Nombreux sont ceux qui critiquent la rencontre entre l’ex PAN ivoirien, Guillaume Soro et Charles Blé Goudé tenue le dimanche 24 novembre 2019 à la Haye. Analyse.
La rencontre en elle-même ne devrait guère gêner personne, car les Hommes sont nés pour se rencontrer ou se séparer. Ce qui est intriguant, c’est le reflet médiatique que les deux personnages ont souhaité renvoyer au reste du monde.
D’abord, c’est Guillaume Soro qui l’annonce officiellement sans que ni Blé Goudé, ni son entourage ne confirme l’information au moment de l’annonce il y a quelques semaines alors que tout semblait être bien planifié au vu des images du 24 novembre.
Dans le communiqué final, rien de surprenant : celui-ci parle d’une visite du président de GPS, Guillaume Soro au président du Cojep, Blé Goudé pour lui témoigner sa compassion, sa solidarité et son soutien.
Aussi, si cette visite s’inscrit dans un élan de réconciliation et de pardon mutuel entre deux anciens leaders de la FESCI devenus bras séculiers des deux camps en belligérance, à savoir le camp Gbagbo et Ouattara, plusieurs questions subsistent :
Pourquoi Guillaume Soro n’était-il pas allé voir son camarade Charles Blé Goudé lorsqu’il était détenu à Abidjan à la DST ? Guillaume Soro n’avait-il pas les moyens d’empêcher la déportation de Blé Goudé à la Haye à l’époque au nom de la paix et la réconciliation ? Plus curieux, alors que le pays tend vers les élections de 2020, les deux leaders, dit le communiqué, exhortent le régime d’Abidjan à organiser les assises politiques nationales inclusives en vue de vider tout le passif de la récente crise…Quand et pourquoi faire ?
L’autre interrogation concerne le vrai contenu de leur discussion. Que se sont-ils réellement dits à cette rencontre et pourquoi un huis clos alors qu’il s’agissait pour les deux hommes de prouver aux yeux du monde qu’ils fument désormais le calumet de la paix ?
C’est un secret de polichinelle, Guillaume Soro et Charles Blé Goudé veulent le pouvoir en Côte d’Ivoire. Mais sont-ils prêts pour 2020 ?
Car autant Soro Guillaume ne souhaite pas affronter l’actuel tenant du pouvoir d’Abidjan, Alassane Ouattara directement dans les urnes, autant Blé se méfie des Pro-Gbagbo de son vivant. Et surtout quand on sait que ni Ouattara ni Gbagbo n’a encore dit son dernier mot.
Cette démarche de Blé et Soro pourrait dans ce cas viser à préparer la succession dans la douceur. D’où la prudence des deux leaders qui ont bien le profil à l’emploi.
Aussi, Charles Blé Goudé n’est pas totalement sorti des griefs de la justice internationale et ivoirienne. Tout comme Soro avec l’affaire des écoutes téléphoniques au Burkina Faso et autres crimes commis sur le sol ivoirien.
Quand le complot se confirme
Au plus fort de la crise, malgré les accords de Ouaga, Charles Blé Goudé s’était rendu en avril 2007 à Bouaké chez le commandant Wattao, avant de recevoir Soro et Wattao à Gagnoa chez lui. On a même vu Simone Gbagbo danser sur un même podium avec Konaté Sidiki à Yopougon.
Mais auparavant plusieurs sources disaient que Blé doit sa sortie du pays le 28 mars 2011 à Soro, un mois avant l’arrestation de Gbagbo (11 avril 2011). Que dire enfin de ces folles rumeurs qui affirmaient que l’arrestation de Charles Blé Goudé en janvier 2013 au Ghana était un simple montage, un complot de Blé Goudé et Guillaume Soro, qui une fois Blé à Abidjan, aurait perdu la main au profit de Hamed Bakayoko.
Cette rencontre Soro-Blé si elle peut profiter à Blé Goudé qui attend toujours de quitter les mailles de la CPI, peut aussi profiter à Soro qui a besoin d’une légitimité auprès des partisans des jeunes patriotes. Les deux hommes ayant une ambition commune : gouverner la Côte d’Ivoire un jour. Et pourquoi ne pas déjà penser à un ticket, Blé-Soro en 2025 ?
Philippe Kouhon