Comment un enfant tente d’apprivoiser le monde ? C’est le message de la création du groupe Teatro 4Garoupas venu d’Allemagne. Sur la scène du Goethe-Institut, le mercredi 14 avril 2026, dans le cadre du MASA, les spectateurs ont assisté à « Bloom » une pièce de 50 minutes, destinée à un jeune public dès 4 ans, et évoquant la construction de soi avec poésie.
Sur les planches, une seule présence. Eugênia Labuhn, Gargadenia, une enfant, perdue dans une forêt aussi mystérieuse que fascinante. La référence à Alice n’est pas fortuite : comme cette héroïne, Gargadenia traverse un espace instable où les repères vacillent, où chaque rencontre est une énigme, chaque mouvement une tentative de compréhension.
Mais là où Alice s’appuie sur le langage et le dialogue, Bloom choisit le silence. Un silence où le corps devient parole. La chorégraphie, signée Andreas Denk et Eugênia Labuhn, déploie une gestuelle organique qui évoque la croissance, l’enracinement et la métamorphose. Le spectacle s’apparente alors à une germination lente : celle d’une identité en quête d’elle-même.
La force de la pièce réside dans sa capacité à s’adresser simultanément aux enfants et aux adultes. Les plus jeunes y voient une aventure sensorielle, peuplée de formes étranges et de situations ludiques ; les seconds y lisent une métaphore limpide du passage à l’âge adulte, avec ses peurs diffuses et ses élans d’émerveillement. Dans un monde « en mutation », comme le souligne la note d’intention, Gargadenia cherche à « prendre racine » — une image simple, mais d’une résonance universelle.
Sur le plan esthétique, Bloom séduit par sa cohérence. Les costumes de Cristina Milea, les lumières de Christoph Wedi et la musique de Wiebe Gotink composent un environnement sensoriel immersif, à la frontière du rêve et de l’inquiétude. La dramaturgie d’Arno Kleinofen accompagne subtilement cette traversée laissant au spectateur la liberté d’interpréter.
Il faut également saluer le parcours de Eugênia Labuhn, artiste brésilienne formée à l’université Folkwang des arts, dont le travail s’inscrit dans une dynamique internationale. À 27 ans, elle impose déjà une signature artistique tournée vers la transmission et l’exploration des émotions fondamentales.
Dans le contexte du MASA, véritable carrefour des cultures avec plus de 300 spectacles présentés à travers Abidjan, Bloom apparaît comme une proposition à la fois modeste et essentielle. La pièce mise sur l’intime, sur la lenteur, sur l’écoute.
Et c’est peut-être là sa plus grande réussite : rappeler que grandir n’est pas une évidence, mais une aventure. Une aventure fragile, parfois déroutante, mais toujours traversée par la possibilité d’un nouveau départ. Une invitation, en somme, à entrer dans l’inconnu.
Yaya K