Politique

Propos xénophobes : la pro Gbagbo, Odette Lorougnon inculpée sans être écrouée, les raisons

Par Philippe Kouhon1 octobre 2025

« Mme Odette Lorougnon, cadre du PPACI, le parti de Laurent Gbagbo a été interpellée et incarcérée ce mercredi 1er octobre 2025. Elle est poursuivie pour trouble à l’ordre public et propos xénophobes », a appris Afrikipresse. Finalement, l’ex députée n’a été qu’inculpée.

Mme Marie-Odette Lorougnon  n’a pas été écrouée pour des motifs médicaux et humanitaires, son état de santé étant préoccupant sans oublier son mea culpa lors de son audition, selon notre source qui a précisé qu’elle a été déférée à la cellule spéciale suite à une garde à vue de 48h. Elle a été ensuite présentée au Procureur puis mise sous écrou et mandat de dépôt. « On a découvert son état de santé par la suite. »

Elle avait tenu des déclarations enflammées le samedi 27 septembre 2025 à Bonoua, devant des partisans de Laurent Gbagbo.

Des propos polémiques et xénophobes

Lors de son intervention, Mme Marie-Odette Lorougnon a attaqué le procureur Braman Koné, mettant en cause son origine et sa légitimité.

« Comme nous on dit on ne veut pas de 4e mandat, ils ont décidé à travers un procureur dont on ne sait d’où il vient, un certain procureur, un certain Braman Koné, on ne sait d’où il vient. Il est sorti du néant comme ça. Et c’est lui qui tient des meetings comme nous. Un procureur c’est la discrétion. Mais lui il tient des meetings avec les militants du RDR pour leur dire : je vais les poursuivre. Ce qui signifie qu’il est du côté du RDR et qu’il est militant du RDR. Et qu’il n’est pas procureur. Il est tout sauf procureur. », avait-elle affirmé.

La responsable du PPACI avait employé des termes explicitement xénophobes et discriminatoires a même de porter atteinte à la cohésion nationale, et à l’ordre public, selon la justice : « Des bodjrodjan (des gens venant de loin ou étrangers en bambara et dioula, NDLR ), des étrangers… d’où sort-il ? Et puis il apparaît comme ça et c’est lui qui menace toute la République. On te paie notre argent et puis tu mets ta famille à l’aise. Tous les Camara qui ont envahi la Côte d’Ivoire mettent leurs familles à l’aise. Et on ne sait pas d’où il vient. C’est lui qui traverse la lagune pour venir poursuivre les enfants de Côte d’Ivoire. »

Indignation

« Ces propos, au-delà de l’attaque contre un haut magistrat, portent une charge identitaire lourde, de nature à semer la division dans une société encore marquée par des blessures profondes liées aux crises passées. », a confié à Afrikipresse une source judiciaire.

Cette affaire survient après la décision du Conseil constitutionnel déclarant inéligible Laurent Gbagbo, fondateur du Parti des peuples africains de Côte d’Ivoire, (PPACI) . Depuis lors, le parti multiplie les déclarations et annonce des actions de contestation, à travers de la décision, ce qui est contraire à aux textes régissant le conseil constitutionnel.

La stabilité en question

Depuis 2011, la Côte d’Ivoire a retrouvé stabilité et respectabilité à l’international, sous la gouvernance du président Alassane Ouattara. Les réformes institutionnelles, notamment l’adoption d’une nouvelle Constitution en 2016, ont renforcé l’État de droit et donné au pays des bases solides pour son développement.

C’est cette image positive que certains acteurs politiques écornent aujourd’hui pour des calculs électoraux. Le risque de fragiliser la cohésion nationale et de replonger le pays dans des tensions identitaires, reste réel.

Une responsabilité historique

La violence verbale, les propos xénophobes et les appels implicites à la division sont des armes dangereuses. Ce sont toujours les populations les plus vulnérables qui en paient le prix, tandis que les responsables se retranchent derrière leurs privilèges ou leurs statuts.

« L’incarcération éventuelle  d’Odette Lorougnon est un signe que la Côte d’Ivoire ne peut encore tolérer les discours qui divisent et stigmatisent. Le pays a payé trop cher les dérives identitaires pour se permettre un retour en arrière. La paix et la stabilité retrouvées sont un bien commun. Elles ne doivent pas être sacrifiées sur l’autel de l’ambition politique. », a conclu notre source.

Avant Odette Lorougnon, deux autres cadres du parti de Laurent Gbagbo, à savoir Blaise Lasm et Dahi Nestor, avaient été écroués au pôle pénitentiaire d’Abidjan le mardi 30 septembre 2025. Ils sont inculpés pour : Provocation à l’insurrection, Atteinte à l’autorité de l’État et à l’intégrité du territoire, Troubles à l’ordre public.

Dans un communiqué le même jour, le PPACI avait qualifié cette décision d’arbitraire et injuste, y voyant une volonté du régime de réprimer l’opposition et de restreindre les libertés politiques. Pour le moment, le parti n’a pas encore réagi au sujet des rumeurs d’inculpation d’Odette Lorougnon.

Philippe Kouhon

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