La ruée vers les mines africaines
Alors que l’Afrique dispose d’une part significative des réserves mondiales de minerais, l’avenir du continent dépend largement de sa capacité à gérer son secteur minier, alors que s’ouvre une course mondiale pour les ressources minières africaines, dont veulent s’emparer les puissances étrangères, l’Histoire nous montre que les gouvernances nationales et les intérêts particuliers, en entretenant une formidable opacité dans la gestion de ce secteur, en favorisant une économie de la rente et une corruption endémique, n’ont pas permis aux mines africaines de contribuer efficacement au développement économique des pays.
Les cadres législatifs et réglementaires mis en place dans les années 1990 et les conventions minières conclues avec des puissances étrangères (Etats et multinationales) ont réparti de façon très inégale la rente minière au seul avantage des investisseurs étrangers, ce qui a privé les Etats africains d’importantes ressources financières. Aujourd’hui, alors que l’Afrique est riche en ressources minières, les gouvernances nationales sont-elles capables de créer localement de la valeur ajoutée dans l’écosystème minier ?
Je regarde le secteur minier africain compliqué avec des idées simples
Dans une célèbre formule passée à la postérité, le Général de Gaulle évoque ainsi son déplacement en Syrie à l’été 1941 : « Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples. ». Aujourd’hui, il faut regarder l’Afrique compliquée et son secteur minier avec des idées simples.
Quelles sont ces idées simples ?
Premier idée simple : l’Afrique dispose d’une part très significative des réserves mondiales de minerais, ce qui engage un enjeu géoéconomique primordial.
Deuxième idée simple : l’Afrique n’existe pas, mais il existe des Afriques, c’est-à-dire 54 Etats indépendants, qui ont des intérêts divergents, des alliés et des partenaires différents, ce qui crée une Afrique compliquée dans laquelle les Etats se voient proposer par des puissances étrangères qui se concurrencent des accords commerciaux dans le secteur minier.
Troisième idée simple : l’édition 2026 du « Mining Indaba », qui vient de se tenir en Afrique du Sud, a montré que les pays africains ne disposent pas des ressources financières et des compétences qui leur permettraient de développer, de façon souveraine, leur secteur minier. Ils dépendent de financements qui viennent des pays étrangers, des compagnies multinationales et des bailleurs de fonds internationaux (banques multilatérales, marché financier), ce qui les place en situation de dépendance.
Quatrième idée simple : les pays africains miniers éprouvent des difficultés à coopérer entre eux, alors qu’il leur faudrait nouer des partenariats et/ou initier des projets pour constituer une chaîne de valeurs communes.
Cinquième idée simple : le grand défi à relever est celui de la transformation locale des matières premières brutes, ce qui suppose une bonne gouvernance, des ressources financières, un code minier souverain, des compétences pour ne pas subir les choix des investisseurs étrangers.
L’Union africaine avait élaboré, en août 2008, la vision du régime minier de l’Afrique à l’horizon 2050 avec une mise en œuvre progressive qui tient compte du contexte local et des spécificités. Dix-huit ans plus tard, l’édition 2026 du « Mining Indaba » établit le constat suivant : à ce jour, la gestion durable de leur secteur minier par les Africains eux-mêmes n’est pas au rendez-vous.
Or, le continent est devenu un acteur incontournable dans la course mondiale aux métaux stratégiques. Afin de sécuriser leurs approvisionnements, les grandes puissances se précipitent toutes en Afrique. Géologue et expert des questions minières, Djimadoum Nabantigar note que « les partenaires viennent vers nous de manière assez unilatérale et nous subissons leurs choix. La prise de conscience est là, mais de façon réelle, il n’y a pas de partenariat qui fonctionne. »
Qui se précipite en Afrique pour s’emparer des mines africaines ?
Aujourd’hui, tout le monde se précipite en Afrique pour participer à la conquête du sous-sol africain. Puissance financière et peu soucieuse des principes de bonne gouvernance, la Chine a pris de l’avance. Etats-Unis, Russie, Europe, monarchies pétrolières du Golfe, nombreux sont les Etats qui cherchent à reconfigurer les flux de minerais en provenance d’Afrique et rivaliser sur le continent avec la puissance et la rapidité de Pékin, qui, au cours des deux dernières décennies. a considérablement accru son influence sur le continent.
Les Etats-Unis ont mis en œuvre une diplomatie transactionnelle avec, comme laboratoire de la stratégie trumpienne (investissements et soutien contre des minerais stratégiques), la RDC. Les monarchies pétrolières du Golfe investissent dans les sous-sols encore inexploités de l’Afrique.
L’Europe, dont la France, cherchent à renforcer leurs relations avec les pays africains en proposant des investissements responsables et durables, respectueux des intérêts des pays africains, des populations et des enjeux environnementaux, ce qui ne figure pas dans le cahier des charges des entreprises chinoises ou américaines, dont le seul souci est de sécuriser leur approvisionnement en ressources minières essentielles à certains secteurs de la nouvelle économie mondiale, avide de minerais stratégiques, tels que le cobalt, le lithium et les terres rares.
Les conséquences du contrôle des ressources minières
Dans le siècle minier qui s’ouvre, l’Afrique, qui ne dispose pas des ressources financières nécessaires, a besoin de s’appuyer sur des partenaires internationaux pour exploiter son secteur minier. Ce qui se joue alors, ce n’est rien d’autre que le contrôle par l’Afrique de ses ressources minières.
Soit les Etats africains sont capables d’imposer à leurs partenaires internationaux des choix qui vont permettre l’augmentation significative des revenus fiscaux destinés à financer des projets de développement économique et social ; soit, en perpétuant les mauvaises habitudes du vieux monde et de la vieille Afrique, dont les risques de corruption, le continent, soumis à la dépendance économique et au contrôle croissant de ses ressources naturelles par des partenaires extérieurs, subira une nouvelle colonisation qui réduira la souveraineté africaine sur ses propres ressources minières. La menace d’un contrôle croissant des ressources naturelles de l’Afrique par des puissances étrangères financières et industrielles, toujours en position dominante, existe plus que jamais.
La Côte d’Ivoire dispose d’un sous-sol riche et diversifié. Le PND 2026-2030 prévoit de développer le secteur minier qui ne représente, aujourd’hui, que 5% du PIB national. Une gestion transparente et durable de ce secteur s’impose, afin que l’exploitation minière finance la transformation locale des minerais, l’innovation dans tous les secteurs et profite aux populations.
Christian GAMBOTTI – Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de l’Université de l’Atlantique (Abidjan) – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact : cg@afriquepartage.org