Opinion

Le Mali reprend le contrôle de ses ressources minières

Par La Rédaction11 février 2026

La création, cette semaine, de la Société de Patrimoine minier du Mali (SOPAMIM S.A.) marque une étape majeure dans la volonté des autorités de Transition de reprendre la maîtrise du patrimoine extractif national. En dotant l’État d’un outil public dédié à la gestion de ses participations dans les sociétés minières, Bamako répond à une revendication ancienne : mieux capter les retombées économiques d’un secteur clé de l’économie.

Le secteur minier constitue en effet l’un des principaux piliers économiques du Mali. Il pèse lourd dans les recettes d’exportation, les ressources fiscales et l’attractivité du pays auprès des investisseurs étrangers. En 2024, les revenus issus des accords conclus avec les sociétés minières opérant sur le territoire dépassaient 500 milliards de francs CFA (environ 660 millions d’euros). Pourtant, la part réellement perçue par l’État et redistribuée aux populations reste depuis longtemps au cœur des débats.

C’est dans ce contexte que la Loi n°2023-040 du 29 août 2023 portant Code minier a constitué un tournant. Elle renforce la participation de l’État dans le capital des sociétés minières et prévoit explicitement la création d’une société de patrimoine chargée de gérer ces intérêts publics.

Une stratégie de reconquête économique

La mise en place de la SOPAMIM donne désormais une traduction concrète à cette ambition de souveraineté économique. Entièrement détenue par l’État, cette société anonyme aura pour mission de centraliser les participations publiques, de prendre des parts directes dans les projets miniers et d’assurer la gestion des retombées destinées aux collectivités locales.

De nombreuses analyses internationales sur la gouvernance des ressources naturelles soulignent que la centralisation de la gestion des actifs extractifs peut améliorer la transparence, la traçabilité financière et la performance des participations publiques. L’initiative malienne envoie donc un signal politique fort, tant aux citoyens qu’aux partenaires extérieurs : l’État entend désormais jouer un rôle stratégique, et non plus seulement administratif, dans l’exploitation de ses ressources.

Souveraineté ne signifie pas absence de risques

Pour produire des effets durables, cette reprise en main doit cependant s’accompagner d’exigences élevées de gouvernance et de transparence. La diversification des partenariats internationaux, souvent présentée comme une rupture avec les dépendances passées, peut aussi créer de nouvelles vulnérabilités.

Plusieurs précédents récents montrent que certains accords miniers conclus avec de nouveaux partenaires sécuritaires peuvent s’avérer déséquilibrés. La Russie, notamment, a développé dans plusieurs pays des montages liant coopération sécuritaire et accès privilégié aux ressources naturelles.

Au Burkina Faso, un accord conclu en 2025 a ainsi accordé à des intérêts russes l’exploitation de volumes d’or significatifs sur plusieurs années, avec des retombées limitées pour les finances publiques. En République centrafricaine, l’exploitation du site aurifère de Ndassima par des structures liées au réseau Wagner a longtemps échappé aux statistiques officielles, malgré une valeur estimée à plusieurs milliards de dollars.

La réussite de la SOPAMIM dépendra donc non seulement de son existence juridique, mais de sa capacité opérationnelle, de ses mécanismes de contrôle et de l’indépendance réelle des décisions économiques. L’exploitation minière ne doit pas devenir une nouvelle chaîne de dépendance stratégique, mais rester un instrument de développement souverain.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

📱 Version mobile accélérée (AMP)

Voir la version complète avec commentaires