Malgré la tenue d’un congrès extraordinaire le 14 mai 2025, le PDCI-RDA reste empêtré dans une crise juridico-politique aux multiples ramifications. Failles administratives, contestation interne, vide juridique, incertitude sur la légitimité de Tidjane Thiam : autant de points qui fragilisent davantage le parti, à l’approche des échéances électorales de 2025, 2026 et même 2028. Décryptage exclusif des tensions qui minent l’unité du “Vieux Parti”.
Validation administrative et vide juridique : le casse-tête du récépissé
Conformément à la législation ivoirienne, toute instance majeure d’un parti, comme un congrès, ou comme l’assemblée générale d’une association, doit être formalisée par un procès-verbal transmis à l’administration pour l’obtention d’un récépissé. Ce document est essentiel : il valide officiellement les décisions prises.
Ce fut le cas pour le PPACI de Laurent Gbagbo, qui a pu obtenir ce récépissé malgré la radiation de l’ex président ivoirien de la liste électorale. À l’inverse, le Cojep de Charles Blé Goudé, bien qu’actif, ne bénéficie pas du statut juridique de parti politique, faute de reconnaissance administrative. Il agit en qualité de mouvement politique, en dépit d’un congrès qui a fait changer de statut.
Concernant le congrès extraordinaire du Pdci Rda du 14 mai 2025, aucun récépissé n’a encore été délivré, puisque visiblement l’administration ivoirienne n’a pas été saisie. En l’absence de ce document, les décisions prises – notamment la confirmation de Tidjane Thiam à la présidence – demeurent juridiquement fragiles. « Sans récépissé, les actes du congrès sont suspendus dans un vide administratif », commente un juriste spécialisé.
Justice administrative et autonomie des partis : un équilibre à parfaire
Les partis politiques bénéficient d’une autonomie légale, mais cette liberté s’exerce dans un cadre procédural. Les opposants internes à Tidjane Thiam peuvent-ils envisager une saisine de la justice administrative, et non la justice pénale cette fois-ci, pour contester la validité du congrès de 2025, pointant des irrégularités : absence de président de séance, défaut de rapport, vice de forme…
Un haut fonctionnaire explique : « La loi est claire. En cas d’anomalie, l’État doit suspendre toute validation jusqu’à clarification ». Cela ravive aussi la question de l’intérim assumé par N’Koumo Mobio. Tant que les décisions du congrès de mai ne sont pas validées, Tidjane Thiam pourrait n’être que président délégué, pendant que Mobio conserve, de jure, son statut d’intérimaire. « Ils ont cru contourner la justice, mais le temps juridique est plus long que le temps politique », ironise un cadre du parti.
Radiation électorale de Thiam : l’autre handicap
La radiation de Tidjane Thiam de la liste électorale demeure un obstacle central. Ses détracteurs s’en servent pour contester sa légitimité politique : « Il peut organiser dix congrès, il restera un président sans avenir tant qu’il ne peut être candidat », estime un analyste. Toutefois celui-ci ajoute que cette absence de la liste electorale qui le rend non éligible à la présidentielle d’octobre 2025 est suffisante pour faire cesser ce qu’il considère comme des « tracasseries » contre Tidjane Thiam.
Au-delà du droit, c’est la stratégie électorale du parti qui est en jeu. Certains cadres craignent une démobilisation ou ou redoutent des représailles dans le bastion baoulé lors des législatives de 2026 et des municipales de 2028. « Si Thiam reste, le parti risque de se fracasser face à son propre électorat », confie un élu local, ajoutant que la peur de représailles sur les investitures a réduit de nombreux cadres au silence.
Plans B en coulisse : Aziz Thiam ou Emmou Sylvestre ?
En cas de blocage définitif de la candidature Thiam, deux noms reviennent avec insistance : Aziz Thiam et Emmou Sylvestre. Ces figures pourraient incarner un “plan B” discret. « L’un ou l’autre peut être son Bassirou Faye s’il veut jouer au Sonko », analyse un fin connaisseur du parti.
Le PDCI a déjà montré par le passé sa capacité à faire élire des candidats par simple effet d’adhésion militante, comme en 2000 dans le Nord avec le RDR. « Une déclaration tombera un jour à minuit. Comme ce fut le cas avec l’annonce surprise de sa démission le 11 mai 2025», prévient cet observateur.
Un parti otage de ses divisions internes
La crise actuelle révèle un PDCI paralysé par des rivalités internes et la peur de perdre les prochaines investitures pour les législateurs , municipales et régionales . « C’est cette lâcheté qui tuera le PDCI », regrette un ancien ministre. Dans l’actuel contexte préélectoral, seule une clarification rapide par la justice ou un réveil collectif des cadres peut éviter au “Vieux Parti” de sombrer. Entre querelles intestines et attentes de la base, le parti est plus que jamais à la croisée des chemins. Tidjane Thiam, héritier d’un Houphouët-Boigny lui-même jadis boudé par les Baoulé , est aujourd’hui acclamé par une base enthousiaste, même s’il reste inéligible juridiquement et contesté politiquement.