Le roman s’articule autour de deux femmes qui sont presque comme enfermées dans une serre, s’observent l’une et l’autre, se devinent, se perçoivent à travers la barrière de ce qui les sépare. Leur enfermement n’est pas seulement physique mais profondément psychique, social et culturel. L’auteur utilise la télépathie comme dispositif littéraire pour donner voix à leurs intériorités, pensées, désirs, blessures, souffrances.
Les deux femmes ont des trajectoires qui semblent parallèles à première vue, mais qui sont en réalité très différentes. Toutefois, elles sont soumises toutes deux à l’emprise du patriarcat, à des normes de genre qui les restreignent, qui les définissent et souvent les plafonnent.
L’une est femme mariée, peut-être épouse délaissée, ou mère qui subit les attentes familiales ; l’autre pourrait être la fille qu’on n’a pas voulue ou la maîtresse, ou tout simplement celle dont la naissance ou l’existence dérange. Ces identités féminines sont façonnées non seulement par le contexte social, mais aussi par la mémoire. Il ne manque le non-dit, la culpabilité, la honte, et les désirs refoulés.
Le livre pose la question du Patriarcat et du pouvoir. Autrement comment les structures patriarcales façonnent les vies des femmes, non seulement dans les actes manifestes, c’est-à-dire les lois, les normes sociales. Aussi dans la psychologie intime, la relation aux autres, le regard. Il se manifeste cependant l’identité et la subjectivité : lutter pour exister, pour prendre la parole, pour se voir, être vue, être nominée.
Il en ressort cependant les thématiques de la liberté et de la contrainte charnelle, sociale, économique. Ici les femmes sont dans une tension constante entre ce que la société attend d’elles et ce qu’elles aimeraient être.
Il se ressent dans le roman, la Résilience et la révolte. Ce n’est pas un texte de résignation ; il y a une colère, un refus, une affirmation de soi derrière le silence et les invisibilités.
Cependant, le procédé de la télépathie ajoute une dimension presque fantastique ou intérieure : cela ouvre la possibilité de communication au-delà des mots.
Le cadre ivoirien contemporain, la vie à Abidjan, les réalités économiques, sociales, donne une épaisseur réaliste au récit ; la langue parle autant des rapports intimes que des structures de pouvoir.
“Indisciplinées” est une œuvre de revendication, un appel à ce que les femmes soient vues, écoutées, reconnues dans leur humanité, au-delà des rôles assignés. Le livre confronte aussi le lecteur : qu’est-ce que le « normal » que la société impose aux femmes ? Que se passe-t-il quand on refuse de s’y plier ? Enfin, c’est un texte qui dit : la liberté personnelle et sociale est une construction, un combat, souvent vécu dans la solitude mais qui peut aussi trouver des solidarités.
“Indisciplinées” d’Essie Kelly Éditions Continents. 2024 avec la contribution de Ouattara Yassoungo Drissa (lu et résumé)