Il faut parfois savoir s’arrêter, contempler le passé et rendre grâce à ceux qui nous ont délivrés des heures les plus sombres de notre République. En cette veille d’élection présidentielle, où certains s’emploient à critiquer le régime actuel, un petit retour en arrière s’impose. Histoire de rafraîchir les mémoires défaillantes.
Souvenez-vous, si vous l’osez, de l’ère du « concept ». Une époque bénie où la démocratie était si imaginative. On y pratiquait une forme de généalogie accélérée, une expertise administrative révolutionnaire : le délit de patronyme. Votre nom ne sonnait pas assez « local », pas assez « ivoirien de souche » au goût d’un préfet ? Un formulaire rejeté, une carte d’identité refusée… Vous étiez statistiquement rayé de la nation. C’était ingénieux, efficace, et cela évitait la fastidieuse vérification des listes électorales.
Dans cette même veine créative, on avait aussi instauré le délit de faciès politique. Un regard trop appuyé, une réticence à brandir le portrait du Guide suprême, une absence à une « jeunesse patriotique », et vous étiez immédiatement convié à des « amusailles » dans un camp militaire. Ces « amusailles », une tradition ivoirienne de convivialité et de franche rigolade entre forces de l’ordre et citoyens, étaient réputées pour leur caractère hautement pédagogique. On en ressortait toujours avec une vision clarifiée de la politique nationale.
Et comment ne pas saluer la prodigalité légendaire de cette époque ? Alors que le pays peinait à payer ses fonctionnaires, une classe de nouveaux philosophes, les « jeunes patriotes », sillonnaient Abidjan au volant de Renault 19 ou, pour les plus méritants, de flambants neufs Rav4. Véhicules achetés, disait-on, pour le service de la nation et le transport efficace de la vérité révolutionnaire. Une attention toute particulière était également portée à la gente féminine, où de nombreuses demoiselles se voyaient offrir, par pure bienveillance intellectuelle, des bijoux et des pagnes de prix. C’était ça, la vraie redistribution des richesses.
C’était la réfondation promise, attendue, espérée. Elle devait tourner la page des dérives, de la gabegie, de la corruption antérieures, la refondation oblige! Las, il semblerait que certains aient mal lu le script et voulu refonder la refondation… sur les mêmes bases… ethniques, exclusionnistes et belliqueuses. Le résultat fut ce que l’on sait : des morts, des fractures, et un pays au bord du gouffre.
Aujourd’hui, ces mêmes thuriféraires de l’ancien temps, recyclés en démocrates de la onzième heure, nous sermonnent sur les lacunes démocratiques du régime actuel. Ils ont la mémoire courte, mais le peuple, lui, se souvient.
Et le peuple se souvient surtout de la clémence. Car le Président Alassane Ouattara possède cet avantage suprême : la sagesse. Une sagesse qui lui a permis, une fois porté à la magistrature suprême, de ne pas basculer dans la vengeance. Lui qui a subi les pires méchancetés, les humiliations, les procès d’intention les plus infâmes et une exclusion politique érigée en système de gouvernance aurait pu laisser la haine guider ses pas.
Mais non. Il a choisi l’équilibre. Il a choisi de panser les plaies plus que de les rouvrir, de reconstruire plus que de détruire, d’intégrer plus que d’exclure. Car la nature aime l’équilibre, et un pays ne se bâtit pas sur le ressentiment mais sur la réconciliation. Cette hauteur de vue est la marque des grands leaders.
Son gouvernement a ainsi fait une chose simple mais extraordinairement complexe : il a rétabli la paix. Non pas comme un slogan creux, mais comme une réalité tangible. Ils ont compris, bien avant leurs détracteurs, que « la paix n’est pas un mot, mais un comportement », selon la sagesse immémoriale du Vieux. La paix, c’est de pouvoir circuler de Korhogo à San Pedro sans craindre un barrage fantaisiste. C’est de voir ses enfants aller à l’école dans un pays réunifié. C’est de voir les investissements, les infrastructures et le développement revenir, non pas pour une clique, mais pour tous les Ivoiriens.
Le choix pour le mois d’octobre est donc d’une simplicité biblique. D’un côté,ceux qui nous offrent la stabilité, la paix, les routes, les barrages, les universités et une économie qui – malgré les défis – est l’une des plus dynamiques du continent, portés par un leader qui a prouvé sa sagesse et sa modération.
De l’autre, les héritiers spirituels de l’ère des « amusailles », des délits de faciès et des Rav4 patriotiques, qui nous promettent, sous couvert de changement, un retour aux sources les plus toxiques de notre histoire.
Le choix est vite fait, en effet. Entre ceux qui construisent des ponts et ceux qui creusent des fossés, la raison commande de marcher sur le pont. L’ivoirien n’a pas oublié. Et il n’a aucune envie de revivre le cauchemar pour le plaisir malsain de ceux qui le romanticisent.
Jacob Koné Katina, Chroniqueur, Consultant en communication