Politique

Présidentielle 2025 en Côte d’Ivoire – Ouattara-Gbagbo : le dernier duel politique des géants de l’après-Houphouët

Par Alafé Wakili8 juin 2025

Après trois décennies de rivalité politique, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo se livrent leur ultime affrontement. À quelques mois de la présidentielle de 2025, les deux survivants de l’ère post-Houphouët refusent de passer le flambeau sans livrer bataille.

Quand les temps sont durs, viennent les hommes durs

La « der des ders » – cette expression née après la Première Guerre mondiale pour qualifier une guerre censée être la dernière – résonne  en Côte d’Ivoire. Après la crise sanglante de 2010 (3 000 morts) et les violences de 2020 (une centaine de victimes), le pays retient son souffle : le vrai choc final entre Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo, derniers survivants de l’après-Houphouët (avec feu Robert Guéï et feu Henri Konan Bédié désormais hors jeu), se jouerait-il enfin aujourd’hui, et maintenant ?

Un duel annoncé depuis 2011

Alassane Ouattara n’a jamais nourri d’illusions sur Laurent Gbagbo. Son intuition, peut-être confirmée par le discours de ce dernier le 7 juin 2025, peut être ainsi présentée: “avec Laurent Gbagbo, point de compromis possible”. Pour le président ivoirien, son rival incarne la confrontation pure, responsable selon lui de la crise post-électorale de 2010-2011 – une blessure encore ouverte pour le pays. Les signaux envoyés par Alassane Ouattara à Gbagbo sont clairs : il est prêt à rééditer les scénarios de 1992 (arrestation de Gbagbo) ou de 2011 (une autre arrestation après sa chute).

Au-delà de l’affrontement personnel, Alassane Ouattara veut inscrire son action dans la continuité institutionnelle. Il se pose en gardien de l’ordre républicain, garant du respect de la Constitution, et promoteur d’un modèle économique et sécuritaire salué. À ses yeux, céder face aux revendications ou aux méthodes de Gbagbo reviendrait à effacer les acquis des quinze dernières années : croissance soutenue, investissements massifs dans les infrastructures, retour de la Côte d’Ivoire sur la scène diplomatique. Le combat est autant politique que symbolique. Il s’agit de défendre une trajectoire.

Gbagbo : le stratège du silence

Face aux émissaires directs ou indirects de son successeur qu’il n’a pas investi et dont il n’admet la légitimité que du bout des lèvres , Laurent Gbagbo cultive l’ambiguïté. Il écoute, sans dévoiler ses plans, sachant que les autorités le guettent au tournant. Aux ambassadeurs et diplomates qui viennent le sonder, il ne dévoile pas sa stratégie. Aux personnes qui lui parlent et qui peuvent parler à Alassane Ouattara, il affirme sa détermination sans plus. En public, il réaffirme cette détermination et la veut guerrière, avec des références qui ne doivent laisser indifférent. Fils et petit-fils de guerrier, il rappelle que des adversaires ont chuté (Sarkozy), tandis que lui résiste.

Son objectif ? Empêcher la candidature d’Alassane Ouattara, qu’il juge non éligible à un autre mandat ; empêcher, s’il le faut, l’élection d’octobre 2025, même s’il est candidat peut être , et défaire le chef de l’État sortant pour égaliser leur duel politique direct ou indirect après ses défaites en 1992 (la prison) et en 2010-2011. Un duel qui fait suite à une période de duo entre 1994 et 1999, à travers Djeni Kobina et quelques figures communes (Henriette Diabaté…). Mais avant le duo, il y’avait eu le combat indirect à travers Houphouët. Depuis 35 ans ! La der des ders sera assurément 2025.

Qui va gagner cette bagarre, cette der des ders ?

Une bataille pour l’héritage post-Houphouët

Dans ce face-à-face dont Bédié et Guéï sont absents ( et dans lequel Guillaume Soro et Tidjane Thiam ne peuvent pas dire : les vielles personnes quittez” ) , les deux des quatre géants de l’après-Houphouët refusent toute concession. Tandis que se profile déjà l’ombre d’un conflit entre leurs propres héritiers ou successeurs, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo – héritiers direct et indirect, successeurs du père fondateur de la Côte moderne – s’apprêtent à livrer une ultime bataille, après l’échec des dialogues nocturnes et informels entre eux , après aussi l’épuisement des mots.

« Quand les temps sont durs, viennent les hommes durs », disait Mamadou Ben Soumahoro. En Côte d’Ivoire, le temps des durs est arrivé.

Wakili Alafé

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