À l’occasion de ses 2 ans, la société civile L’Africanisme a organisé un panel pour explorer les menaces que représentent la désinformation pour les démocraties en Afrique.
La désinformation est devenue une arme redoutable, menaçant la stabilité des démocraties africaines. À l’occasion de son 2è anniversaire, la société civile L’Africanisme a organisé un panel en ligne le lundi 10 mars 2025 pour décrypter les enjeux de la désinformation, notamment en Côte d’Ivoire. Cet événement a réuni des experts, dont Christian GAMBOTTI, pour explorer les stratégies de lutte contre les fake news et l’ingérence étrangère. Lors du panel, les participants ont proposé des clés et des initiatives pour contrer cette menace.
Les enjeux de la désinformation en Afrique
Lors du panel, les participants ont souligné que la désinformation est une forme de guerre hybride, souvent orchestrée par des puissances étrangères en collaboration avec des activistes locaux. Cette stratégie vise à fragmenter le tissu social et à accroître l’influence géopolitique.
Christian GAMBOTTI, agrégé des universités, a expliqué que les conflits modernes ne reposent plus uniquement sur la force militaire. Ils intègrent désormais des stratégies hybrides combinant désinformation, cyberattaques et influence politique. En période électorale, les attaques prennent une ampleur considérable, se transformant en véritables campagnes de manipulation aux objectifs bien définis.
M. GAMBOTTI a insisté sur le fait que la Côte d’Ivoire, bien que n’étant officiellement en guerre, est confrontée à cette menace. Les réseaux sociaux et les technologies modernes ont intensifié l’impact de la propagande, rendant la frontière entre vérité et manipulation plus floue.
Ces stratégies visent principalement à influencer les choix électoraux en diffusant des informations trompeuses sur les candidats et les scrutins. Parallèlement, elles cherchent à déstabiliser les institutions en alimentant la méfiance envers les autorités. Enfin, ces campagnes ont pour but de diviser la société en exacerbant les tensions communautaires et idéologiques.
Fake news et manipulations en Côte d’Ivoire : des exemples concrets
Des exemples récents illustrent de manière frappante l’ampleur de la désinformation en Côte d’Ivoire et ses conséquences néfastes. Lors de la CAN 2024, une vidéo truquée, largement diffusée sur WhatsApp, prétendait montrer des affrontements violents entre Ivoiriens et Burkinabè à Bouaké, alimentant la haine communautaire.
Pendant la Présidentielle 2020, des rumeurs infondées ont circulé, affirmant qu’un contingent militaire français avait été déployé pour soutenir Alassane OUATTARA. Plus récemment, en octobre 2024, un faux communiqué relayé sur les réseaux sociaux annonçait une attaque imaginaire des forces françaises contre l’armée ivoirienne. Ces allégations ont exacerbé les divisions politiques.
Selon le Africa Center for Strategic Studies (ACSS), les fake news ont quadruplé en Afrique en deux ans, avec des commanditaires cherchant à affaiblir les États et influencer les opinions. Ces exemples montrent que les fake news ne sont pas seulement des mensonges isolés, mais des armes puissantes capables de déstabiliser des États entiers.
Désinformation : l’ingérence étrangère et le rôle des influenceurs
Plusieurs puissances étrangères exploitent la guerre informationnelle pour influencer les dynamiques politiques africaines. La Russie, via l’ex-groupe Wagner, mène des campagnes de désinformation massive pour fragiliser les États démocratiques. Par exemple, en Afrique de l’Ouest, la propagande russe a habilement alimenté un sentiment anti-français au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Ces campagnes, souvent relayées par des réseaux locaux et des influenceurs rémunérés, ont finalement conduit au départ des troupes françaises de ces pays.
En Côte d’Ivoire, un autre exemple frappant est survenu en mai 2024, lorsqu’un faux document attribué à l’ambassade d’Ukraine a circulé, prétendant que des jeunes Ivoiriens étaient recrutés pour combattre contre la Russie. Bien que rapidement démenti, ce document a suscité l’inquiétude et la confusion. Certains influenceurs jouent un rôle clé dans la propagation des fake news. Des figures controversées comme Chris Yapi et Alain Traoré (Alino Faso) ont été impliquées dans des campagnes de désinformation. Face à ces menaces, depuis 2023, le pays a renforcé sa législation pour réguler leurs activités et lutter contre la manipulation de l’information.
Initiatives pour lutter contre la désinformatio
Plusieurs actions ont été mises en place pour lutter contre la désinformation. Parmi celles-ci, on retrouve des initiatives gouvernementales telles que la campagne “En ligne, tous responsables” lancée en 2024, qui vise à sensibiliser le public aux dangers des fake news et à former les journalistes aux techniques de fact-checking. De plus, un accord signé avec la France en février 2025 renforce la coopération entre Abidjan et Paris dans la lutte contre la désinformation numérique.
Parallèlement, des plateformes de fact-checking comme Africa Check et Fact’Africa jouent un rôle crucial en vérifiant les informations et en contrôlant la propagation de la désinformation en Afrique.
Recommandations des intervenants
Les participants ont proposé plusieurs mesures pour lutter contre la désinformation et renforcer la résilience de la société ivoirienne. Parmi ces propositions figurent la création d’un groupement d’experts en communication et de représentants de la société civile chargés de délivrer des labels de confiance aux publications, ainsi que la formation de la population à l’esprit critique et à l’éducation aux médias via des séminaires et des ateliers.
Ils ont également souligné l’importance de lutter contre l’impunité et de promouvoir la transparence politique, en évitant tout arrangement compromettant. Par ailleurs, l’insertion socio-économique des jeunes a été identifiée comme un levier essentiel pour réduire leur vulnérabilité aux manipulations. Le renforcement de la communication institutionnelle et la promotion des valeurs démocratiques ont également été mis en avant, tout comme le soutien aux initiatives de la société civile, notamment L’Africanisme, afin d’explorer et de mettre en œuvre des solutions durables.
La session s’est achevée par la présentation du programme des prochaines activités de L’Africanisme, prévues les 16, 20 et 22 mars 2025. Ces panels aborderont des thèmes complémentaires pour approfondir la réflexion sur les défis actuels, notamment la désinformation, qui constitue une menace majeure pour la stabilité des États africains, en particulier en période électorale.
Face à cette guerre invisible, la coordination entre médias, autorités et organisations de la société civile est essentielle pour limiter l’impact des fake news. Grâce à des initiatives comme celle de la société civile L’Africanisme, la lutte contre la désinformation progresse, mais elle nécessite davantage de vigilance et d’actions constantes pour protéger les démocraties africaines.
Yaya K