Economie

Monnaie : A Abidjan les pièces de 250 FCFA font peur et sont refusées

Par Charles Kouassi24 mars 2015

AFRIKIPRESSE -Abidjan. Depuis quelques années, l’avènement des pièces lisses ou noires a fait naitre chez les populations une certaine phobie dans les transactions. La tendance actuelle est le refus des pièces de 250 FCFA devenues lisses ou celles qui ont noirci. Commerçants , chauffeurs, et clients, sont réfractaires à cette pièce alors même qu’avoir de la monnaie dans les commerces, pour contenter chaque partie est déjà difficile.

Les pièces de 250 sont devenues indésirables dans le petit commerce et le transport dans des communes d’Abidjan. Les communes les plus touchées par cette réalité sont Port Bouët, Koumassi, Treichville, Marcory, Abobo, où des altercations entre commerçants et clients, ou encore entre les apprentis de “Gbaka“ et les passagers sont devenues récurrentes.
[ Des réactions des usagers ]
 « La plupart des clients refusent les pièces de 250 FCFA. Ils disent que les commerçants refusent aussi ces pièces quand ils vont faire des achats dans les marchés », indique Ali Kouyaté, un chauffeur de la ligne Koumassi-Port Bouët, soutenu par ses camarades. « C’est compliqué cette affaire de refus de 250 FCFA, c’est tout un problème », se tourmente Cheick, un boutiquier de Koumassi, signifiant qu’il n’accepte ces pièces que quand c’est une vieille personne qui les lui remet , faisant ainsi un sacrifice, un don. Pour sa part, Souleymane Diaby, un habitant d’Adjamé estime que ce ne sont pas les commerçants qui refusent ces pièces. Ce sont les clients eux-mêmes qui les donnent et qui les refusent après. Il s’interroge sur la raison pour laquelle les pièces sont indésirables en Côte d’Ivoire: «  Au Mali par exemple, toutes les pièces lisses sont écoulées sans problèmes. Mais pourquoi ce n’est pas le cas en Côte d’Ivoire ? Il faut qu’on nous dise la vérité. Est-ce parce qu’elles sont falsifiables ou bien sont-elles utilisées à d’autres fins ? ».  « On a déjà des problèmes pour faire la monnaie, mais en plus les clients ne prennent pas les pièces de 250 FCFA. Quand tu as les pièces de 250 FCFA, tu ne sais pas comment faire, parce qu’on n’arrive pas à effectuer des achats avec cette pièce. C’est pourquoi nous aussi on les refuse. Les clients disent qu’on utilise plus ces pièces, mais ce n’est pas nous qui les fabriquons ça », ont confié des jeunes vendeuses du grand marché de Koumassi, qui souhaitent qu’une poubelle soit déposée au sein du marché pour que les pièces indésirables y soient jetées . Dans le domaine médico-sanitaire, la thèse précédente est corroborée. « La pharmacie ne refuse pas les pièces de 250 FCFA, ce sont les clients », assure Dr Blesson, un pharmacien. Même quand la pièce de 250F est acceptée, ce n’est pas souvent sans risque, parce que le vrai souci, c’est comment l’utiliser à nouveau, ou plutôt, dans un tel contexte, comment s’en débarrasser. C’est en tout cas, la préoccupation que fait comprendre Doumbia Adama, chauffeur de “gbaka“ sur la ligne Adjamé-Abobo. « Nous, nous prenons ces pièces. Mais souvent, pour les écouler, nous avons des problèmes parce qu’il y a des clients qui sont catégoriques sur le refus de cette pièce. Plus grave même, des stations d’essence refusent de prendre cette pièce », précise-t-il. Mais, comme entre deux maux, il faut choisir le moindre, il y a aussi par bonheur le lot de ceux qui ne la refusent pas, à condition que cette pièce de 250 FCFA, ne soit pas trop usée, comme le témoigne cette vendeuse d’eau en sachet de Treichville. « On accepte toutes les pièces parce qu’il y a des personnes qui prennent quand ce n’est pas lisse », a fait savoir la vendeuse. Ce n’est pas seulement que les pièces de 250 Fr qui est refusée. Il y  a d’autres pièces de monnaie devenues noirci qui sont aussi rejetées par la population.  Comme le témoigne Sali Koné, vendeuse de beignets à la gare de Bassam : « Quand des clients payent les “galettes“ et que tu leur remets une pièce noire comme monnaie, automatiquement ils la refusent. Pourtant, ce sont eux les clients qui nous donnent ce genre de pièces ». À sa suite Yapo Steeve, cordonnier de profession a exprimé son ras-le-bol: «  La pièce n’est pas lisse, elle n’a rien seulement qu’elle est noire. Cela n’est pas une raison pour la refuser d’autant plus que ce n’est pas nous qui fabriquons l’argent. A Treichville ici, les gens ont tendance à trier l’argent. Ce n’est pas une pièce contrefaite et puis, la BECEAO n’a pas encore émis de communiqué pour annoncer le refus de ces pièces, à savoir : lisses ou noires ».

[ La version de la BCEAO]

Pour sa part, la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a souligné qu’elle n’a publié aucun communiqué interdisant l’utilisation des pièces de 250F dans les échanges. Elle a plutôt fait des communiqués à la télé pour demander aux populations d’accepter la pièce de 250 FCFA. « Les pièces de 250F sont aussi valables que celle de 50 FCFA, 100 FCFA, 200 FCFA, 500 FCFA », renseigne un agent de l’institution bancaire. Mais cette décision de refuser cette pièce est née de l’appréciation de la population. Selon lui le fait que les pièces noircissent, s’explique par la mauvaise conservation. Il y a certaines personnes qui gardent leur argent dans des boîtes de conserves mal entretenues, et sur une longue période. C’est ce qui occasionne le noircissement de la pièce, estime -t-il.

akody.com

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