Société

Agir avant les pluies pour ne pas pleurer : Abidjan face à son devoir de protection

Par Charles Kouassi24 février 2026

“Agir avant les pluies pour ne pas pleurer”, est une alerte qui sonne comme un avertissement pour Abidjan, où des milliers de personnes jouent chaque année leur survie sur le calendrier des saisons.

À quelques semaines des grandes pluies, la question de la sécurité dans les quartiers à risque refait surface. Derrière les noms Mossikro, Zimbabwé ou Micao se cache de zones construites sur le danger et la précarité. Le temps presse. Le devoir de protection et de précaution ne peut plus attendre.

À Abidjan, la saison des pluies ou des crues est une épreuve qui rappelle toujours que certaines zones de la ville sont des endroits de vie dangereux dès que le ciel s’assombrit.

Mossikro à Attecoubé, Zimbabwé à Port-Bouët, Micao à Yopougon.
Des noms familiers. Des quartiers et des lieux de vie, mais aussi des lieux d’inquiétude et d’angoisse.

Chaque année, les mêmes menaces créent l’angoisse, même quand tout se passe bien grâce à Dieu et grâce aux supplications. Ainsi l’on peut échapper aux images d’habitations inondées, aux drames des enfants emportés par les eaux, aux images des murs qui cèdent, des ravins qui engloutissent des vies. Même quand on y échappe par la grâce de Dieu , comment oublier la vie quotidienne sans commodité, même en dehors de la pluie.

Faut-il attendre encore pour agir ?

Les années passées, les habitants de ces zones avaient été déjà recensés. Ils ont été mis en demeure. Des médias avaient attiré l’attention. Des solutions de départ volontaire ont été évoquées, après des actions de sensibilisation. Et puis plus rien. Par chance, la saison des pluies n’a pas causé de catastrophe majeure dans ces zones. Toutefois, une nature clémente, une absence de drame, n’est pas une victoire durable et apaisante. Car ces quartiers restent construits dans des bas-fonds, installés sur des flancs instables, situés dans des zones de ruissellement naturel, dépourvus de drainage fiable. Autrement dit, les conditions du drame sont toujours réunies.

Le principe de précaution doit remplacer la réaction

Gouverner, ce n’est pas réparer après coup, c’est plutôt anticiper, agir pour empêcher l’irréparable. Attendre la catastrophe ou le drame pour passer à l’action
institutionnalise le deuil annuel, alors que l’État a déjà impulsé une politique de restauration de l’ordre urbain et de lutte contre les installations anarchiques et dangereuses des commerces et des populations. Cet élan ne doit pas mourir.

Déguerpir, ou faire partir n’est pas punir. Reloger n’est pas chasser. Aménager n’est pas détruire. C’est sauver.

Sauver implique des décisions difficiles mais justes : déplacer pour protéger, réorganiser pour sécuriser, aménager pour prévenir.

Responsabilité partagée

L’action publique doit être expliquée en permanence assurément, car beaucoup d’habitants restent dans les lieux de vie dangereux faute d’alternative réelle, par habitude, et quelques rares fois peut-être par défiance contre le sort.

L’action peut combiner une information claire, un accompagnement social et psychologique, et un plan d’aménagement durable.

Agir maintenant

La période actuelle est la bonne fenêtre d’action, avec des sols praticables, des déplacements possibles, des travaux qui peuvent être réalisés.
Après les premières grandes pluies, ne sera-t-il pas trop tard ?

Abidjan ne peut pas, ne doit pas continuer à vivre dans une culture de l’après-drame. Une grande ville se juge à sa capacité d’anticipation, pas à sa compassion post-catastrophe.

Des décisions et actions s’imposent, car il faut protéger les habitants aujourd’hui, pour éviter d’organiser des funérailles demain. Sensibiliser, communiquer, échanger, impliquer, protéger, organiser, agir et assumer, au nom du développement durable , du bien être durable , de la dignité humaine.

Charles Kouassi

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