB a crû à un taux moyen de 8% par an pendant près de dix ans.

Et cette croissance économique s’est aussi accompagnée d’acquis sociaux notamment avec le taux d’alphabétisation du Rwanda qui, à 70% est au-dessus des 64% de toute l’Afrique Sub-Saharienne, particulièrement l’Afrique de l’Ouest Francophone, spécialiste des élections applaudies par la communauté internationale, qui peine à fournir ce service de base à ses populations. Le mois dernier, un partenariat avec une compagnie Argentine a permis de faire sortir les premiers ordinateurs portables manufacturés au Rwanda. Pendant que d’autres organisent des conférences pompeuses pour décider comment combattre le changement climatique, le Rwanda a abandonné les sacs plastiques il y a des lustres. Ayant appris de son histoire récente, le Rwanda a aussi décidé de tourner le dos au tribalisme qui a tant mis l’Afrique en retard.

Dans une interview accordée récemment au magazine de l’Africapitalism Institute, le Président Kagamé a attribué ce succès à son peuple et au pouvoir du développement du Capital Humain. Je rêve d’une Rwanda bis pour toute l’Afrique, particulièrement mon pays d’origine le Burkina-Faso. Il est tout aussi enclavé que le pays aux milles collines et célébré par tout en Afrique pour la capacité de ses Hommes et Femmes intègres à se battre pour défendre leur souveraineté. Et pourtant, derrière cet héroïsme dont je suis la première à me vanter; se cachent des indicateurs socio-économiques qui doivent absolument être améliorés. Que dire du pays dans lequel j’ai grandi, la belle terre d’Eburnie qui, avec un PIB par habitant deux fois supérieur à celui du Burkina-Faso, n’a un taux d’alphabétisation que de 43%, seulement 5 points au-dessus de celui du Faso.

Et pourtant, dans les années 80, le père éclairé de cette Nation, dépensait plus sur le pôle éducation que n’importe quel leader dans le Monde entier. Il avait compris les enjeux du XXIè siècle comme il le disait sans langue de bois au Président Français d’alors François Mitterrand, lui rappelant qu’un jour l’Afrique et sa jeunesse prendraient la main sur l’Occident. Pendant cette décennie des années 80 où le Vieux faisait de la CIV un pays qui s’apprêtait à emmener l’Afrique vers son éclosion; la France sous son ère socialiste, entretenait des dignes fils de la Côte-d’Ivoire en les encourageant à s’opposer à Houphouet, pendant que les instruments d’étranglement économique de l’Afrique étaient affutés dans les institutions de Bretton Woods. On connaît tous la suite : plans d’ajustement structurels, dévaluation du FCFA, crises politiques sur fond identitaire exploitées par tous les acteurs politiques, crise post électorale de 2011 qui a conduit un Président Ivoirien à la CPI.

Pendant ce temps, Tony Blair circule en jets privés malgré la guerre truquée que son pays a alimentée et qui a démarré une déstabilisation du Moyen-Orient qui est une;sinon la source principale du terrorisme monstrueux dont nous somme tous victimes aujourd’hui. Aujourd’hui, la Côte-d’Ivoire a des prisons politiques qui explosent; continue d’avoir des réfugiés qui sont du potentiel perdu pour cette ancienne sentinelle de l’éveil économique Africain, des microbes qui semblent avoir repris le flambeau des brouteurs et causent un mal sans nom. Les querelles politiques entre Ivoiriens se règlent à Paris.

Cette capitale depuis laquelle la déstabilisation d’une grande partie de l’Afrique a toujours été organisée, pour le seul profit de la France qui n’arrive pas à se remettre d’avoir perdu ses anciennes possessions Africaines et s’y agripper vaille que vaille, en refusant de reconnaître à ces dernières la capacité à l’autodétermination. J’accuse le multipartisme et la politique à l’Occidentale et je me demande s’il n’est pas temps de faire comme le peuple Rwandais et son vaillant leader Paul Kagamé, qui ont décidé de chercher des solutions endogènes au contexte particulier de leurs sociétés. Avec un succès dont ceux qui les critiquent dans les grandes capitales de ce Monde ne peuvent même pas se vanter. C’est pour cette raison que le 18 Décembre, je célèbrerai avec mes frères Rwandais le pas de plus franchi vers la libération totale des anciennes aliénations. Pour qu’auXXIè siècle, l’Afrique se définisse face au reste du Monde entant qu’égale, pour la promotion d’un monde Multipolaire qui célèbre la diversité idéologique.

Youma Jamila NANA

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