Culture

LU POUR VOUS by CoolBee Ouattara “Le désastre de la maison des notables”

Par La Rédaction9 avril 2026

C’est l’origine d’un scandale survenu dans la haute bourgeoisie tunisienne que dissèque Amira Ghenim dans un grand roman, en réhabilitant la figure de l’intellectuel progressiste Tahar Haddad.

Le 25 décembre 2024, “l’humanité” sous la plume de Muriel Steinmetz publie : “Amira Ghenim ne quitte jamais ses personnages et décrit précisément leurs réactions face à l’amour adultère. Mères, sœurs, servantes (l’une étant noire), pères, frères… Tous ont la parole. Le « désastre » a lieu le 7 décembre 1935, lorsque le patriarche conservateur intercepte une lettre signée Tahar Haddad, cachée dans une miche de pain, adressée à sa bru, Zbeida, jeune épouse de Mohsen Naifer.

On la soupçonne aussitôt d’entretenir une liaison avec le syndicaliste. La fureur d’Othman Naifer, et sa canne, s’abat sur la jeune femme, seule à se taire dans le livre. Son silence hurle entre les lignes. Les membres des deux familles sont cités à la barre devant le jury des lecteurs…”

Publié initialement en arabe le 1er février 2021 par Masciliana Éditions, puis traduit en français par Souad Labbize et édité chez Philippe Rey en août 2024, enfin réédité en format poche chez 10/18 le 2 octobre 2025, “Le désastre de la maison des notables” est un roman choral d’une importante puissance qui explore l’histoire sociale et politique de la Tunisie sur plus d’un demi-siècle.

L’intrigue débute à Tunis en décembre 1935, dans un contexte de tensions politiques sous le protectorat français. Deux grandes familles bourgeoises s’y opposent symboliquement : les Naifer, conservateurs et attachés aux traditions, et les Rassaa, plus ouverts et progressistes. Leur union, scellée par le mariage entre Mohsen Naifer et Zbeida Rassaa, semble représenter une tentative d’équilibre entre ces deux visions du monde.

Cependant, tout bascule lors d’une nuit dramatique. Zbeida est accusée d’entretenir une liaison avec Tahar Haddad, figure historique engagée pour les droits des femmes et le progrès social. Cette accusation déclenche un scandale retentissant qui va briser l’harmonie entre les deux familles et entraîner une série de conséquences irréversibles.

Le roman adopte une structure polyphonique : plusieurs personnages, membres des familles, domestiques ou témoins indirects, prennent successivement la parole pour raconter leur version des faits. Cette multiplicité des voix rend la vérité incertaine, fragmentée, et parfois contradictoire. Le lecteur est ainsi plongé dans une sorte d’enquête où chaque récit dévoile une part de réalité tout en en dissimulant une autre.

À travers cette construction en « poupées russes », Amira Ghenim explore les non-dits, les mensonges et les silences qui façonnent les histoires familiales. Le cœur du récit n’est pas seulement de savoir ce qui s’est réellement passé cette nuit-là, mais de comprendre comment cet événement a marqué durablement les générations suivantes.

En effet, le roman s’étend sur plusieurs décennies, allant de la lutte pour l’indépendance de la Tunisie jusqu’à la révolution de 2011. Il montre comment un scandale intime peut refléter les mutations profondes d’une société. Les tensions entre tradition et modernité, entre conservatisme et émancipation, y sont omniprésentes. La figure de Zbeida incarne particulièrement la condition féminine dans une société patriarcale. Victime des jugements sociaux, enfermée dans des normes rigides, elle devient le symbole des femmes sacrifiées au nom de l’honneur familial.

À travers elle, l’autrice met en lumière les injustices subies par les femmes et leur lutte pour la liberté et la dignité. Le roman rend également hommage à Tahar Haddad, dont les idées avant-gardistes sur l’émancipation féminine résonnent tout au long du récit. Sa présence, à la fois réelle et romancée, renforce la dimension historique de l’œuvre.

Enfin, “Le désastre de la maison des notables” se positionne au-delà d’une simple saga familiale : c’est une fresque sociale et politique qui interroge la mémoire, la vérité et les héritages du passé. En dévoilant progressivement les secrets enfouis, le roman montre que les drames individuels sont souvent le reflet des fractures collectives d’une nation.

“Le désastre de la maison des notable” d’Amira Ghenim. Édition Philippe Rey en 2024, avec la contribution de Djémory Camara Aziz (lu et résumé).

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