Politique

Alassane Ouattara : un message à la Nation à une date qui rappelle le 18 juin du général de Gaulle

Par Charles Kouassi3 juin 2024

À l’approche du 18 juin, une date qui évoque l’appel à la résistance de De Gaulle le 18 juin 1940 selon la remarque d’un aîné, ex-ministre et ex-ambassadeur, les analyses se multiplient en Côte d’Ivoire, relativement au message à la Nation du chef de l’État Alassane Ouattara. 

Outre les spéculations sur une amnistie, certains observateurs évoquent le retour du ticket présidentiel. Ainsi lors de l’élection présidentielle de 2025, le président de la République et le vice-président de la République seront élus ensemble, comme cela aurait dû se faire en 2020, après l’adoption de la Constitution de la Troisième République en 2016. Question : que peut dire le président Alassane Ouattara le 18 juin 2024 ? Un autre 18 juin, après le célèbre et lointain 18 juin 1940 du Général De Gaulle, qui est vieux de 84 ans, en cette année 2024 ?

Du ticket présidentiel en Côte d’Ivoire 

Le ticket présidentiel avait été fait dans l’esprit du RHDP lorsqu’il a été instauré en 2016, après avoir été annoncé, sans être mis en œuvre, durant la gouvernance du president Houphouët Boigny. En 2018, une crise est intervenue entre les poids lourds du RHDP, à savoir le RDR et le PDCI RDA. C’est dans un contexte de rupture que Amadou Gon Coulibaly fut choisi en mars 2020 pour être le candidat du RHDP. Ce n’est plus un grand secret sa volonté de faire de Jean-Claude Kouassi son vice-président, tout en confiant la Primature à Hamed Bakayoko. Jean Claude Kouassi ayant perdu les régionales dans le Gbêkê en 2018 d’une part , et d’autre part face à la tentation du choix de Achi Patrick qui venait d’être réélu, comme vice président de la République, l’option fut prise de ne pas mettre à mal la cohésion au sein du RHDP en maintenant le ticket, d’autant plus qu’avec le départ du PDCI, l’intérêt et l’enjeu pour le ticket avaient diminué aux yeux du parti majoritaire au pouvoir. 

Le ticket mort né mais encore polémique 

La réforme de début 2020 (en mars) qui a consisté à mettre fin au ticket présidentiel lors de l’élection du président de la République, n’avait pas suscité trop de contestations des autres partis. En effet, l’on pouvait penser que le président Bédié semblait soulagé de n’avoir pas à désigner ou à choisir un colistier avant l’élection, pour éviter les frustrations et les mécontentements. Lorsqu’ensuite la situation de force majeure est survenue avec le décès du candidat Amadou Gon Coulibaly, la réforme a aussi permis au président Alassane Ouattara d’éviter de désigner en même temps son colistier.

Cependant, la réforme était incomplète. Cela avait même suscité un débat en 2020 lors de l’investiture et de la prestation de serment du président Alassane Ouattara le 16 décembre 2020. En effet, la Constitution stipule que le vice-président de la République doit assister à la prestation de serment du président élu. 

Le maintien de cette disposition (alors que le ticket a disparu) semble avoir été un oubli, car s’il est évident que le vice-président, élu dans le cadre d’un ticket, doit assister à la prestation de serment du président élu, le contraire semble difficile à réaliser. En l’absence d’un ticket, supposons que le président élu ne soit pas un président sortant ou réélu, et qu’il soit plutôt à son premier mandat. Peut-il nommer un vice-président avant d’avoir prêté serment, sans avoir reçu le pouvoir effectif ? Comment un vice-président pas élu en même temps que le président peut-il être présent à une prestation de serment ? Quelle est la valeur ou l’effet protocolaire, légal ou constitutionnel d’une nomination d’un vice-président de la République alors que le président de la République élu n’a pas encore reçu la légalité et la capacité de signer les décrets de nomination ? Lorsque la légitimité acquise par l’élection n’est pas encore renforcée par l’accès à la légalité à travers la transmission des pouvoirs, et la prestation de serment dans les normes, les décisions prises par le président élu ont-elles en effet ? Si une chose doit être modifiée, n’est-ce pas cette anomalie, au lieu de remettre en question le ticket président et vice-président pour l’élection ?

Pas mauvais mais 

Le ticket peut être une bonne chose dans cette Côte d’Ivoire en constante tension. Le ticket peut mettre les acteurs politiques au défi de la transparence et de la redevabilité en faisant connaître et élire en même temps le président de la République et le vice-président de la République. Le droit ou le pouvoir de nommer un vice-président après son élection est alors retiré au président, et le peuple se prononce en choisissant le président et le vice-président en même temps sans possibilité de panachage. Il est tentant de connaître d’avance le vice-président au RHDP, au PDCI, au PPACI, au FPI, mais ces changements fréquents peuvent être gênants. En effet, cette impression d’instabilité et d’aller-retour sur la question peut déranger, même si l’an dernier, l’on a eu un avant-goût de cette situation avec le retour à deux sessions après l’expérimentation d’une session unique annuelle durant une durée allant au delà d’une législature, soit de 2016 à 2023.

L’adresse à la nation n’est pas forcément une tribune de réforme constitutionnelle 

Pour conclure, le caractère constitutionnel et obligatoire de l’adresse annuelle du président à la nation ne conduit pas forcément à des annonces ou à des réformes constitutionnelles, même si cela a été le cas jusqu’à présent :

– 2016 : annonce de Duncan comme vice-président en congrès au Sénat

– 2020 : annonce de non-candidature. Les réformes qui ont suivi avaient-elles été annoncées aussitôt ?

– 2021 : COVID et deuil du Premier ministre Hamed Bakayoko dans la période habituelle de mars

– 2022 : annonce de la nomination du vice-président

– 2023 : réforme du retour à deux sessions au Parlement

– Quid de 2024 ?

Enfin, l’on peut aussi dire que la date du 18 juin, outre le parallèle lointain avec le 18 juin gaullien, est une politesse faite au président Henri Konan Bédié, avec cette volonté du chef de l’État, d’attendre son inhumation pour son adresse, qui lors des occasions précédentes, avait toujours eu lieu au plus tard en Avril de l’année en cours. Ainsi depuis le mois de mars 2024, les observateurs et les sources généralement bien informées, scrutaient l’horizon.

Charles Kouassi 

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