Opinion

Repenser l’avenir énergétique de l’Afrique : pourquoi l’innovation seule ne suffit pas, par Chinenye Ajayi

Par La Rédaction6 juin 2025


En 2024, l’Afrique subsaharienne reste la région du monde où la population a le moins accès à l’électricité — environ 600 millions de personnes vivent sans alimentation fiable. Malgré des efforts louables pour accroître la capacité de production, déployer des systèmes solaires domestiques et libéraliser les marchés de l’électricité, le rythme des progrès demeure inégal et, dans de nombreux cas, non durable.

En réponse, un nouvel élan émerge sur le continent pour adopter l’innovation — qu’il s’agisse de solutions énergétiques décentralisées, de technologies numériques telles que les compteurs intelligents ou de mécanismes de financement créatifs comme les subventions basées sur les résultats. Ces avancées sont non seulement nécessaires, mais urgentes. Pourtant, en tant que juriste spécialisée en énergie et praticienne du développement, je me rends compte que l’innovation technologique seule ne résoudra pas la crise énergétique de l’Afrique.

Ce qui manque souvent au discours, c’est la place des valeurs — intégrité, vocation, service — et le type de leadership qui pilote ces solutions. Si l’innovation est le véhicule, le leadership en est le volant. Le secteur énergétique africain a besoin d’un réajustement moral et éthique, qui ne cultive pas seulement des solutions, mais des porteurs de solutions convaincus.

Un paysage de promesses et de paradoxes

Le secteur énergétique africain est une étude en paradoxes. D’un côté, le continent regorge de potentiel en énergies renouvelables — avec certains des niveaux d’irradiation solaire les plus élevés au monde, ainsi que des ressources abondantes en vent et en hydroélectricité. De l’autre, de nombreuses compagnies nationales sont techniquement insolvables, accablées par des milliards de dollars de dettes et des infrastructures insuffisantes pour assurer un approvisionnement stable.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le déficit de financement pour atteindre un accès universel à l’énergie en Afrique dépasse les 30 milliards de dollars par an, avec les solutions hors réseau et mini-réseaux qui gagnent en popularité comme alternatives évolutives. Pourtant, ces technologies ne sont pas déployées de manière homogène à cause de politiques mal appliquées, d’écosystèmes de marché fragmentés et d’un manque de professionnels formés et responsables.

De plus, la confiance dans les institutions publiques de l’énergie reste faible dans de nombreux pays. Les hausses fréquentes des tarifs, la facturation estimée et les services peu fiables ont conduit à une utilisation massive de générateurs diesel — coûteux tant sur le plan économique qu’environnemental. Cela engendre un cercle vicieux d’inefficacité, de frustration et de résistance à la réforme.

Le leadership éthique : un pilier manquant
Pour que le continent atteigne ses objectifs énergétiques, le caractère de ceux qui les mettent en œuvre doit faire partie de la discussion. Les manquements éthiques — de la fraude dans les marchés publics à la capture réglementaire — ont freiné les progrès dans l’ensemble de la chaîne de valeur de l’énergie. Des politiques bien conçues ont souvent été sapées par un manque de discipline dans leur application ou une absence de volonté politique.

Cela n’est pas propre à l’Afrique, mais le coût d’une mauvaise gouvernance dans le secteur de l’énergie y est particulièrement aigu. Lorsqu’un projet d’électrification échoue, ce n’est pas juste une statistique : c’est une école qui reste dans le noir, une clinique qui ne peut pas conserver de vaccins, une entreprise qui ferme prématurément.

L’Afrique a besoin de professionnels de l’énergie qui considèrent leur travail non pas comme un simple emploi ou une opportunité commerciale, mais comme une vocation à servir les populations avec excellence et intégrité. C’est là qu’une approche fondée sur la foi dans le développement énergétique — axée sur le leadership éthique, la vocation et la responsabilité — peut constituer une base complémentaire aux solutions techniques.

L’innovation guidée par l’Esprit : aligner but et progrès

Un intérêt croissant se manifeste chez les jeunes professionnels africains pour combiner leurs compétences techniques à une quête de sens plus profonde. Des réseaux confessionnels dans l’énergie, la santé et l’éducation émergent comme des espaces alternatifs où les valeurs comptent autant que les résultats. Ces communautés offrent mentorat, soutien spirituel et collaboration professionnelle — des ingrédients souvent absents dans les milieux industriels traditionnels.

En tant qu’initiatrice du réseau Graced Energy Professionals for Africa (GEPA), j’ai été témoin de la soif des jeunes professionnels en début de carrière pour un modèle de leadership à la fois transformateur et fondé sur des valeurs. Ces individus ne cherchent pas simplement à évangéliser le secteur de l’énergie, mais à faire en sorte que l’innovation repose sur l’intégrité, la compassion et l’impact communautaire.

Si vous êtes un professionnel de l’énergie et souhaitez rejoindre une communauté engagée, guidée par la foi et déterminée à promouvoir un leadership éthique et un impact durable, visitez https://gepafrica.com pour en savoir plus et vous engager.

L’innovation inspirée par l’Esprit ne signifie pas mettre de côté la science ou les dynamiques de marché. Elle implique de reconnaître que la sagesse, le discernement et la justice sont essentiels au développement durable. Elle suppose aussi de former les futurs leaders profondément ancrés dans les valeurs, capables de naviguer avec clarté technique et courage moral dans la complexité du secteur.

Un changement discret, aux implications majeures

Le débat énergétique en Afrique est souvent dominé par les mégawatts, les financements et les infrastructures. Mais derrière chaque politique, il y a un décideur. Derrière chaque projet, un chef de projet. Derrière chaque révision tarifaire, un régulateur. Si nous investissons uniquement dans le matériel et négligeons le « logiciel humain » — l’éthique, l’état d’esprit et les motivations des acteurs — nous risquons de répéter les erreurs du passé.

Un changement discret mais puissant est nécessaire : passer des solutions à court terme à une gestion à long terme, d’un leadership transactionnel à un leadership transformationnel. Ce changement ne se fera pas du jour au lendemain, mais il est déjà en train de prendre racine dans les communautés, les réseaux professionnels et les espaces de mentorat à travers le continent.

Nous devons commencer à poser les bonnes questions : qui conçoit l’avenir énergétique de l’Afrique, et pourquoi ? Sont-ils motivés uniquement par le profit, ou par une vision qui cherche à autonomiser les communautés et élever les générations futures ?
En répondant à ces questions, nous commençons à construire non seulement une Afrique plus électrifiée, mais aussi une Afrique plus équitable et pleine de sens.

Note de l’autrice :
Chinenye Ajayi est une professionnelle de l’énergie, experte en droit et politique de l’électricité, et cofondatrice de Solfa Power Limited. Elle est également la fondatrice de Graced Energy Professionals for Africa (GEPA), une communauté inspirée par la foi qui mobilise des professionnels éthiques et guidés par l’Esprit pour transformer le secteur énergétique africain.

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