“Gloire et Déclin Apocalyptique” de Macaire Etty ou un chant lyrique de la chute humaine
“Gloire et Déclin Apocalyptique” de Macaire Etty s’impose comme une œuvre-somme, un chant lyrique de la chute humaine dans un monde africain en proie aux désillusions du modernisme et aux séismes de l’histoire.
Porté par une plume éminemment poétique et prophétique, ce roman met en scène, dans une langue soutenue et grave, la lente décomposition d’un univers symbolique, où les grandeurs passées se consument dans les flammes d’une modernité corrompue. L’auteur y fait dialoguer la tradition africaine, la politique contemporaine et une spiritualité en crise, pour bâtir un récit d’une densité intellectuelle et émotionnelle rare.
Dès les premières pages, le lecteur est saisi par l’intensité des images, la profondeur des interrogations, et l’inexorable délitement des repères. Le roman ne se limite pas à une simple trame narrative : il est une fresque métaphysique où l’individu, miroir d’une société déchirée, affronte le poids de ses choix, de ses reniements, de ses compromissions. L’auteur déploie une critique acerbe de la quête effrénée de pouvoir, d’argent et de reconnaissance occidentale, qui engloutit toute une génération d’élites africaines, trop promptes à tourner le dos à leur socle identitaire.
Les personnages, loin d’être de simples figures de roman, incarnent des postures existentielles, des drames intérieurs, des pulsions collectives. Chacun porte en lui les stigmates d’une mémoire brisée, d’une histoire instrumentalisée, d’une société en perte de substance. Le héros, en quête d’ascension sociale et de reconnaissance, sombre peu à peu dans une spirale de négation de soi. Son naufrage n’est pas seulement individuel : il devient le symptôme d’un effondrement civilisationnel. Le récit s’apparente alors à une cérémonie funèbre, une liturgie de la fin d’un monde, mais aussi, subtilement, à une invitation à la renaissance.
Le roman oscille ainsi entre le tragique grec et le conte initiatique africain. L’espace y est mental autant que géographique, traversé par des figures ancestrales, des voix muettes, des silences plus éloquents que mille discours. L’auteur insuffle à son écriture une verticalité rare, puisant à la fois dans le souffle épique et la tension lyrique. Le style, riche en métaphores, en images hautement symboliques, s’érige en instrument de dénonciation, mais aussi en outil de réhabilitation de la pensée et de l’âme africaines.
La dimension apocalyptique du roman ne réside pas uniquement dans l’effondrement visible des structures sociales ou politiques. Elle s’enracine surtout dans une lente et insidieuse mort de l’esprit. Etty dépeint une Afrique qui abdique, non sous la contrainte extérieure, mais par amnésie volontaire, par fascination pour l’autre, par rejet de soi. Le livre devient alors une méditation sur le reniement, sur l’oubli tragique des fondements sacrés de l’identité collective.
Mais à travers cette noirceur surgit une lueur. Macaire Etty, tout en décrivant la décadence, ouvre les portes d’une possible régénération. Cette régénération, selon lui, ne peut advenir que par la reconquête de la mémoire, la réappropriation du sacré, le réenchantement du langage. Il en appelle à une Afrique consciente, debout, qui cesse de courir après des mirages exogènes pour enfin se recentrer sur son humanité propre. Il fait de la littérature une arme, mais aussi une offrande. Une parole qui libère, qui guérit, qui rappelle.
En cela, “Gloire et Déclin Apocalyptique” n’est pas une œuvre de désespoir, mais un acte de foi. Foi en la puissance de la parole, foi en l’esprit de résistance, foi en la capacité de l’homme à se réinventer lorsqu’il accepte de se confronter à sa vérité. Macaire Etty ne fait pas que dénoncer : il propose. Il ne se contente pas de pleurer la ruine : il chante la possibilité d’un renouveau.
Par son ambition intellectuelle, son souffle prophétique et la beauté grave de son écriture, ce roman s’inscrit dans le sillage des grandes œuvres de la conscience africaine. Il convoque Césaire, Kourouma, Hampâté Bâ et Soyinka. Il les honore, les prolonge, et inscrit son nom parmi ceux qui pensent et écrivent l’Afrique dans sa vérité nue. Une œuvre magistrale, incandescente, essentielle.
“Gloire et Déclin Apocalyptique” de Macaire Etty. Éditions Les Classiques Ivoiriens, 2004. Avec la contribution de Ouattara Yassoungo Drissa (lu et résumé)