Société

Presse numérique : les priorités de Traoré Mamadou, nouveau président du REPPRELCI

Par Yaya Kanté10 mai 2026

Fraîchement élu à la tête du Réseau des professionnels de la presse en ligne de Côte d’Ivoire (REPPRELCI), Traoré Mamadou dit Bob, dévoile ses ambitions pour transformer un secteur en quête de stabilité. Dans cet entretien, le nouveau président présente ses principaux chantiers, notamment la création d’une plateforme de visibilité commune, la mutualisation des audiences face aux annonceurs ou le renforcement de la lutte contre la désinformation via Ivoirecheck. Ce journaliste, qui connaît bien la maison pour avoir été vice-président de l’ex-bureau, mise sur l’unité et l’innovation pour garantir la rentabilité des médias numériques ivoiriens, tout en préservant l’éthique journalistique.

Qu’est-ce qui vous a motivé à briguer la présidence de cette organisation ?

Ma motivation repose d’abord sur une conviction personnelle. Après de nombreuses années au sein de l’organisation, j’ai estimé pouvoir apporter ma contribution, à la suite de mes prédécesseurs.

J’ai également répondu à l’appel de plusieurs membres et du bureau qui souhaitaient me voir succéder au président Lassina Sermé, dont le bilan est largement positif.

Plus profondément, je souhaite contribuer à la viabilité économique des médias numériques en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, ces médias font face à de sérieux défis financiers.

À une époque où l’attention a migré vers le digital, l’audience est le nerf de la guerre. L’enjeu de mon mandat sera de nous réinventer pour capter cette attention et garantir que nos médias soient non seulement des outils d’information, mais aussi des entreprises rentables.

Quelles mesures concrètes comptez-vous mettre en œuvre pour renforcer cette viabilité économique ?

Notre programme s’appuie sur six piliers, dont quatre sont prioritaires, à savoir : la visibilité, la mutualisation des audiences, la lutte contre la désinformation et la consolidation de l’influence du REPPRELCI.

S’agissant de la visibilité, nous allons créer une plateforme dédiée pour faire connaître les médias numériques ivoiriens. Elle servira de portail de référence pour quiconque cherche une information fiable sur la Côte d’Ivoire, tout en générant de l’audience pour les sites membres.

Au niveau de la mutualisation d’audience, nous encourageons les médias à s’unir pour vendre leur audience globale aux annonceurs. Actuellement, la publicité programmatique via des agrégateurs ne profite pas assez aux éditeurs locaux. En nous regroupant, nous pouvons générer des revenus plus réguliers pour nos membres.

Sur la lutte contre la désinformation, il s’agit de consolider les acquis de la plateforme ivoirecheck, qui a déjà reçu le Prix d’Excellence 2020 et qui est désormais certifiée JTI (Journalism Trust Initiative, ndlr). Nous voulons en faire une référence mondiale en intégrant de nouveaux outils et acteurs. Nous plaiderons pour la mise en place d’un fonds fiduciaire dédié à la lutte contre la désinformation pour protéger notre écosystème.

Le quatrième pilier consiste à consolider le rôle d’influence du REPPRELCI au sein de l’écosystème médiatique. Nous continuerons de prendre la parole sur les enjeux majeurs et les questions stratégiques de notre secteur.

Il est impossible de traiter de la liberté de la presse ou de la viabilité du secteur sans impliquer notre organisation. Nous jouerons pleinement notre partition en communiquant activement sur l’actualité de la profession, en veillant à ce que la presse en ligne assume sa responsabilité sociale au cœur de la société ivoirienne. Enfin, nous œuvrerons pour l’unité et la cohésion afin que notre secteur parle d’une seule voix et porte des ambitions mutuelles.

Concernant la lutte contre la désinformation, comment comptez-vous promouvoir des pratiques journalistiques rigoureuses ?

Tout passe par la formation continue. Nous devons former les journalistes, mais aussi sensibiliser le grand public et nos partenaires. Il est très important que les citoyens comprennent qu’un média crédible suit un processus rigoureux : collecte, traitement et équilibre de l’information. Contrairement aux rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux, l’information journalistique est vérifiée.

Nous incitons les populations à se tourner vers des sources fiables plutôt que de s’exposer aux fake news.

Le REPPRELCI est une faîtière majeure, mais d’autres associations existent. Comment comptez-vous fédérer tous les acteurs de la presse numérique ?

C’est un chantier majeur. Nous prônons la « fusion des ambitions ». Le secteur est trop restreint pour supporter une telle fragmentation. Le REPPRELCI reste la principale faîtière, et même si certains s’en sont éloignés par le passé, nous appelons nos confrères à l’union. Un secteur divisé n’est pas crédible auprès des partenaires.

Notre sérieux nous permet aujourd’hui de capter des financements et de glaner des distinctions ; c’est cette force collective que nous voulons partager. Nous ne nous lasserons jamais d’appeler au rassemblement, car l’essentiel reste la confraternité.

Traoré Mamadou a été élu à l’unanimité des membres présents lors de la 6e assemblée générale ordinaire élective, les 8, 9 et 10 mai 2026, à Grand-Bassam. Seul candidat en lice pour la présidence du Réseau, Bob bénéficie d’une longue expérience dans la gestion associative pour avoir été membre des précédents bureaux.

Lors de ce rassemblement, l’assemblée a donné son quitus à la gestion de l’ancien bureau dirigé par Lassina Sermé. Elle a également élu deux nouveaux commissaires aux comptes, et procédé à la révision des textes ramenant le mandat de 6 à 3 ans et faisant passer le montant de la caution pour la candidature à la présidence de 50 000 à 100 000 FCFA.

Yaya K.

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