Nina, une femme métisse d’origine ivoirienne, vit en France depuis des années lorsque son père, le Dr Kouadio Yao, décède en Côte d’Ivoire. Elle retourne à Abidjan pour organiser ses funérailles, dans un pays en proie à une guerre civile, où les traditions familiales et les rivalités s’exacerbent.
De retour sur sa terre natale, Nina se retrouve confrontée à une réalité qu’elle n’avait plus vue : la dégradation du pays, les tensions autour des préparatifs funéraires, les intrigues familiales et les usages coutumiers qui pèsent sur elle. Les funérailles sont sans cesse reportées pour des raisons protocolaires, renforçant son sentiment d’impuissance. Pour elle, le retour au pays devient un parcours intime, une quête d’identité, entre attachement à son héritage culturel et étrangeté face à ses propres racines.
Au fil de sa présence dans la maison paternelle, Nina découvre des aspects cachés de la vie de son père : ses doubles vies, ses relations extra-conjugales, et même des demi-sœurs réclamant une part d’héritage. Ces révélations bouleversent son image du père qu’elle croyait connaître. Elle s’interroge sur les dynamiques familiales traditionnelles, la place des femmes, la polygamie, l’autorité patriarcale et le poids des non-dits.
À travers le regard de Nina, l’auteur explore les thèmes de l’appartenance à deux cultures, de la reconquête d’un passé fragmenté, du conflit entre modernité et tradition dans une Côte d’Ivoire blessée. Le roman interroge aussi les rapports entre genres et générations : quelle place pour une femme qui revient chez elle après une longue absence, dans un univers masculin et rituel ? Nina se bat pour trouver sa parole au cœur d’un tissu social rigide.
Le style est à la fois sobre et intense. Véronique Tadjo mêle récit introspectif et critique sociale, rendant vivant les personnages secondaires, famille, voisins, curieux, qui incarnent les contradictions de la société ivoirienne. Le roman se lit comme une tragédie intime, une méditation sur la filiation, la mémoire et l’identité partagées.
“Loin de mon père” Véronique Tadjo. Actes Sud. 2010. Avec la contribution de Djémory Aziz Camara (Lu et résumé).