Abidjan, jeudi 30 avril 2026. Il y avait, ce matin-là au Parc des Expositions de Port-Bouët, quelque chose qui ressemblait à une promesse. Une promesse faite à la jeunesse. Sous les lampions de la 16e édition du Salon International du Livre d’Abidjan (SILA 2026), la Première Dame Dominique Ouattara a fait bien plus que visiter un salon littéraire : elle a offert aux jeunes Ivoiriens un plaidoyer vibrant pour la lecture, l’émancipation par le savoir, et l’avenir d’une nation qui se construit livre après livre.
Le Parc des Expositions d’Abidjan Port-Bouët n’avait pas vu une telle affluence depuis longtemps. Ce jeudi 30 avril 2026, écrivains, éditeurs, autorités publiques, partenaires culturels et surtout des centaines de jeunes s’y étaient donné rendez-vous pour l’un des temps forts de cette 16e édition du SILA, placée sous le thème évocateur « Lire pour bâtir ». La visite de la Première Dame de Côte d’Ivoire, Dominique Ouattara, a conféré à la journée une dimension à la fois solennelle et profondément humaine.
Par sa présence , après le MASA, le FEMUA, l’Art Week et d’autres grands rendez-vous culturels, l’épouse du Chef de l’État a une fois de plus confirmé son attachement au rayonnement culturel du pays et sa conviction que le savoir est un levier de développement irremplaçable.
Une cérémonie à la fois festive et recueillie
Animée avec brio par le journaliste Ziad Limam, la cérémonie a d’emblée posé le ton d’un événement à la fois festif et solennel. Autour de la Première Dame, les personnalités étaient nombreuses : Mme Maimouna Koné, épouse du Vice-Président de la République ; Mme Françoise Remarck, ministre de la Culture et de la Francophonie ; M. Amadou Koné, Ministre des Transports et des Affaires Maritimes, Maire de Bouaké ; M. Touré Mamadou, ministre de la jeunesse ; Mme Nassénéba Touré, ministre de la femme, de la Famille et de l’Enfant ; le Grand Chancelier, Aly Coulibaly, parrain de cette édition ; l’ambassadeur Maurice Kacou Bandama, auteur à l’honneur ; Mme Magida Karaki, ambassadrice du Liban, pays invité ; et le Commissaire Général du SILA, le député Anges-Félix N’Dakpri.
Le thème choisi pour cette 16e édition résonnait comme un manifeste : bâtir l’esprit, bâtir la nation, bâtir l’avenir. Une ambition que tous les intervenants s’en sont fait l’écho, chacun à leur manière.
Un hommage ému à Béchir Ben Yahmed, géant du journalisme africain
Avant même que les discours officiels ne débutent, une note de recueillement a traversé la salle. Mme Danielle Ben Yahmed, épouse du défunt fondateur de Jeune Afrique et invitée spéciale du SILA, était présente pour la troisième année consécutive à Abidjan. Sa simple présence suffisait à rappeler la mémoire d’un homme exceptionnel.
Béchir Ben Yahmed, fondateur du prestigieux groupe Jeune Afrique en 1960, s’est éteint le 3 mai 2021 , jour symbolique de la liberté de la presse laissant derrière lui un héritage journalistique immense. Figure tutélaire du panafricanisme médiatique, il avait su, dès l’aurore des indépendances africaines, percevoir la nécessité d’une presse continentale libre, rigoureuse et indépendante.
L’ambassadeur Maurice Kacou Bandaman a rendu un témoignage particulièrement émouvant, confiant que les conseils de Béchir Ben Yahmed l’avaient guidé dans sa passion pour la lecture et l’histoire. Le Grand Chancelier Aly Coulibaly a lui aussi salué la mémoire d’un homme dont « les analyses faisaient autorité » et dont le courage moral aura durablement marqué le paysage intellectuel du continent.
L’assemblée a réservé à Mme Danielle Ben Yahmed une ovation spontanée, témoignant de la reconnaissance collective envers « sa résilience, sa force de caractère et sa fidélité à une œuvre exceptionnelle ».
Dominique Ouattara a quant à elle évoqué avec émotion les liens d’amitié profonds qui unissaient cette grande figure de la presse au Président Alassane Ouattara, rendant hommage à l’estime sincère qui liait les deux hommes.
La parole d’une femme engagée
Prenant la parole dans un silence attentif, la ministre Françoise Remarck a d’abord tenu à souligner la présence assidue de la Première Dame dans les grands rendez-vous culturels ivoiriens , du MASA au FEMUA, en passant par l’Art Week. Elle a également rappelé la dédicace, en octobre 2022, du livre de discours de Mme Ouattara intitulé « Cela vient du cœur » , signé par le journaliste Philippe Kouhon, comme un acte symbolique fort liant la Première Dame au monde du livre.
Clôturant la série des allocutions, Dominique Ouattara a pris la parole avec une voix qui portait bien au-delà de la salle, s’adressant à la Côte d’Ivoire tout entière, et particulièrement à sa jeunesse.
« Le thème retenu pour cette nouvelle édition, ‘Lire pour bâtir’, me touche particulièrement, puisqu’il permet d’orienter nos réflexions vers l’impact de la lecture sur l’avenir de notre jeunesse. Inciter nos jeunes à lire davantage, c’est les encourager à se construire et à développer leur esprit critique, afin de contribuer demain au développement de notre pays. Car une jeunesse qui lit est le socle d’une Nation forte et en progression. »
S’adressant directement aux élèves et étudiants présents, elle les a exhortés à profiter pleinement du salon, à aller à la rencontre des auteurs, à poser des questions et à nourrir sans retenue leur curiosité intellectuelle. « Chaque livre que vous ouvrez est une porte qui s’ouvre sur de nouvelles capacités. Ne vous interdisez pas d’apprendre. »
Children of Africa et le SILA : un partenariat au service de l’enfance
Au cœur du discours de la Première Dame se trouvait un lien profond et ancien entre le SILA et la Fondation Children of Africa, qu’elle préside depuis sa création en 1998. Pour elle, l’éducation, la santé et le social forment un triptyque indissociable, et le livre en est l’outil central.
« J’ai toujours eu la conviction que le livre est un outil essentiel à l’épanouissement de nos enfants. Il permet de les faire rêver, de leur ouvrir l’esprit et de leur faire découvrir de nouveaux horizons. Un enfant qui lit a la capacité de découvrir et de comprendre le monde qui l’entoure. »
Parmi les actions phares de la Fondation, Dominique Ouattara a mis en lumière le programme des Bibliobus, de véritables bibliothèques mobiles itinérantes, dotées de plus de 3 000 ouvrages chacune, qui sillonnent les zones les plus reculées du pays. À ce jour, ce sont près de 500 000 enfants répartis dans plus de 100 localités qui ont bénéficié d’un accès gratuit à la lecture grâce aux dix bibliobus de la Fondation. Chaque unité est également équipée de deux ordinateurs connectés à Internet et d’une vidéothèque comptant plus de 100 films éducatifs. « Les bibliobus de la Fondation sont de vraies mines d’or de savoir et de connaissance », a déclaré la Première Dame avec une fierté non dissimulée.
Au-delà des bibliobus, la Fondation a également contribué à la construction de bibliothèques scolaires, municipales et de salles multimédias, avec une attention particulière portée à la scolarisation et à l’autonomisation des jeunes filles.
La parole aux jeunes : des échanges d’une richesse rare
C’est sans doute le moment le plus marquant de cette matinée : après les discours officiels, la Première Dame a accepté de répondre aux questions d’une dizaine de jeunes dans un échange direct, spontané et chaleureux , un exercice rare, et visiblement apprécié.
Les questions témoignaient de la vivacité intellectuelle de cette jeunesse : Quels sont vos auteurs préférés ? Comment les livres peuvent-ils favoriser l’insertion professionnelle des jeunes ? Comptez-vous un jour écrire votre autobiographie ? Comment un artiste musicien peut-il tirer profit de la lecture ? Comment inciter les jeunes à lire à l’ère des réseaux sociaux ? Livre papier ou numérique, quel est le meilleur support pour apprendre ?
Avec simplicité et spontanéité, Dominique Ouattara a confié aimer lire depuis l’enfance, notamment les biographies de grandes figures féminines, expliquant son admiration pour les femmes parties de rien et parvenues au sommet grâce au travail et à la détermination.
Sur la question des réseaux sociaux notamment l’essor de TikTok, elle a été claire et sans concession : l’immédiateté des contenus numériques ne remplace pas la profondeur du livre. Elle a mis en garde contre la désinformation, soulignant que tout ce qui est écrit ou partagé sur Internet n’est pas nécessairement vrai, et qu’il revient aux jeunes de développer leur esprit critique précisément grâce à la lecture.
L’étudiante Traoré Fatoumata, inscrite en économie et gestion, a posé une question sur l’autonomisation des femmes et des jeunes filles par le livre , une interpellation qui a électrisé la salle. La Première Dame y a répondu avec conviction : lire, c’est connaître ses droits ; et connaître ses droits, c’est la première étape vers l’émancipation.
Quant au débat livre papier contre numérique, Mme Ouattara a confié sa préférence personnelle pour le livre papier, tout en concédant avec le sourire que l’essentiel est de lire, quelle que soit la forme.
À ceux qui doutaient de leur avenir, elle a adressé un conseil direct et sans détour : « Lisez, de manière ouverte et variée. Chaque livre vous apportera quelque chose. »
À une jeune fille qui lui demandait si elle écrirait un jour une autobiographie, elle a répondu avec humour qu’elle y songeait sérieusement, dès que le temps le permettrait.
Cette séquence vivante et sincère a créé une proximité rare avec la jeunesse, qui a salué ses réponses par de nombreuses ovations. Tous les témoins présents s’accordent à dire qu’elle y a répondu « avec brio, à la satisfaction générale de l’auditoire ».
Trois millions de FCFA pour soutenir la création littéraire
Après la photo de famille, la Première Dame a effectué une visite des stands en compagnie des membres du gouvernement et de la famille Ben Yahmed. Elle a pris le temps d’échanger avec les auteurs, de feuilleter des ouvrages, de s’arrêter et d’écouter. Puis elle a posé un acte concret et remarqué : l’achat de plusieurs ouvrages pour un montant global de trois millions de francs CFA.
Un geste qui a suscité une vive émotion parmi les professionnels du secteur. Le Commissaire Général du SILA, Anges-Félix N’Dakpri, n’a pas manqué de le saluer : « C’est un acte de foi dans le livre, dans les auteurs, dans les éditeurs, et un encouragement sans équivoque à toutes celles et tous ceux qui créent, écrivent et diffusent le savoir. »
Le SILA 2026 en chiffres et en symboles
Cette 16e édition se distingue sur plusieurs plans :
– Pays à l’honneur : le Liban, représenté par son ambassadrice Mme Magida Karaki
– Auteur à l’honneur : Maurice Kacou Bandaman, diplomate, écrivain et lauréat du Grand Prix National de Littérature
– Ville hôte : Bouaké, dans la région du Gbêkê, représentée par son maire le ministre Amadou Koné, qui a salué cette décentralisation comme un signal fort de la vocation nationale du salon
– Parrain : le Grand Chancelier Aly Coulibaly
Un salon, une promesse
En quittant le Parc des Expositions ce jeudi matin, Dominique Ouattara laissait derrière elle bien plus qu’une visite réussie. Elle laissait une empreinte : celle d’une femme de conviction, engagée depuis près de trente ans auprès des enfants et de la jeunesse, convaincue que le livre est la plus belle des armes pour construire une Côte d’Ivoire forte, solidaire et tournée vers l’avenir.
« Je forme le vœu que ce salon continue à donner à notre jeunesse le goût de la lecture et le plaisir de découvrir le monde à travers les livres », a-t-elle conclu sous les applaudissements nourris d’une salle debout.
Pour les centaines de jeunes présents ce jour-là, la promesse est entendue.
Philippe KOUHON