Alors que la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025 se profile à l’horizon, un débat agite la scène politique nationale : Tidjane Thiam, président du PDCI-RDA, risque-t-il l’invalidation de sa candidature pour non-conformité aux conditions d’éligibilité ? Au cœur des préoccupations, la question de sa double nationalité, notamment la nécessité pour lui de renoncer officiellement à sa nationalité française par décret du gouvernement français. Un impératif juridique que certains contestent, mais qui demeure incontournable pour éviter une crise électorale similaire à celles du passé.
Un débat juridique enflamme actuellement la toile. En effet, depuis plusieurs jours, une controverse anime les réseaux sociaux et divers forums en Côte d’Ivoire. À l’origine du débat, une publication d’Osman Chérif affirmant que Tidjane Thiam aurait déjà renoncé à sa nationalité française par une simple déclaration, et que cette renonciation prendrait effet immédiatement après le dépôt de la demande. Une affirmation qui a suscité de vives réactions, notamment celles de nombreux observateurs, dont Me Youssouf Meité, docteur en droit public et analyste politique. Ce dernier réfute catégoriquement cette position en rappelant les dispositions légales en vigueur en France.
Selon lui, et conformément au Code civil français, la perte de la nationalité française ne peut être effective que par décret du ministère de l’Intérieur français, publié au Journal officiel. En d’autres termes, une simple déclaration ne suffit pas pour renoncer à la nationalité française lorsqu’elle a été acquise par naturalisation. Tidjane Thiam, étant ivoirien de naissance et ayant obtenu la nationalité française par naturalisation, ne peut donc pas se prévaloir d’une procédure simplifiée de renonciation, contrairement à ce qu’affirme Osman Chérif.
Un impératif juridique incontournable pour être candidat en 2025
La Constitution ivoirienne impose aux candidats à la présidence de n’être exclusivement de nationalité ivoirienne. Pour Tidjane Thiam, cela signifie qu’il doit fournir au Conseil constitutionnel une preuve formelle de sa renonciation à la nationalité française. Or, comme l’explique Me Meité, le Conseil constitutionnel ne juge que sur pièces. Il ne mène pas d’investigation pour vérifier la nationalité des candidats auprès des ambassades ou des ministères étrangers.
Ainsi, la seule manière pour Thiam d’être éligible en 2025 est d’obtenir un décret officiel de perte de nationalité française, publié au Journal officiel de la République française. Faute de quoi, il pourrait voir sa candidature invalidée pour dossier incomplet, un scénario qui risquerait de créer des tensions politiques majeures.
Éviter les crises électorales du passé
L’histoire politique récente de la Côte d’Ivoire rappelle combien les contestations électorales peuvent être sources d’instabilité. L’exclusion d’un candidat majeur, que ce soit pour des raisons administratives ou judiciaires, a souvent été à l’origine de crises profondes. L’absence de Laurent Gbagbo de la liste électorale en 2020, ou encore la controverse autour des candidatures d’Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, ont marqué les esprits et nourri des tensions.
Dans ce contexte, Tidjane Thiam a tout intérêt à lever toute ambiguïté sur sa situation. Le PDCI-RDA, principal parti d’opposition, ne peut se permettre de voir son leader empêché de concourir à la présidentielle pour une raison aussi prévisible que la non-conformité aux exigences constitutionnelles.
Une nécessité politique et juridique
Si Tidjane Thiam souhaite briguer la magistrature suprême en 2025, il doit agir rapidement pour se conformer aux exigences légales en matière de nationalité. L’obtention du décret de renonciation à la nationalité française est une étape incontournable, qui pourrait être déterminante pour l’avenir du PDCI et la stabilité politique du pays.
Loin d’être une simple formalité administrative, cette démarche s’inscrit dans un enjeu plus large : garantir une élection présidentielle apaisée, transparente et incontestable, afin d’éviter à la Côte d’Ivoire un nouvel épisode de crise électorale.
Philippe Kouhon
Source : Me Youssouf Meité, Docteur en droit public interne et Analyste politique & Avocat