Opinion

Présidentielle 2025 : Et si nous aimions enfin la Côte d’Ivoire… en actes ?

Par Philippe Kouhon9 juin 2025

Dans quelques mois, les Ivoiriens seront appelés aux urnes pour choisir leur futur président. Une étape importante, déterminante même. Mais à bien regarder ce qui se passe aujourd’hui dans le paysage politique, une question me hante : aimons-nous vraiment ce pays ?

Je ne parle pas de discours, de promesses ou de meetings grandioses. Je parle de cet amour qui se traduit dans les actes, dans l’humilité, dans le respect de la vie humaine et de nos institutions. Cet amour qui fait passer la paix avant la victoire. L’intérêt collectif avant les calculs personnels.

Le président Alassane Ouattara, que son parti le RHDP souhaite voir briguer un nouveau mandat — un vœu exprimé clairement lors des pré-congrès en cours et qui sera officialisé les 21 et 22 juin prochains — a, de son côté, choisi la voie de la responsabilité. À chacune de ses prises de parole, il martèle une seule chose : les élections de 2025 doivent se tenir dans la paix et la sécurité. C’est ce que tout chef d’État devrait pouvoir garantir à son peuple.

Mais en face, je suis troublé par un tout autre langage. Laurent Gbagbo, ancien président et leader du PPA-CI, appelle ses militants à « se préparer à la bagarre ». Contre qui ? Pourquoi ? Comment peut-on prononcer de tels mots dans un pays encore marqué par les blessures du passé ?

Au PDCI-RDA, on adopte un ton plus élégant, certes, mais non moins préoccupant : on prévoit des marches pour exiger la réinscription de Tidjane Thiam sur la liste électorale. Une démarche compréhensible d’un point de vue politique, mais dans un climat tendu, les manifestations peuvent vite déraper.

Et puis il y a les autres, réunis dans la coalition CAP Côte d’Ivoire, qui élèvent timidement la voix… sans vraiment rassurer, ni proposer une alternative solide.

Trop de sang a déjà coulé

Je suis journaliste, mais je suis aussi un fils de ce pays. Je connais les regards vides des familles brisées par les crises passées. Je me souviens des corps abandonnés sur les routes, des mères qui ne pleuraient plus, épuisées de douleur.

En 2011, plus de 3 000 morts. Des milliers d’orphelins. Des déplacés. Des rancœurs encore vives. Est-ce cela que nous voulons revivre ? À quoi bon cette démocratie si elle ne garantit ni vie, ni paix ?

Et maintenant ?

Alors, à chaque leader, je pose humblement ces questions : Qui aime vraiment la Côte d’Ivoire ? Qui veut véritablement le bonheur des Ivoiriens ? Qui veut construire et non détruire ? Qui veut nous tirer vers le haut plutôt que de nous replonger dans les ténèbres ?

Et surtout : quel type d’État voulons-nous ? Une république bananière où la force prime sur le droit, ou un État de droit où chaque voix compte et chaque vie est précieuse ?

L’histoire nous regarde. Nos enfants aussi. Il est temps que la classe politique ivoirienne — toute tendance confondue — cesse de jouer avec le feu. Le pouvoir ne vaut pas une seule goutte de sang.

Nous avons l’occasion de montrer au monde que la Côte d’Ivoire a grandi. Que nous pouvons débattre sans nous déchirer. Voter sans nous diviser. Gagner sans humilier. Perdre sans appeler au chaos.

Si vraiment nous aimons la Côte d’Ivoire, alors prouvons-le. Par nos mots. Par nos actes. Par notre responsabilité.

Philippe Kouhon
Journaliste

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