Le rapprochement récent entre le Togo et la Russie suscite de nombreuses interrogations parmi les observateurs de la géopolitique africaine. Présentée officiellement comme une coopération stratégique bénéfique pour les deux pays, cette dynamique s’inscrit dans une stratégie plus large de Moscou visant à renforcer son influence sur le continent africain, notamment dans les États confrontés à des défis sécuritaires.
Le 8 mars, le président togolais Faure Gnassingbé a rencontré à Moscou son homologue russe Vladimir Poutine. À l’issue de cette rencontre, les deux dirigeants ont annoncé leur volonté d’approfondir les relations diplomatiques, économiques et sécuritaires entre leurs pays. La création prochaine d’une commission intergouvernementale russo-togolaise devrait structurer cette coopération et permettre la mise en œuvre de projets communs dans plusieurs secteurs.
Une coopération sécuritaire en expansion
Depuis 2024, les relations entre Lomé et Moscou se sont progressivement intensifiées. En 2025, les deux pays ont signé un accord de coopération militaire prévoyant notamment la formation de soldats togolais par des instructeurs russes, l’organisation d’exercices conjoints ainsi que le partage d’informations en matière de renseignement.
Plus sensible encore, cet accord ouvre la possibilité pour des navires et des aéronefs militaires russes d’utiliser certaines infrastructures togolaises. Pour les analystes, cette disposition souligne l’intérêt stratégique que représente le Togo pour Moscou.
Le Port autonome de Lomé constitue en effet l’un des principaux hubs logistiques du golfe de Guinée. Cette zone maritime est essentielle pour les routes commerciales internationales ainsi que pour l’exportation d’hydrocarbures. Un accès à cette infrastructure offrirait à la Russie un point d’appui stratégique dans une région où les grandes puissances cherchent à renforcer leur présence.
L’expérience d’autres pays africains
Ce type de coopération militaire s’inscrit dans une stratégie déjà observée dans plusieurs pays africains confrontés à des crises sécuritaires. Au Mali et en République centrafricaine, les autorités ont fait appel à des structures liées au Wagner Group pour soutenir leurs forces armées. Depuis la restructuration de ces dispositifs, certaines opérations sont désormais associées au Africa Corps, une organisation militaire liée au ministère russe de la Défense.
Si ces partenariats étaient censés renforcer la lutte contre les groupes armés, les résultats se font toujours attendre. Dans plusieurs régions du Sahel, les attaques jihadistes continuent d’augmenter malgré la présence des forces russes. Par ailleurs, des organisations de défense des droits humains ont dénoncé à plusieurs reprises des accusations d’exactions commises contre des populations civiles lors d’opérations militaires.
La pression sécuritaire au nord du Togo
Pour les autorités togolaises, la recherche de nouveaux partenaires sécuritaires répond avant tout à une réalité : la montée de l’insécurité dans le nord du pays. Depuis 2022, la région des Savanes est confrontée à l’expansion de groupes armés affiliés à Al-Qaïda opérant depuis le Sahel.
Cette insurrection a déjà causé des centaines de morts et entraîné le déplacement de dizaines de milliers de civils. Face à cette menace grandissante, Lomé cherche à renforcer ses capacités militaires et à diversifier ses partenariats internationaux.
Un équilibre diplomatique à préserver
Traditionnellement, le Togo a maintenu une diplomatie relativement équilibrée, en développant des relations avec plusieurs partenaires internationaux, qu’ils soient occidentaux, régionaux ou issus de puissances émergentes.
Cette stratégie a longtemps permis au pays de préserver une certaine autonomie stratégique. Toutefois, certains analystes estiment qu’un rapprochement trop marqué avec Moscou pourrait modifier cet équilibre et entraîner des répercussions diplomatiques dans une région où les rivalités d’influence entre puissances internationales se renforcent.
Une correspondance particulière de F. Kouadio