Culture

Récit d’une escapade en Normandie : Quand l’art dialogue avec la mémoire et la nature

Par Jean-Paul Oro19 mai 2025

Un voyage en Normandie m’a offert une double immersion artistique : d’un côté, l’abbaye de Jumièges, où le temps façonne la mémoire et l’histoire à travers l’exposition “Le temps creuse même le marbre” qui se déroule du 17 mai au 21 septembre 2025 ; de l’autre, le Parc de Clères, où l’art et la nature s’entrelacent dans “Paradeisos” de Caroline Desnoëttes qui s’offre depuis le 12 avril 2025 et annoncé pour s’achever 28 septembre 2025. Deux expositions marquantes qui interrogent notre rapport au passé et à la biodiversité, dans des lieux où chaque pierre et chaque arbre racontent une histoire.

Jumièges, quand l’image sculpte la mémoire

En pénétrant dans l’abbaye de Jumièges, je suis frappé par la force silencieuse des ruines. Elles semblent dialoguer avec les œuvres contemporaines réunies sous le titre évocateur “Le temps creuse même le marbre”. Inspirée d’un proverbe tunisien, l’exposition rassemble onze artistes de la scène contemporaine tunisienne autour des thèmes de l’histoire et de la mémoire.

Des cyanotypies aux installations vidéo, le passé colonial et les traces du temps s’expriment avec puissance. Héla Ammar questionne les strates du passé à travers ses photographies, tandis qu’Ismaïl Bahri manipule la lumière pour créer des œuvres en suspens entre deux époques. Victoria Jonathan, commissaire de l’exposition, orchestre avec justesse cette plongée dans le souvenir et l’oubli. Jumièges devient alors bien plus qu’un simple lieu d’accueil : il est un acteur du récit.

Clères, une ode à la fragilité du vivant

En quittant Jumièges pour le parc de Clères, le changement de décor est radical. Ici, l’art épouse la nature dans une subtile harmonie. “Paradeisos“, de Caroline Desnoëttes, est une invitation à la contemplation et à la préservation du vivant. Une tapisserie monumentale composée de 30 000 fleurs d’encres et de terres naturelles capte mon regard, évoquant la diversité des écosystèmes.

Dans le parc, plusieurs installations interactives transforment notre perception du paysage. Dans le château, Caroline Desnoëttes rend hommage à Jean Delacour, ornithologue passionné, mettant en lumière l’importance de la préservation de la faune et de la flore. L’installation finale, SOS, est un cri silencieux, un appel à prendre conscience de l’urgence environnementale.

Un voyage sensoriel et introspectif

Cette journée normande m’a offert bien plus qu’une découverte artistique. J’ai été témoin de la force du temps et de la fragilité du vivant. L’histoire se réinvente à Jumièges ; la nature réclame notre attention à Clères. Deux expositions, deux dialogues, une même invitation à regarder différemment notre monde. Ce voyage m’a laissé une empreinte, celle d’une goutte d’eau qui, lentement, creuse la pierre.

Jean-Paul Oro à Paris

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