Afrique

Mali : est-ce ton destin d’être malmené par les rebelles du nord?

Par Charles Kouassi13 avril 2015

AFRIKIPRESSE- Bamako . Sous l’égide de l’Algérie et de la communauté internationale, un accord partiel de paix avec les groupes armés du nord du pays a été paraphé par le Gouvernement du Mali, le 1er Mars 2015 à Alger. Face aux contradictions internes entre les forces centrifuges et centripètes, la Coordination des Mouvements de l’AZAWAD (CMA) n’a pas paraphé l’accord.

Elle a demandé un délai d’un mois pour consulter sa base et convaincre ses populations qu’elle a représentées aux négociations pendant sept mois. La CMA qui représente cinq (5) groupes rebelles, a estimé que l’accord de paix préliminaire d’Alger constituait une bonne base pour la poursuite des discussions, mais qu’il ne répondait pas en l’état aux aspirations du peuple touareg et devait être amélioré. ” Notre mission est de les encourager à prendre la bonne décision, qui est de signer”, avait déclaré Pierre Buyoya, Haut Représentant de l’Union Africaine pour le Mali et le Sahel.

Le 2 Avril 2015 à Lausanne, en Suisse, les grands décideurs du monde (Etats unis d’Amérique, Chine, Russie, Grande Bretagne, France et Allemagne) et l’Iran sont parvenus à un accord cadre pour le programme nucléaire iranien, après un an et demi de négociations.

À l’instar des six grands décideurs du monde et de l’Iran qui sont parvenus à un accord-cadre, le Mali a eu le courage de parapher l’accord partiel d’Alger. À la différence du Mali et de la communauté internationale, la Coordination des Mouvements de l’AZAWAD a eu la force de refuser de parapher l’accord d’Alger.

Le courage du Mali est la suite logique de l’assemblage ou du mixe de trois composantes de sa spécificité dans l’histoire du continent africain, notamment

1. les grands empires du Mali ont eu une structure sociale endogène, une assise du pouvoir, une organisation et une méthode de gouvernance qui servent encore d’outils de pédagogie à l’humanité;

2. l’honneur, le respect de la parole et la crainte de Dieu qui sont à la fois la boussole, le baromètre sensible, l’instrument de mesure et de grandeur de la vie de l’homme et du peuple maliens;

3. un peuple, un but, une foi comme devise du pays où vécut le Grand Soundiata Keita qui préférait la mort plutôt que la honte.

Dans l’histoire du monde, par droit d’aînesse et ordre de préséance, le Mali fit avant que l’AZAWAD ne soit. Dans l’histoire de l’Afrique, celle du Mali ne peut être ni tronquée ni falsifiée au gré du vent, des élucubrations et de l’humeur des faussaires contemporains. Les grands décideurs du monde, la communauté internationale, l’Afrique sont aux côtés de la primauté de l’histoire et du droit en quête de paix en ne confondant plus jamais le sentiment, l’intérêt qui domine le monde, le devoir de vérité, de souvenir et de mémoire.

Le Mali a écrit 12 pages de réserve sur les 30 pages et 67 articles que contient l’accord d’Alger. Le pays a accordé des concessions majeures aux groupes armés du nord dans la douleur, le sacrifice et l’espérance d’une paix durable, préalable à tout développement, cette paix qui ne doit pas être un vain mot mais un comportement.

Les cinq (5) gains tangibles et incompressibles obtenus par le Gouvernement malien dans l’accord sont comme suit

1. le respect de l’unité nationale;

2. le respect de l’intégrité territoriale;

3. le respect de la souveraineté de l’Etat du Mali;

4. le respect de sa forme républicaine;

5. le respect de son caractère laïc.

L’accord d’Alger ne parle ni d’autonomie ni de fédéralisme. C’est sans doute le principal motif du refus de la CMA de le parapher. Erreur fatale ou déficit de capacité de haute négociation dont la communauté internationale prend acte ? En réponse, j’appelle l’attention sur ” ce n’est pas le bruit des bottes qui est le plus terrible, c’est le silence des pantoufles “

2. la deuxième leçon de la haute négociation est ” il y’a rien de plus triste qu’un tricheur professionnel qui triche avec lui même “.

Peu importe la vitesse à laquelle voyage le mensonge, la vérité arrive toujours la première. D’abord, signer l’accord d’Alger par les deux parties en conflit avec des réserves constitue une étape parce que le préalable est la signature du document. Ensuite, la construction de la paix se fait sur plusieurs années, ont indiqué les médiateurs internationaux.

Ne pas signer l’accord signifie ne pas comprendre le langage de la médiation, de la conciliation, de la facilitation sous l’égide d’un pays régional influent militairement et économiquement (Algérie) et de la communauté internationale. Par conséquent, il y’a urgence et nécessité de renforcer d’abord la capacité de négociation des rebelles touaregs du nord du Mali qui pèchent trop et fort dans le domaine de la haute négociation, ensuite de parfaire leur connaissance des enjeux régionaux et internationaux, enfin d’approfondir leur maîtrise des paramètres, du contexte, de l’évolution et du rythme de destabilisation des Etats par le terrorisme. Face au refus de la CMA, le Ministre des Affaires Etrangères de France, Laurent Fabius a exigé qu’elle signe l’accord sans délai. Des diplomates se sont rendus à Kidal pour rencontrer les représentants des touaregs au lendemain de leur rejet de l’accord d’Alger. Un diplomate français, a indiqué que des sanctions du Conseil de Sécurité, comme par exemple l’interdiction de voyager, pourraient être prises contre les rebelles s’ils persistaient à ne pas signer. Les rebelles touaregs acceptent de renouer le dialogue. La communauté internationale menace. La CMA est prise à son propre piège. Elle est entre le marteau et l’enclume pour les dix (10) raisons suivantes :

1. pour la Coordination des Mouvements de l’AZAWAD (CMA), les régions de Kidal, Gao et Tombouctou constituent l’AZAWAD qui réclame l’autonomie ou le fédéralisme comme l’aspiration majeure du peuple touareg oubliant par manque de vision la coexistence pacifique, le brassage, le métissage et la présence des autres populations tamachek, soninke, sonrai etc dans lesdites régions;

2. la CMA est hostile à un référendum pour que toutes les populations du Mali se prononcent sur l’appartenance de Kidal, Gao et Tombouctou au Mali ou non, oubliant encore par cécité sociétale et manque d’observation, d’analyse et d’interprétation des faits que là où les gens ont vécu, ils y laissent toujours quelque chose d’eux mêmes;

3. en plus de son refus d’aller au référendum, la CMA veut obtenir la séparation de Kidal, Gao et Tombouctou du Mali par la force des armes non par la voie du droit;

4. la CMA refuse de saisir la Cour de Justice de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui a pour mission d’assurer le respect du droit, des principes d’équité et des droits de l’homme dans l’espace communautaire. Tout Etat membre peut saisir la Cour. Toute personne physique ou morale ressortissante de la communauté peut également saisir la Cour. Les décisions de la Cour sont exécutoires et sans appel. Depuis sa création, la Cour a rendu 571 décisions, tenu 566 audiences et enregistré 205 affaires.

5. la CMA a écrit 40 pages de réserve sur l’accord d’Alger de 30 pages et 67 articles;

6. les populations de Kidal, de Gao et Tombouctou sont divisées entre les nationalistes qui expriment leur ferme volonté de rester au Mali, la mère patrie et veulent signer l’accord d’Alger, les autonomistes qui veulent l’autonomie ou le fédéralisme et les radicaux qui veulent la séparation pure et simple du Mali et la création de l’AZAWAD par les armes;

7. les manifestants à Kidal ne sont pas représentatifs de la CMA;

8. les populations à la base à Kidal sont manipulées et prises en otages contre leur gré;

9. beaucoup de ceux qui grossissent les rangs des populations à Kidal, Gao et Tombouktou ne sont pas des citoyens maliens de souche. Ils viennent de Libye, de l’Algérie, de la Mauritanie, de la Tunisie, dans une moindre mesure du Maroc. Ils sont composés de d’anciens soldats de l’armée libyenne, de déserteurs et rescapés de Libye avant la mort de Kaddafi le 20 Octobre 2011, de trafiquants d’armes et de drogue, en quête d’une zone de sédentarisation et de sans droit au Sahel, loin du nomadisme et de la traque sans relâche à l’aide des satellites et des moyens sophistiqués d’écoute, de repérage, de détection et de surveillance de la communauté internationale et des organisations de défense et de sécurité régionales décidées à découdre avec le terrorisme, l’intolérance religieuse et l’économie parallèle liée au trafic de drogue, des armes lourdes et légères ainsi qu’à la prise d’otages et au paiement de rançon.

10. Dieu retire la gloire de l’agresseur lorsque le péché, l’injustice, l’arrogance, l’ignorance, le mensonge, la complicité active et passive, le banditisme à col blanc, la roublardise, la violence aveugle contre les populations innocentes et l’entreprise meurtrière sont en nombre dans la vaine tentative de déformer, modifier, ajuster et travestir l’histoire, le droit et l’évidence, par les armes qui sont l’apparence de la force, au détriment du dialogue, la négociation et la persuasion qui sont la réalité de la force.

Pour combattre le terrorisme sur son sol,

1. le Mali ne doit pas compter seulement sur la coopération internationale;

2. Ie Mali doit combattre le terrorisme de l’intérieur dans la guerre asymétrique en y impliquant ses forces de défense et de sécurité, ses initiatives de stabilisation et de paix, ses propres ressources financières et ses populations;

3. Sous ce prisme, il faut d’abord prendre possession de la tête et du mental du terroriste par la persuasion, l’engagement pour la paix, la sensibilisation, la mobilisation, l’organisation, la méthode, l’éducation et la formation religieuse pour anticiper le mal avant coup, résorber sa capacité de nuisance, sa contagion et son effet domino au plan sous régional;

4. la coopération internationale contre le terrorisme est souhaitable mais elle doit être comprise par les grandes puissances non comme une aide à sens unique à l’Afrique mais comme leur devoir / sacerdoce

4.1 de casser la régulation de la flore terroriste et de sa résistance croisée contre l’occident et l’Afrique, en mettant les consciences en éveil, en prévenant le mal, en avertissant de l’existence du mal et en agissant contre le mal avec vigueur et rigueur, avec précision et en profondeur;

4.2 d’activer tous les relais en Afrique et dans le monde, en évitant de permettre au terroriste qui aime être devant la camera que d’être derrière la camera d’avoir un nom, une signature, une marque de fabrique et un statut via les réseaux sociaux, la presse écrite et audiovisuelle,

4.3 d’éviter l’ambiguïté et le raccourci douteux entre la bataille au couteau contre le terrorisme et la collaboration avec les groupes terroristes aux fins de renseignement et d’entraide pour libérer les otages occidentaux;

4.4 d’amplifier les moyens de détection, de surveillance, de prévention et d’atténuation des risques émergents d’actes terroristes en préparation , en ciblage, en maturation d’objectif pour attaque surprise imminente;

4.5 de comprendre la nature du conflit au Sahel entre le Mali et la Coordination des Mouvements de l’AZAWAD au plan historique, géographique, juridique et du droit humain, économique, commercial, financier, social, de la défense du territoire national et de la protection de l’environnement pour dégager des pistes de réflexion de stabilisation vers une paix définitive, appropriée et durable, en ayant à l’esprit qu’en peinture l’homme de la préhistoire se servait du relief pour faire la perspective;

4.6 de comprendre que baisser la garde un seul instant en pensant que les terroristes sont totalement vaincus tient au suicide professionnel.

5. le Mali doit compter d’abord sur ses forces de défense et de sécurité. La force d’une armée relève de la loyauté de ses membres, de leur patriotisme, de leur capacité d’équipement, de renseignement, d’anticipation et de puissance de feu.

Le médiateur algérien, Ministre des Affaires Etrangères a invité les parties au conflit à se rencontrer dans la capitale algérienne le 15 Avril 2015, pour signer l’accord. La CMA a déjà rendu officiel son communiqué sur son refus d’être présente à Alger pour parapher le document.

Est ce le destin du Mali d’être malmené par les rebelles du nord et d’évoluer selon leurs humeurs aux yeux et au su de la communauté internationale sans réaction appropriée ou disproportionnée ?

Je ne le pense pas. À la vérité, les hommes de mauvaise foi et sans vergogne ont toujours crée de leurs erreurs, errements, intolérance religieuse et folie meurtrière, un monstre qu’ils s’appellent le destin mais qui peut être dompté par le leadership, le courage, l’exemplarité, la persuasion, la volonté, la détermination, la solidarité nationale, régionale et internationale, le combat aux mains nues ou avec les armes, au service du droit, de la justice et de la vérité, loin de la falsification de l’histoire et de la géographie, pour la libération des peuples pacifiques du joug de la domination et du fondamentalisme religieux importé.

Laurent Maurice Kouakou
Chroniqueur expert consultant

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