Economie

« L’Afrique ne consomme que 3% de la production mondiale du café »-entretien avec Aly Touré (Vice-Président OIC)

Par Charles Kouassi28 septembre 2017

La 120ème session de l’Organisation internationale du café (OIC) se déroule depuis le lundi 25 septembre à Yamoussoukro, capitale politique de la Côte d’Ivoire. Elle prendra fin vendredi 29 septembre 2017. Afrikipresse a rencontré l’un des maitres d’œuvre de cette organisation, Aly Touré, Vice-Président du Conseil International de l’OIC et Représentant permanent de la Côte d’Ivoire auprès des Organisations Internationales de Produits de Base. Il en situe les enjeux et se prononce sur l’avenir du café dans son pays, la Côte d’Ivoire.

Que gagne la Côte d’Ivoire à accueillir une session de l’OIC ?

C’est en 2015 que j’ai demandé au Conseil de donner l’honneur à mon pays d’abriter une session du conseil. Et, il a accepté. Vous savez ces réunions sont importantes pour plusieurs raisons. La première, c’est qu’elles rehaussent l’image du pays. Le monde entier sait que les producteurs et les consommateurs de café se réunissent à Yamoussoukro en Côte d’Ivoire. Deuxièmement, cela augmente le prestige de notre pays. Avec tous ces bruits de grève, de mutinerie, etc. ces rencontres prouvent que le pays est stable et que les investisseurs peuvent venir. Nous devons donc nous arranger pour que tout se passe bien afin que lorsque nos invités retournent, ils soient les témoins de ce que la Côte d’Ivoire vit dans la paix. En troisième point, c’est que les problèmes et les défis de la café culture mondiale (durabilité, productivité, changement climatiques, coût, etc.), se discutent à Yamoussoukro. Le monde a les yeux tournés à Yamoussoukro. Cela permet aux Ivoiriens de présenter leurs projets pour la café culture et attirer des investissements. Aujourd’hui, le Conseil café-cacao a lancé un vaste programme de réhabilitation de la café culture en Côte d’Ivoire. C’est l’occasion d’expliquer cela au monde. Tenez-vous bien, par le passé notre pays était 3ème producteur mondial de café et 1er en Afrique. Aujourd’hui, nous sommes 17ème mondial et 3ème africain derrière l’Ouganda et l’Ethiopie. Et ce, parce que la production a chuté. La Côte d’Ivoire a besoin de reprendre sa place. C’est pourquoi une telle rencontre est une vraie opportunité pour notre pays de faire connaître la vision du gouvernement pour le secteur.

La Côte d’Ivoire n’a plus le prestige qu’elle avait dans le secteur du café, pourtant vous avez réussi à convaincre le Conseil de tenir une session dans ce pays ?

Nous n’avons simplement pas eu la langue de bois. Nous avons juste plaidé pour que nos amis acceptent de venir organiser une telle rencontre internationale chez nous, pour justement nous permettre de sensibiliser à la fois les producteurs et les consommateurs ivoiriens sur la nécessité de nous battre pour retrouver notre prestige d’antan. Et quoiqu’on dise, notre pays dispose encore de capacités et de volontés importantes capables de relever ce défi.

Croyez-vous vraiment au réveil du café en Côte d’Ivoire ? Sur quoi basez-vous votre conviction ?

Cette culture va se réveiller si les Ivoiriens eux-mêmes le décident et se déterminent. Ce qui s’est passé, c’est simplement qu’à cause de certaines cultures telles que l’hévéa, le palmier à huile, etc., beaucoup de nos compatriotes ont délaissé le café. Je crois qu’en mobilisant le monde entier chez nous pour parler de la culture, cela va fouetter les orgueils. Vous avez à cette session, il y’a le Conseil café-cacao qui fait une communication , ainsi que le CNRA. Le ministre de l’agriculture fera un discours d’orientation qui exprimera la vision du gouvernement en matière de promotion du café. Tout ceci montre que la Côte d’Ivoire souhaite se relever ; et donc souhaite compter sur l’appui technique de l’OIC pour lui permettre de regagner sa place. Tout le monde sait que nous étions grands dans le café avant. Et tout le monde sait aussi qu’aujourd’hui, nous avons besoin d’aide.

De façon pratique, y’ a-t-il une politique général de relance du café qui puisse donner de l’espoir à la fois au plan des surfaces cultivables, ( quand on sait que le couvert forestier du pays a drastiquement disparu, et que  de 16 millions d’hectares en 1960, on se retrouve aujourd’hui à moins de 2 millions d’hectares) , que des coûts de ce produits sur le marché qui est à peine 300 Fcfa  le Kilogramme ?

Le Conseil café-cacao a mis en place un vaste programme de réhabilitation de la café culture en Côte d’Ivoire qui fonctionne très bien. C’est un programme appelé 2QC (Qualité-quantité-croissance). Il vise à augmenter la production en qualité et en quantité. Il crée aussi les conditions pour que les produits soient achetés à de bons prix. Comme vous l’avez mentionné dans votre question, c’est parce qu’à un moment les planteurs n’avaient de bon prix de vente de leurs productions qu’ils ont abandonné le café pour aller au cacao. Je me souviens que j’ai fait une communication sur la réhabilitation de la café culture au Brésil où j’ai montré toutes les potentialités dont notre pays disposait encore. C’est cela qui a fait tilt dans les esprits des membres du conseil de l’OIC. En termes de marché, il y’a 3 zones de production : les latinos avec le Brésil, la Colombie, l’Asie avec l’Inde, le Népal, etc. et l’Afrique. Les marchés là-bas (Asie et Amérique latine) sont saturés puisque lorsque vous prenez le Brésil, il est premier producteur mondial et 2ème consommateur mondial. Et donc le potentiel de production de qualité se trouve en Afrique. La Côte d’Ivoire compte jouer sa partition dans cet essor probable-là. Nous produisons du Robusta à part l’Arabica, les genres les plus prisés dans le monde. Vous parlez des surfaces cultivables, mais, prenons l’ouest montagneux, c’est la crise armée qui a poussé les paysans à abandonner leurs plantations. C’est sûr qu’avec le retour de la paix et de la stabilité, ils retourneront et sont déjà retournés. Le problème, ce n’est pas tant la surface cultivable, c’est plutôt de réussir à produire plus dans les mêmes surfaces. Et cela est possible. C’est ce à quoi s’attèle le Conseil café-cacao. La réhabilitation de la café culture en Côte d’Ivoire est possible.

Oui, mais à 300 Fcfa le kilogramme contre 1000 fCfa pour le cacao, comment convaincre les paysans ?

Cela dépendra de ce qu’on leur offre. Prenons par exemple le Brésil. Pourquoi n’est-il pas victime de la fixation des prix sur le marché international ? Parce qu’il a une très bonne politique de la promotion du café, une très bonne politique de la transformation du café, et une très bonne politique de sa consommation. Et c’est dans cela que notre pays devra se lancer ; transformation et consommation. L’Afrique ne consomme que 3% de la production mondiale du café. Il faut une bonne politique de consommation. Le président Ouattara envisage que d’ici 2020, la Côte d’Ivoire réussisse à transformer 50% de sa production. Cette volonté affichée du président devrait booster les choses. En plus, récemment les 6 pays producteurs africains qui font 73% de la production mondial se  sont réunis pour en parler. Vous allez voir que les choses iront pour le mieux.

Qu’attendez-vous concrètement de cette 120ème session de l’OIC qui se déroule en ce moment à Yamoussoukro en Côte d’Ivoire ?

Nous attendons d’abord que les sujets d’importance soient abordés. Ici (Yamoussoukro) il n’y a pas que l’OIC. Il y a l’OIAC (Organisation inter africain du café) qui comprend 27 États membres, l’ACRAM (Agence du café Robusta d’Afrique et de Madagascar) et l’NAFCA qui appartient aux pays de l’Afrique de l’Est. Donc tous les sujets sont débattus (production, vente, climat, etc.)

Vous êtes le Représentant permanent de la Côte d’Ivoire auprès des Organisations Internationales de Produits de Base. Vous êtes l’ambassadeur de tous les produits ivoiriens. Comment se portent les autres produits ?

La Côte d’Ivoire est 1er mondial du cacao, 3 africain du café, 1er en palmier à huile, etc. Donc le potentiel existe. Notre pays doit se lancer dans la transformation et dans la promotion de la transformation. Ce sont deux actions concrètes créatrices d’emplois.

Entretien réalisé par Chris Monsékéla

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