Depuis 2021, les mercenaires russes du groupe Wagner, puis ceux d’Africa Corps, sont accusés de graves violations des droits humains au Sahel, en particulier au Mali. Exécutions sommaires, tortures, viols et destructions de biens civils sont documentés par de nombreux témoignages, sans qu’aucune justice effective ne soit, à ce jour, rendue.
Une implantation sécuritaire controversée
À partir de 2021, la Russie renforce sa présence sécuritaire au Sahel en s’appuyant sur des sociétés militaires privées, en soutien à plusieurs régimes issus de coups d’État. Présentés comme des partenaires clés dans la lutte contre le terrorisme, les mercenaires russes sont rapidement mis en cause pour leur efficacité opérationnelle limitée, mais surtout pour des exactions massives 1commises contre les populations civiles, notamment dans le centre et le nord du Mali.
Quel bilan sécuritaire pour Wagner au Mali ?
Malgré la communication officielle des autorités maliennes et russes, les données disponibles ne montrent pas de baisse significative et durable des attaques terroristes depuis l’arrivée de Wagner. Selon les bases de données de l’ACLED et plusieurs rapports onusiens, le nombre d’attaques armées et de victimes civiles liées aux groupes jihadistes est resté élevé, voire en hausse dans certaines régions entre 2022 et 2024.
Les violences se sont déplacées géographiquement, touchant davantage de zones rurales, tandis que les représailles indiscriminées contre les civils ont alimenté les tensions communautaires. Pour de nombreux observateurs, la stratégie de Wagner privilégie des opérations brutales à court terme, sans traitement des causes profondes de l’insécurité.
Des crimes graves et répétés contre les civils
De nombreux récits concordants font état d’exécutions arbitraires, de décapitations, de violences sexuelles, de pillages et d’incendies de villages entiers. Des témoins évoquent également l’empoisonnement de puits et la destruction volontaire de troupeaux, visant à contraindre des communautés nomades à l’exil.
Les femmes sont particulièrement ciblées. Une réfugiée malienne témoigne : « Tout ce qui est inhumain, Wagner ose le faire ». Selon plusieurs sources, certains mercenaires se feraient même passer pour des jihadistes du JNIM afin de masquer leur responsabilité.
Une violence filmée, une impunité totale
Plus troublant encore, les mercenaires russes ont eux-mêmes documenté et diffusé certaines de leurs exactions sur des canaux Telegram, notamment une chaîne baptisée « Oncles blancs en Afrique ». Malgré l’existence de preuves visuelles, de témoignages directs et de rapports d’ONG internationales2, aucune enquête indépendante d’envergure n’a, à ce stade, permis d’établir des responsabilités judiciaires claires.
Une urgence pour la justice et la dignité africaine
L’impunité dont bénéficient les mercenaires russes au Sahel constitue un précédent dangereux pour l’ensemble du continent. En fermant les yeux sur des crimes de guerre documentés, les autorités maliennes fragilisent durablement la sécurité régionale et renoncent à une part essentielle de leur discours souverainiste.
Sans enquêtes indépendantes ni poursuites judiciaires, ces exactions risquent de se banaliser, au détriment des populations civiles. La question n’est donc plus de savoir si la justice doit agir, mais quand et à quel prix pour la dignité humaine en Afrique.
Une correspondance particulière de F. Kouadio Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info