Culture

LU POUR VOUS by CoolBee Ouattara. Debout-Payé de Gauz.

Par La Rédaction4 septembre 2025

Sous une plume affûtée, ironique et d’une rare intelligence, Gauz, écrivain ivoirien à la verve aussi politique que poétique, fait irruption dans la scène littéraire francophone avec “Debout-Payé”, son premier roman, publié en 2014 aux Éditions, Le Nouvel Attila. L’œuvre, portée par une narration aussi fluide que corrosive, écorche les représentations figées de l’immigré africain dans la France contemporaine, tout en dévoilant les ressorts invisibles d’une société en quête de sécurité, de consommation et de sens.

Le roman suit Ossiri, un étudiant ivoirien sans-papiers devenu agent de sécurité, affectueusement appelé “debout-payé”, figure emblématique de ceux qui sont payés pour rester debout, observer, ne rien dire et surtout… attendre. Gauz fait de ce personnage un prisme lucide à travers lequel défilent les contradictions de la France urbaine, consumériste, angoissée. Le décor est Paris, mais le regard est africain, distancé, ironique, presque anthropologique. C’est un roman de l’observation en creux, où chaque vitrine, chaque passage piéton, chaque magasin devient le théâtre d’un ballet social soigneusement décortiqué.

Le rythme est syncopé, haché entre tranches de vie, fragments de pensée, digressions historiques, aphorismes fulgurants et scènes comiques. Gauz n’offre pas un récit linéaire, mais une fresque fragmentaire, un “cut-up” de la diaspora noire, de ses rêves, de ses déboires et de ses luttes. L’immigré n’est plus une silhouette pitoyable : il est sujet, regard, conscience. Avec un humour décapant, Gauz retourne les clichés et redonne voix aux invisibles.

Première de couverture. © DR

“Debout-Payé” est aussi un roman de la condition postcoloniale. À travers la trajectoire d’Ossiri, on devine le prolongement d’une histoire fracturée entre Afrique et France, entre passé colonial et présent mondialisé. L’auteur fait résonner les échos du racisme ordinaire, des humiliations douanières, des politiques migratoires iniques, sans jamais sombrer dans la plainte. Il préfère le rire, ce rire nerveux et acéré qui dit plus que mille dénonciations.

Gauz, en subtil sociologue du quotidien, manie la langue avec une précision chirurgicale. Chaque mot est pesé, chaque phrase découpe la réalité avec une lucidité désarmante. Le style est vif, elliptique, souvent télégraphique. Il en résulte une forme d’écriture qui épouse la précarité du sujet, l’instabilité du monde, mais aussi l’ingéniosité de ceux qui y survivent.

Le geste de Gauz est beau et technique. Ce qui permet à “Debout-Payé” de s’imposer comme une œuvre majeure de la littérature migrante francophone contemporaine. À la fois pamphlet, chronique urbaine, conte ironique et miroir social, ce roman déconstruit, interroge et reconstruit, avec une maîtrise formelle et un sens aigu de la satire. Il marque l’avènement d’une voix singulière dans le paysage littéraire, celle de Gauz, dont l’ironie tranquille est une arme de lucidité massive. Beau geste technique.

Debout-Payé. Gauz. Éditions Le Nouvel Attila, 2014. Avec la contribution de Ouattara Yassoungo Drissa (Lu et résumé).

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