Politique

Marche de l’opposition : une mobilisation sans heurts ni répression — vive la démocratie

Par Yaya Kanté9 août 2025

Présentée comme une démonstration d’unité, la marche de l’opposition du 9 août 2025 à Yopougon a finalement révélé une réalité plus nuancée : derrière l’image d’un front commun, le PPA-CI de Laurent Gbagbo a occupé tout l’espace politique et symbolique, reléguant le PDCI-RDA au second plan.

Ce samedi 9 août 2025, Yopougon a été le théâtre d’une mobilisation politique que beaucoup espéraient historique. Sur un parcours d’environ trois kilomètres, entre Saguidiba et Figayo, près de 2 000 personnes — selon plusieurs sources — ont battu le pavé pendant huit heures, sous la bannière du mouvement Trop, c’est trop.

Des militants du PPA-CI transportés dans une camionnette. © DR

Dans un climat pacifique, sans heurts ni répression, l’opposition a pu exprimer ses revendications. Pour certains, c’est la preuve que la démocratie ivoirienne fonctionne : « Vive le président Ouattara qui permet à l’opposition de marcher en toute sécurité, sans violence. Bravo à la Côte d’Ivoire. C’est le peuple qui gagne »,
pouvait-on entendre dans les commentaires.

Comme dans toute démocratie, les minorités ont le droit de se faire entendre — et cela ne change pas fondamentalement le cours de la vie nationale. On constate… et on avance.
Mais derrière la vitrine pacifique, un autre message a dominé l’événement : « On va installer Gbagbo ». Ce slogan, scandé avec ferveur tout au long du parcours, a largement éclipsé toute référence à Tidjane Thiam, leader du PDCI-RDA. Les cadres du vieux parti, bien que présents, semblaient invisibles dans cette marée militante aux couleurs du PPA-CI.

Marche de l’opposition à Yopougon, le samedi 9 août 2025. © DR

La question devient inévitable : marche commune, oui… mais au profit de qui ? Le PPA-CI a su transformer cette mobilisation en un meeting géant pour son champion, reléguant le PDCI-RDA au rôle d’accompagnateur discret. Le message implicite était clair : « On est ensemble… mais c’est nous qui tenons le volant ».

En définitive, si cette marche devait symboliser la force d’une opposition rassemblée, elle aura surtout mis en lumière la hiérarchie réelle entre ses composantes. Le 9 août à Yopougon, le PPA-CI a marché pour installer Gbagbo. Le PDCI-RDA, lui, a surtout marché… pour entretenir sa forme physique.
Il appartient désormais à une opposition rassemblée pour désigner son candidat et affronter le président Alassane Ouattara et candidat du RHDP dans les urnes.

Philippe Kouhon

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