Culture

LU POUR VOUS By CoolBee Ouattara “Les Carnets Secrets d’une Fille de Joie” de Patrick Gomdaogo Ilboudo ou à qui la faute ?

Par La Rédaction2 avril 2026

Il se raconte en pays Koulango, Est de la Cote d’Ivoire, une histoire qui mêle la responsabilité parentale et le choix de vie d’une fille, devenue femme sans repère. Abran Siaman est la fille ainée du Sir Dari Kouakou. Elle n’a pas eu la chance comme ses autres frères et sœurs d’être inscrite l’école dès son bas âge. Comme les filles de son âge, elle entreprend le voyage du destin pour devenir fille de ménage à Abidjan, à l’âge de 16 ans.

Plus tard à 35 ans, n’ayant aucune notion de sa prise en charge, encore moins de s’autonomisation et ayant eu des histoires auprès du couple pour lequel elle travaille, elle se retrouve à la rue. Elle n’a eu de choix que de devenir prostituée. À 55 ans, n’étant plus apte à exercer le plus vieux métier du monde, elle retourne dans son village avec comme seul bagage, son fils de 12 ans. Le Sir Dari Kouakou après avoir eu les échos de ce que faisait sa fille Abran Siaman à Abidjan, la bannit de sa progéniture.

L’affaire arriva sous l’arbre à palabre pour être élucidée. Après les explications, le père accuse sa fille d’avoir été prostituée. La fille accuse le père de ne l’avoir pas inscrite à l’école, ni de lui donner les rudiments pour affronter la vie. Le chef du village posa 03 questions au père.

As-tu inscrit ta fille à l’école comme ses autres frères et sœurs ?
Réponse : Non.

L’as-tu donnée en mariage avant qu’elle ne quitte le village ?
Réponse : Non.

Quelles démarches as-tu entreprise pour la faire revenir à la raison lorsque tu as appris ce qu’elle faisait à Abidjan ?
Réponse : Rien.

Sir Dari Kouakou a été sommé de faire les sacrifices expiatoires nécessaires pour le reniement de sa fille, bien qu’elle soit devenue adulte.

Le chef conclut que si parmi les 03 questions posées, le père avait pu répondre à l’affirmative à une seule, il ne serait pas coupable de ce qui est arrivé à sa fille.

Sir Dari Kouakou, voulant arranger toute cette affaire avant sa mort, prit conseil. Il maria sa fille de 55 ans à l’un de ses travailleurs Burkinabè. Le lendemain du mariage de sa fille, Sir Dari Kouakou mourut.

La pluie qui se faisait désirer, depuis 03 ans, arriva pendant 03 jours sans interruption. Les sages ont expliqué que Sir Dari Kouakou a eu son salut divin grâce à ce mariage arrangé. L’histoire se termine là. Vraie ou fausse, elle reste une histoire contée.

Une question essentielle s’impose cependant. Une prostituée est-elle une victime de la société ?
La responsabilité est-elle engagée dans ce cas ?
Quelle est la part de responsabilité de la femme en question ?

Sans risque de se tromper, “Les Carnets Secrets d’une Fille de Joie” est un roman poignant qui met en lumière une réalité sociale complexe. À travers une voix forte, Patrick Gomdaogo Ilboudo dénonce les injustices, tout en rendant hommage à la résilience des femmes confrontées à des conditions extrêmes. L’œuvre invite à porter un regard plus humain et plus lucide sur celles que la société préfère souvent ignorer ou condamner.

“Les Carnets Secrets d’une Fille de Joie” a pour auteur Patrick Gomdaogo Ilboudo, un Burkinabè qui retrace, sous forme de confession, la vie de Fatou Zalme, une prostituée de l’adolescence à la maturité. Il y explore avec force et intensité la condition féminine, la marginalisation sociale et les réalités souvent tues de la prostitution en milieu urbain africain.

À travers une narration intime et directe, l’auteur donne la parole à une jeune femme dont la vie bascule dans un univers marqué par la précarité, la violence et la quête de dignité. Le récit est construit sous forme de confidences, presque comme un journal personnel.

La narratrice, une jeune fille issue d’un milieu défavorisé, raconte son parcours avec une sincérité brute. Très tôt confrontée aux difficultés de la vie, elle se retrouve sans véritable soutien familial ni repères solides. Les circonstances, mêlées à la pauvreté et aux illusions d’un avenir douteux, la conduisent progressivement vers la prostitution, présentée non pas comme un choix, mais comme une nécessité imposée par la survie.

À travers son témoignage, le lecteur découvre un monde dur, souvent invisible, où les femmes sont à la fois exploitées et jugées. La narratrice décrit les clients, les rapports de pouvoir, la violence psychologique et physique, mais aussi les moments de solidarité entre femmes partageant le même destin.

Patrick Gomdaogo Ilboudo met en lumière l’hypocrisie d’une société qui condamne ces femmes tout en profitant de leur situation. Le roman ne se limite pas à une dénonciation sociale. Il explore également l’intériorité du personnage principal : ses espoirs, ses désillusions, ses blessures et son désir profond de s’en sortir.

Malgré les épreuves, la narratrice conserve une forme de lucidité et parfois même une certaine ironie face à son propre parcours. Cette voix intérieure donne au texte une dimension humaine forte, loin des jugements simplistes et hâtifs.

L’un des aspects marquants de l’œuvre est la critique des structures sociales et familiales. L’auteur montre comment l’abandon, le manque d’éducation, les inégalités et les violences subies dès le plus jeune âge peuvent orienter le destin d’une personne. Le roman questionne ainsi la responsabilité collective et met en cause les mécanismes qui perpétuent ces situations.

Sur le plan stylistique, Patrick Gomdaogo Ilboudo adopte une écriture vive, parfois crue, mais toujours expressive. Le langage est direct, sans détour, ce qui renforce l’impact émotionnel du récit. Cette approche donne au texte un caractère authentique et immersif, comme si le lecteur entrait dans les pensées les plus intimes de la narratrice.

“Les Carnets Secrets d’une Fille de Joie” de Patrick Gomdaogo Ilboudo. Editions La Mante 1988, avec la contribution de Djemory Aziz Camara (Lu et résumé).

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