Le Conseil d’administration mise sur un profil opérationnel pour consolider le leadership ouest-africain du Port autonome d’Abidjan (PAA) dans un contexte de guerre des hubs.
C’est un choix économique avant d’être symbolique. En désignant Traoré Kassoum comme directeur général par intérim le lundi 4 mai 2026, le Conseil d’administration du Port autonome d’Abidjan envoie un signal clair aux marchés, aux armateurs et aux chargeurs : Abidjan veut verrouiller son statut de hub logistique de référence en Afrique de l’Ouest.
La décision tombe dans un environnement concurrentiel féroce. Tema, Lomé, Dakar, San Pedro : la bataille des corridors est relancée. Dans ce contexte, le PAA joue la carte de l’expertise interne.
« Le directeur général par intérim est un cadre expérimenté du Port autonome d’Abidjan, dont le parcours témoigne d’une parfaite connaissance des enjeux opérationnels, stratégiques et organisationnels de la plateforme portuaire », justifie le Conseil.
Un profil calibré pour la performance
Le parcours de Traoré Kassoum épouse les exigences du moment. Formé à l’INPHB de Yamoussoukro, il a d’abord intégré les logiques de performance du secteur privé chez MTN. Passage ensuite au ministère de l’Équipement et de l’Entretien routier : il y apprend à gérer les infrastructures et les flux. C’est-à-dire les deux piliers de la compétitivité portuaire.
Arrivé au PAA comme directeur chargé de la logistique, il prend la mesure d’un écosystème complexe : 80% des échanges extérieurs de la Côte d’Ivoire transitent par Abidjan. Le port dessert aussi les économies enclavées du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Chaque heure gagnée à quai, chaque coût logistique optimisé se répercute directement sur le PIB régional.
La continuité pour consolider les acquis
La nomination de Traoré Kassoum s’inscrit dans une volonté de continuité managériale et de consolidation des acquis. Il faut y comprendre qu’Abidjan ne veut pas de rupture dans la trajectoire de modernisation.
Le PAA sort d’un cycle d’investissements massifs : création du 2è terminal à conteneurs, élargissement et approfondissement du canal de Vridi, nouveau terminal céréalier. L’enjeu n’est plus de construire, mais d’exploiter, de rentabiliser, de gagner en productivité.
Sa feuille de route est limpide : assurer la conduite efficace des activités portuaires, maintenir la dynamique de transformation engagée, et renforcer le positionnement du Port d’Abidjan en tant que hub logistique de référence. Trois mots clés : efficacité, transformation, positionnement.
Le défi des grands flux
Le nouveau DG par intérim arrive à la tête d’une machine de 30 millions de tonnes de trafic annuel. Les défis sont identifiés : réduire les temps de passage des marchandises, digitaliser 100% des procédures, fluidifier l’accès au port, capter les trafics de transbordement face à la montée en puissance de Lekki au Nigeria et de Ndayane au Sénégal.
Son avantage ? Il connaît la maison. De la gestion des escales à la planification des terre-pleins, en passant par les relations avec les opérateurs privés. Un atout dans un secteur où la maîtrise des détails opérationnels fait la différence entre un port qui gagne des parts de marché et un port qui en perd.
Un signal aux investisseurs
Pour les partenaires techniques et financiers, la nomination d’un profil issu de la logistique est un gage de sérieux. Le PAA doit lever des financements pour ses projets d’extension, notamment le terminal roulier et la zone logistique extra-portuaire.
Traoré Kassoum devra rassurer sur la capacité du port à générer du cash-flow et à tenir ses engagements de performance. L’équation est posée : dans la guerre des hubs, Abidjan ne peut se permettre aucun ralentissement. En choisissant un homme du système, expert des flux et des coûts, le Conseil d’administration privilégie l’efficacité immédiate.
De Zaliohan, petit village de Daloa où il a fait son primaire, aux bureaux panoramiques du PAA, Traoré Kassoum incarne une nouvelle génération de managers publics. Celle qui doit transformer les acquis d’infrastructures en gains de compétitivité mesurables. Le marché attend maintenant les premiers arbitrages et si ceux-ci sont en faveur du promu, il n’y aura aucun doute qu’il soit le successeur de Hien Yacouba Sié.
Coolbee Ouattara