Les Misérables se distingue par son ambition littéraire et philosophique. Hugo ne se contente pas de raconter une histoire ; il multiplie les digressions pour offrir une réflexion sur des thématiques variées : la peine de mort, la morale, la religion, et même les systèmes économiques.
Jean Valjean est le personnage central du roman : c’est avec lui que commence le récit et c’est sur sa mort qu’il s’achève. Il est le fil conducteur de l’histoire et c’est lui qui crée le lien entre les autres personnages. Il est à la croisée des destins. Plus qu’un personnage, Jean Valjean incarne à lui seul l’idée du peuple selon Victor Hugo.
C’est au cours de son exil que Victor Hugo rédige Les Misérables, vaste fresque historique et sociale sur laquelle il travaille depuis 30 années soit de 1832 à 1862. Dans cette œuvre colossale (cinq tomes), publiée en 1862, le romancier prend la défense des opprimés, le parti des gens du peuple qui souffrent des mauvaises conditions de vie, notamment à Paris. Une fois de plus, il prend la plume pour dénoncer ces injustices et pour peindre la misère dont il a été témoin. Pour lui, c’est la société qui pousse au crime. Sans éducation, l’homme risque de se retrouver hors-la-loi : Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons promet-il à l’époque.
Dans son roman, les intrigues se multiplient avec en toile de fond les événements du début du siècle, qui ne sont pas sans rappeler quelques épisodes plus récents, notamment la révolte de 1848.
Les personnages de l’histoire sont tous, à leur façon, des « misérables ». Leurs destins se croisent tout au long du récit. De par leur destinée, tragique pour certains, héroïque pour d’autres ou encore exemplaire, ils deviennent des « types » et suscitent l’engouement des lecteurs parisiens qui attendent avec impatience la suite de leurs aventures, au fur et à mesure de la sortie des différentes parties.
Depuis sa publication, cette œuvre est devenue une référence, le symbole de toute une époque et bien plus encore. Elle est à la base de nombreuses autres créations dont des films, des bandes dessinées (dont un manga), des pièces de théâtre ou encore des comédies musicales qui suscitent toujours autant d’intérêt. C’est une œuvre qui traverse le temps et les frontières.
Jean Valjean vient d’être libéré du bagne où il était emprisonné pour avoir volé du pain ; sa peine avait été allongée en raison de ses nombreuses tentatives d’évasion. Il cherche à se loger mais toutes les portes se ferment, exceptée celle de Monseigneur Myriel qui tente de le convaincre de redevenir honnête. Pourtant, malgré ce discours, Jean Valjean commet un nouveau larcin : il vole une pièce à un petit ramoneur, Petit Gervais. Pris de remords, il décide de s’échapper et de changer de nom : il devient M. Madeleine. Grâce au commerce, il s’enrichit dans la petite ville de Montreuil-sur-Mer où exerce l’inspecteur Javert, qui pense reconnaître l’ancien forçat qu’il cherche désespérément depuis des années.
Dans la même ville vient s’installer la jeune Fantine : elle a dû quitter Paris car, enceinte, elle s’est retrouvée délaissée par
le père de l’enfant. Afin de pouvoir travailler et assurer l’éducation de sa fille Cosette, Fantine décide de la confier à un couple d’aubergistes, les Thénardier. Ces derniers ne cessent de réclamer de l’argent à la pauvre malheureuse, alors qu’ils laissent la jeune Cosette dans un état lamentable, à leur service, et devant subir de nombreuses brimades. Les Thénardier n’hésitent pas non plus à dénoncer la véritable situation de Fantine : à cette époque, être une mère célibataire est très mal perçu. Celle-ci se retrouve donc sans travail et se prostitue pour tenter de rembourser ses dettes aux bourreaux de sa fille. Arrêtée par Javert, c’est M. Madeleine qui la protège et, alors qu’elle est sur le point de mourir, il lui promet de prendre soin de Cosette.
Cependant, Javert pousse M. Madeleine à révéler sa véritable identité et Jean Valjean
se retrouve de nouveau emprisonné. Il réussit à s’évader et court délivrer la petite Cosette des griffes des Thénardier. Il l’amène à Paris et ils se réfugient ensemble dans un couvent. Quelque temps plus tard, Jean Valjean est devenu Fauchelevent ; il travaille au couvent où Cosette, sa fille adoptive, reçoit une éducation et grandit paisiblement.
Lors d’une promenade dans les jardins du Luxembourg, Cosette rencontre Marius, un jeune étudiant sans le sou : dès le premier regard, les deux jeunes gens tombent amoureux. Marius fréquente un groupe, l’ABC, qui se bat pour que le peuple obtienne plus de liberté et qu’il soit moins « abaissé ». Il rencontre d’autres étudiants dont le truculent Enjolras ainsi que le jeune Gavroche, un enfant des rues, un « joyeux va-nu-pieds » (qui se révélera être le fils des Thénardier). Les voisins de Marius sont les Thénardier, qui se font alors
appelés Jondrette. Le couple perfide cherche à tendre un piège à Jean Valjean mais Marius, ayant surpris une conversation, appelle la police et sauve celui qu’il prend pour le père de sa bien-aimée. C’est l’inspecteur Javert qui arrête le couple sans scrupules.
Quelque temps plus tard éclate la révolte du peuple parisien, déclenchée par la mort du Général Lamarque (juin 1832). Le peuple, et les amis de l’ABC notamment, dressent des barricades où se retrouve l’ensemble des personnages du roman. Les soldats n’hésitent pas à ouvrir le feu, même sur le jeune Gavroche qui les brave en tentant de ramasser des munitions. Le jeune Marius échappe de peu à la mort : c’est Jean Valjean qui le sauve alors que Javert renonce à l’arrêter. L’ancien forçat fuit les tirs des soldats en passant par les égouts avec Marius évanoui sur son dos ; il
devra son salut à Thénardier qui lui ouvre la seule issue accessible. Suite à un quiproquo, Marius ne découvrira que plus tard l’identité de son véritable sauveur. À la fin de l’histoire, Jean Valjean meurt, entouré de ses « enfants », Marius et Cosette qui se sont finalement mariés.
Il est la victime d’une société qui ne laisse pas sa chance à ceux qui partent de rien et, pire que cela, les pousse au crime. Déjà, cette figure avait été esquissée dans le personnage de Claude Gueux, héros d’un autre récit d’Hugo, qui connut un destin tragique après avoir volé un morceau de pain. Dans Les Misérables, la faute initiale est la même. Cependant, l’ancien forçat va avoir la possibilité de se repentir, de sortir de la misère et de trouver sa place dans la société, notamment grâce à l’intervention de Monseigneur Bienvenu Myriel, le bien nommé, le juste dont le portrait ouvre le
roman. Mais cela reste un parcours chaotique, une ascension du personnage tant sur le plan moral que social, qui pourrait s’apparenter à un chemin de croix, un parcours jalonné de mises à l’épreuve (la pièce volée à Petit Gervais, l’affaire Champmathieu qui lui impose un choix cornélien, sa relation avec Marius qui l’éloigne de Cosette) qui n’aura d’issue heureuse que dans la mort (un ange attend son âme). Ainsi, Jean Valjean incarne la figure d’un homme misérable, ayant succombé à la tentation du vol, provocant sa chute. Il n’aura de cesse, tout au long de ses aventures, de racheter sa faute.
“Les Misérables” de Victor Hugo. 1862. Édition Flammarion.