Les récentes sorties médiatiques de M. Cissé Lamine, Secrétaire Général du syndicat du Patronat des Auto-écoles, appellent à une mise au point rigoureuse. Si le constat de l’insécurité routière est partagé, l’analyse des causes, elle, semble souffrir d’une amnésie sélective. Avant de pointer du doigt la gestion étatique ou de réclamer de nouveaux « États Généraux », il convient de s’interroger sur la qualité de la formation initiale délivrée par ceux-là mêmes qui mettent les conducteurs sur nos routes.
Des textes ambitieux qui n’attendent que leur application
M. Cissé Lamine réclame des assises. Pourtant, l’arsenal juridique ivoirien est déjà l’un des plus avant-gardistes de la sous-région. La Loi d’Orientation du Transport Intérieur (LOTI) de 2014 et le décret de 2016 sur le Code de la route tracent une voie claire.
Depuis 2016, les réformes sont majeures :
- Fin du permis permanent ;
- Suppression des permis « toutes catégories » (ABCDE) obtenus sans spécialisation ;
- Obligation du Certificat d’Aptitude de Conducteur Routier (CACR) pour les professionnels.
Le problème n’est donc pas l’absence de vision, mais le refus de certains acteurs de s’arrimer à la modernité. Plutôt que de demander des dialogues à répétition, le patronat des auto-écoles gagnerait à s’imprégner de ces textes pour les appliquer à la lettre.
La formation : le maillon faible de la chaîne
L’argument de « l’illettrisme » des acteurs ne saurait justifier le laisser-aller. Le nouveau Programme National de Formation (PNF), élaboré avec l’expertise de l’Association québécoise des transports (AQTr), est basé sur une approche par compétences. C’est un standard international.
Comment expliquer qu’aujourd’hui, le véhicule estampillé « Auto-école » soit devenu une rareté dans nos rues ? Comment des structures privées, créées dans un but lucratif, peuvent-elles exiger que l’État finance leurs équipements et leurs véhicules, tout en s’opposant à un prélèvement minime de 1 000 FCFA destiné à la modernisation du système ? Il y a là une contradiction flagrante. Si les auto-écoles étaient réellement aux normes, le permis à points tant redouté ne serait pas une menace, mais une simple formalité pour des conducteurs bien formés.
Radars et “Massas” : entre vérité technique et nécessité de répression
Le syndicat dénonce l’usage des véhicules de type “Massa” pour le transport de personnes et l’inefficacité des radars fixes face aux excès de vitesse sur l’axe Abidjan-Yamoussoukro. Sur ces points, l’expertise technique abonde dans leur sens : la transformation des véhicules doit être plus strictement réglementée.
Cependant, la solution ne réside pas uniquement dans le déploiement massif d’agents au bord des routes. Le Ministère des Transports et des Affaires Maritimes travaille déjà à compléter les radars fixes par des unités mobiles de surveillance (Projet de Surveillance des Infractions).
La vision du Ministre Amadou Koné est claire :
- Alourdir les sanctions et ouvrir systématiquement un volet judiciaire pour les infractions graves.
- Mettre sous surveillance électronique accrue les récidivistes.
- Instaurer un dispositif de contrôle strict aux frontières pour les véhicules étrangers, souvent impliqués dans des drames routiers.
Vers une fermeture des Auto-écoles non conformes
La récréation doit prendre fin. Après l’assainissement encours des centres de visite technique, le prochain cap est celui des auto-écoles. Celles qui ne respectent pas le PNF, qui n’intègrent pas de formation au secourisme ou qui faillent à leur mission de sécurité publique devront fermer.
Enfin, avant de dénoncer les défaillances du système, le Patronat des Auto-écoles doit assumer sa part de responsabilité : on ne peut pas former des conducteurs avec des méthodes du siècle dernier et s’étonner de l’hécatombe sur nos routes. La sécurité routière commence dans la salle de classe de l’auto-école, pas seulement sur l’asphalte.
(Une contribution de Koné Khayafa, étudiant ivoirien à Ankara)