Pour être sincère avec vous, je n’ai pas lu ce roman. Je dois cette chronique à son écoute à travers les ondes d’Alpha Blondy FM. Écouter un livre ou/et le lire n’ont pas la même intensité d’adrénaline. Il est personnel et n’engage que moi. D’ailleurs je ne le généralise pas. Mais soyez-en rassurés l’un et l’autre convergent à la même compréhension. C’est cela l’essentiel et le plus important. Encouragements à Alpha Blondy FM.
“Robert et les Catapila” est une œuvre satirique et engagée de l’écrivain ivoirien Venance Konan, publiée en 2005. Ce court roman, à travers un récit simple mais dense en symboles, aborde des thématiques profondes telles que la xénophobie, la terre, l’injustice sociale, l’hypocrisie politique et les enjeux du vivre-ensemble en Afrique, notamment en Côte d’Ivoire.
L’histoire est racontée à la première personne par un narrateur anonyme, originaire du même village que Robert, le personnage principal. Ce village typique du centre de la Côte d’Ivoire est secoué par l’arrivée et l’installation progressive d’une communauté étrangère surnommée les Catapila, en référence à leur travail incessant et silencieux, à l’image des bulldozers Caterpillar. Ce surnom renvoie de façon imagée aux immigrants burkinabés, maliens et autres ouest-africains vivant en Côte d’Ivoire depuis plusieurs générations, mais souvent considérés comme des étrangers.
Les Catapila sont d’abord accueillis avec hospitalité. Ils s’installent, travaillent durement la terre que les villageois, eux, délaissent. Peu à peu, ils deviennent économiquement influents, ce qui commence à susciter des jalousies et des tensions. Le jeune Robert, fils d’un notable du village, est témoin de cette évolution. Il admire la rigueur et le courage des Catapila, mais il constate également l’hypocrisie de son propre peuple, qui rejette les étrangers tout en profitant de leur labeur.
Avec le temps, les tensions prennent une dimension politique et identitaire. Certains membres du village commencent à réclamer la restitution des terres, pourtant abandonnées autrefois. On remet en cause la légitimité de la présence des Catapila, même ceux qui y sont nés, mariés et totalement intégrés. Robert devient alors une voix critique contre cette injustice. Il prend position en faveur des Catapila, ce qui lui vaut l’incompréhension et le rejet d’une partie des siens.
À travers ce récit, Venance Konan dénonce la montée de la xénophobie et les dérives identitaires dans la société ivoirienne, notamment celles qui ont contribué à la crise politico-militaire des années 2000. Il s’interroge sur la véritable identité nationale, sur le droit du sol, et sur la mémoire collective sélective. L’auteur met en lumière l’absurdité de rejeter des individus qui, de fait, participent activement à l’essor économique et social du pays.
Le style est fluide, parsemé d’humour et d’ironie. Malgré la légèreté apparente du ton, le roman traite de sujets très sérieux et actuels, rendant ainsi le message accessible à un large public. Venance Konan réussit à faire réfléchir le lecteur sans jamais tomber dans le moralisme excessif.
“Robert et les Catapila” est donc un récit à la fois personnel, social et politique. Il invite à repenser la notion d’appartenance, à reconnaître la richesse du brassage culturel, et surtout à faire preuve de justice et d’humanité dans une Afrique en mutation, où les frontières héritées de la colonisation n’ont souvent aucun sens humain ni historique.
“Robert et les Catapila” de Venance Konan. Nouvelles Éditions Ivoiriennes (NEI) 2005. Avec la contribution de Camara Aziz Mory William (Lu et résumé).