La liste des candidats
Le Conseil constitutionnel a publié la liste définitive des candidats retenus pour le scrutin de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025. Sur les 60 prétendants, seuls 5 ont été retenus dont le président Alassane Ouattara. Les opposants Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, décrétés inéligibles pour des raisons largement documentées mais contestées par l’opposition, ont été définitivement exclus de la liste.
● Alassane Ouattara – Candidat à sa propre succession, Alassane Ouattara brigue un quatrième mandat successif. Il ne rentrera en campagne que le 11 octobre pour une élection qui se déroule le 25 octobre. Convaincu qu’il peut s’appuyer sur un bon bilan économique, sa campagne électorale privilégiera les axes suivants : a) consolider la stabilité politique contre l’aventurisme des politiciens à courte-vue qui cherchent à réveiller les vieilles rivalités inter-ethniques b) garantir la sécurité du pays contre les menaces terroristes et les tentatives de coup d’Etat militaire fomentés par une puissance étrangère. La sécurité est l’obsession du président sortant face à une insécurité croissante, notamment à la frontière avec le Burkina Faso.
● Henriette Lagou Adjoua – Opposante résolue à Alassane Ouattara, Madame Henriette Lagou Adjoua, à l’occasion du vote de la troisième constitution de la Côte d’Ivoire, s’était déclarée en faveur du « Non », parlant de « forfaiture ». Deuxième femme à candidater à une élection présidentielle en Côte d’Ivoire, elle se présente en 2015, ne recueillant que 27 759 voix, soit 0,89 % des suffrages exprimés. Elle a aussi été ministre de la Famille, de la Femme et de l’Enfant dans le gouvernement Affi N’Guessan 1 entre octobre et décembre 2000.
● Ehivet Simone- Simone Ehivet, amnistiée de sa condamnation à vingt ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État, est candidate à l’élection présidentielle de Côte d’Ivoire. Si elle dénonce comme une injustice le fait que le Conseil constitutionnel n’a pas retenu les candidatures de son ex-mari Laurent Gbagbo et de Tidjane Thiam elle appelle les électeurs déçus à rejoindre le « Mouvement des Générations Capables » (MGE), un mouvement panafricaniste créé en 2022 et qu’elle préside. Discrète, a-t-elle pu faire oublier sa réputation de « Dame de fer » ?
● Billon Jean-Louis – En 2017, après avoir été ministre sous la gouvernance Ouattara, il se rapproche du PDCI dont il devient membre. Candidat à l’investiture PDCI pour la présidentielle de 2020, il se retire et apporte son soutien à Henri Konan Bédié. Toujours porté par le rêve d’un destin national, pour soutenir sa candidature à la présidentielle du mois d’octobre, il crée au mois d’août 2025, un nouveau parti, le Congrès démocratique (CODE, qui réunit 18 petits partis et mouvements politiques. Sa candidature est validée par le Conseil constitutionnel.
● Don-Mello Senin Ahoua Jacob – Engagé à gauche, militant historique du FPI, Don Mello quitte le FPI en 1997 pour fonder le parti Renaissance, avant d’y revenir en 2000. La chute de Gbagbo en 2011 le conduit à l’exil. Il devient le haut représentant des BRICS pour l’Afrique occidentale et centrale. De retour en Côte d’Ivoire, il rejoint le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) fondé par Laurent Gbagbo, qui le démet de ses fonctions. Frappé d’inéligibilité, Gbagbo exclut de soutenir les candidats d’opposition que sont Simone Ehivet, son ancienne épouse, et Ahoua Don Mello, son ancien ministre, pourtant des compagnons de route historiques.
État des lieux pour un programme électoral 2025-2030
Politique – La scène politique ivoirienne est-elle suffisamment apaisée ? L’exclusion des rivaux que sont Thiam et Gbagbo et le fait que le président sortant soit largement favori, parce qu’il n’a pas en face de lui une opposition en ordre de marche, risquent de provoquer un regain de tension à l’approche du 25 octobre. Autre facteur de risque : la campagne électorale est polluée par la prolifération des « fake news » qui ont une influence toxique. La Côte d’Ivoire, parce qu’elle est un modèle de stabilité politique dans une Afrique de l’Ouest instable, est aujourd’hui la cible privilégiée des architectes du chaos.
L’économie – Depuis 2011, la gouvernance Ouattara se caractérise par un bilan économique plutôt flatteur. La croissance forte et durable que connaît la Côte d’Ivoire est le résultat des politiques publiques bien orientées et une gestion saine de la dette publique. Depuis 2023, les agences de notation ont toujours relevé sa note. L’attractivité du pays est désormais une réalité palpable. Pays riche, la Côte d’Ivoire est devenue la première puissance économique de l’Afrique de l’Ouest. Mais des efforts importants devront être faits pour bâtir un développement plus inclusif, réduire les inégalités, lutter contre la corruption et mieux gérer, à l’exportation ou dans les projets de transformation locale, les matières premières brutes, que ce soient les cultures de la rente (cacao, noix de cajou, etc.), les énergies fossiles (pétrole, gaz) et les ressources minières (cobalt, cuivre).
Le social – L’accès aux services de base et aux biens essentiels s’améliorent, ainsi que les mécanismes de solidarité collective et de participation sociale. L’une des réussites du gouvernement réside dans la généralisation de la Couverture Maladie, composante majeure de la solidarité collective. Mais, en matière de politique sociale, l’importance du secteur informel (plus de 90% des emplois) impose des solutions qui rendent l’accès à la protection indépendant de l’emploi, ce qui représente un coût important pour les finances publiques. Autre volet de la protection sociale, l’accès au logement ! en 2024, le déficit de logements, croît d’environ 10% chaque année, était estimé à plus de 500 000, dont l’essentiel à Abidjan.
Les urgences nouvelles – La Côte d’Ivoire doit faire face à des défis écologiques : le changement climatique, la déforestation, la désertification et la dégradation des terres, les inondations, les tempêtes, la pollution de l’air, de l’eau et du sol (l’affaire du « Probo Koala » en 2006 a-t-elle permis de résoudre la question des déchets dangereux ?), la pollution des mers et des océans. Relever les défis environnementaux demande une action concertée de tous les décideurs publics et privés et des financements importants.
La sécurité – Parmi les raisons qui ont conduit Alassane Ouattara à être candidat en 2025 figure la question de la sécurité. La Côte d’Ivoire est sous la menace du chaos qui règne dans la zone sahélienne (coups d’Etat militaires, terrorisme, criminalité internationale). Des puissances étrangères instrumentalisent les velléités d’un souverainisme naïf que propage l’Alliance des États du Sahel et alimentent une insécurité croissante, notamment à la frontière avec le Burkina Faso, pour déstabiliser la Côte d’Ivoire et fracturer la société ivoirienne. La Côte d’Ivoire subit aussi un chaos numérique croissant (cybercriminalité, cyber-attaques, campagnes de désinformation). Qui peut relever le défi de la sécurité, le préalable étant la stabilité politique ?
Les Ivoiriens, un peuple politiquement mûr qui a toujours préféré les urnes aux armes, auront à choisir un candidat qui incarne un projet de société. Si les partis politiques ont un rôle à jouer, seule une figure charismatique capable de se projeter hors des fracturations ethniques et territoriales peut prétendre rassembler une majorité d’électeurs le 25 octobre.
Christian Gambotti
Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de la Tigui Foundation (Abidjan) – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact : cg@afriquepartage.org