Le président sénégalais peut-il résister à la tentation du pouvoir immédiat, alors que son Premier ministre, Ousmane Sonko, a toujours fait de sa propre candidature le moteur de son engagement politique ?
Non-candidature Bassirou
Et si Bassirou Diomaye Faye n’était pas candidat en 2029 ? La question, à ce stade, n’est ni une déclaration ni une annonce. Rien n’engage le chef de l’État. Toutefois elle mérite d’être posée, tant l’agenda politique du Premier ministre, Ousmane Sonko, semble tourner autour d’une seule idée : être candidat. Lui qui fut empêché sous le régime précédent peut voir aujourd’hui les verrous sauter. Pourquoi lui reprocherait-on d’utiliser les leviers à sa disposition pour réparer une injustice ? Et pourquoi Diomaye devrait-il soutenir une manœuvre qui empêcherait Sonko d’être candidat ?
Le 28 avril 2026, l’Assemblée nationale a adopté une loi modifiant le Code électoral. Le président a refusé de la promulguer et demandé une seconde lecture. La loi a été confirmée dans des dispositions contraires à sa vision, mais favorables à une candidature de Sonko. Conformément à l’article 75 de la Constitution, faute de promulgation dans les délais, la loi entre de plein droit en vigueur le mercredi 13 mai 2026 à minuit. Le texte pourrait donc s’appliquer , sans la signature du chef de l’État.
Un recours devant le Conseil constitutionnel aurait-il pu tout bloquer ? Il aurait dû être introduit avant le 4 mai 2026. L’opposition parlementaire ne disposait pas du seuil requis de dix pour cent des députés.
Reste la question politique, brûlante
Sonko tient une majorité parlementaire solide. Aucune fissure n’est apparue dans les rangs du Pastef. Le président ne peut limoger son Premier ministre sans risquer un blocage immédiat. Agiter la menace de dissolution ? L’article 87 l’autorise… mais le délai légal n’est pas encore atteint. Une dissolution aujourd’hui serait inconstitutionnelle. Certains murmurent : dissolvez dans six mois. La dernière dissolution, en 2024, a pourtant envoyé Sonko et le Pastef à l’Assemblée encore plus forts, alors qu’ils étaient à juste deux points de la majorité sous le mandat Macky Sall.
Alors, que faire ? La sagesse ne serait-elle pas ailleurs ? Bassirou Diomaye Faye a trois ans devant lui. Il est moins âgé que Sonko. A-t-il besoin forcément d’être candidat en 2029 ? Ne peut-il pas, comme Ramaphosa en Afrique du Sud ou Att au lors de la première transition post coup d’État au Mali , s’inscrire dans le temps long ? Acceptera-t-il, au nom de la démocratie, d’affronter son probable futur ex-Premier ministre ? Tout a été dit sur leur fraternité, leur histoire, la loyauté de l’un envers l’autre. Un slogan les liait.
Ils ne doivent pas raison à ceux qui désespèrent de l’Afrique, aux partisans des coups d’État et des révolutions violentes, pour qui un changement sans effusion de sang au Sénégal restait une anomalie , ou une impossibilité en 2024. Ils sont aux aguets.
Le Sénégal ne serait-il qu’une illusion ?
Bien sûr, Sonko pourrait faire preuve de plus de modération, de moins d’arrogance, de plus de respect envers celui dont il ne doit pas se considérer comme le maître. N’empêche : celui qui tient les clés de la paix, c’est bien le président. Il peut résister à la tentation du pouvoir immédiat, à la pression de l’affrontement. Il peut ne pas oublier d’où il vient, d’où ils viennent, d’où vient le Sénégal. Si le Sénégal n’a besoin ni d’homme providentiel ni de messie, ni même de Sonko comme messie, pourquoi Bassirou serait-il indispensable , un messie? Pourquoi serait-il forcément candidat en 2029, et pas après ?
Charles Kouassi