Amatam Maurice est un lutteur tchadien qui fait son temps. La seule évocation de son nom fait trembler ses adversaires. A 24 ans, il a déjà enfoui en lui tout un palmarès qui fait de lui un véritable monstre des arènes et le meilleur tireur de sa génération. Ses titres et ses médailles ne se comptent plus depuis 2001, début de sa carrière sportive.
Né à Baktchoro, un village de la grande ville de Tandjilé Est dans la région Sud du Tchad et à plus de 200 km de N’Djamena, Amatam Maurice dit ”Champion ”, marié et père de deux enfants, est vite devenu un phénomène de la lutte en général. Car il pratique les trois genres de cette discipline que sont la lutte libre, la lutte africaine et la lutte Olympique même si sa grande spécialité demeure la lutte africaine chez les 120 kilogrammes.
” Je m’aligne dans tous les genres dans lesquels j’ai gagné des médailles ”, a-t-il confié avec fierté lorsque nous l’avons rencontré au Village des jeux lors des 8èmes Jeux de la Francophonie à Abidjan.
[ Palmarès est élogieux et son parcours éloquent ]
Champion du Tchad à trois reprises, (médaille d’or), le double champion des Jeux de la Francophonie détient également une médaille d’argent et une autre de bonze acquises au plan local (Tchad). Au double plan africain et international, sa carte de visite est beaucoup plus fournie.
Médaillé d’or au Championnat du Monde en 2011 au Maroc et au Championnat d’Afrique en 2014 toujours au Maroc, il a également glané de nombreuses médailles d’argent (Championnat du Monde en 2010 en Turquie et au championnat d’Afrique en 2013 au Tchad) , et de bronze (au Championnat du Monde en 2001 en Russie et au Championnat d’Afrique en 2013 au Sénégal), sans oublier la médaille de bronze aux éliminatoires des Jeux Olympiques en 2016 en Algérie.
Il a également gagné l’or en 2009 au Liban et en 2013 en France lors des 6ème et 7ème Jeux de la Francophonie. Il détenait le titre dans cette compétition qu’il n’a pu malheureusement défendre à Abidjan lors des 8èmes Jeux de la Francophonie pour cause de surpoids qui l’a éliminé de l’arène.
Champion, comprend difficilement cette situation. ” A la pesée, on a trouvé que j’ai dépassé 120 kilogrammes de quelques milligrammes seulement. Et dire que j’ai fait un jeûne sec durant trois jours. Cela a suffit pour qu’on me disqualifie pour la suite de la compétition. Cela me fait très mal parce que j’étais bien parti pour décrocher l’or à Abidjan. Quand je pense que j’ai fait rater l’or à mon pays, j’ai des regrets”, relate-t-il la voix pleine d’emotion.
Mais le lutteur tchadien ne va pas par le dos de la cuillère pour dénoncer ce qu’il qualifie de complot contre sa personne : ” Je sais que ce sont les juges sénégalais qui sont à la base de ce complot. Ils savaient que j’allais battre à Abidjan mon seul vrai adversaire, le Sénégalais Dioum Diatta que j’ai terrassé en 2009 et 2013 au Jeux de la Francophonie. Mon absence a permis à ce dernier de s’emparer l’or ”.
Amatam Maurice a bénéficié de quelques stages qui lui ont permis d’acquérir de l’expérience en 2001 en France et en 2016 au Sénégal. Grâce à ces stages, il a pu acquérir de nouvelles techniques de combat. Mais il reste un géant aux pieds d’argile au plan financier puisqu’il n’est pas récompensé à la hauteur de son talent et de ses médailles, comme il le soutient.
” Je suis mal recompensé pour tout ce> que je donne à mon pays. Je peux même dire que je ne reçois pratiquement rien comparativement aux lutteurs du Sénégal et du Niger et des autres pays. Difficilement et rarement je perçois une somme comprise entre 250.000 et 400.000 F CFA quand je gagne une médaille. Sinon rien le plus souvent. Quand j’ai gagné la médaille d’or aux Jeux de la Francophonie en France, on m’a promis 1.7000.000 F CFA. Mais on ne m’a remis à ce jour que 500.000 F CFA seulement. J’éprouve de la pitié. J’ai même honte d’en parler ”, a fait savoir Amatam Maurice la gorge totalement nouée.
Le multiple médaillé vit dans son village où il s’adonne aux travaux champêtres. Il n’arrive à N’Djamena que pour préparer les compétitions internationales : ” Je dépense la somme de 15.000 F CFA pour me rendre à N’Djamena et retourner dans mon village. Souvent pour mon retour, je suis obligé de quemander de l’argent. On ne m’a même pas offert une maison. C’est frustrant ”.
Cette situation ne l’affecte nullement dans sa farouche volonté de rester dans l’arène puisque qu’il compte combattre jusqu’à 40 ans. Mais cette fois, l’enfant de Baktchoro vise l’extérieur : ”Je cherche un club à l’extérieur. Je veux voir autre chose que l’habituel au Tchad. Pour cela, je cherche des occasions qui peuvent me permettre d’atteindre mon objectif ”.
Un appel du pied du poulain Bemadji aux clubs africains et européens désireux de s’attacher les services de vrais ”lions” capables de leur permettre de glaner des médailles et des titres. En attendant, Amatam Maurice scrute l’horizon, lui qui a échoué au baccalauréat il y’a quelques années. Il estime qu’il est un oublié du gouvernement tchadien, qu’il subit la méchanceté des hommes.
Adou Mel