AFRIKIPRESSE-Dakar . S’il y a deux choses qui fâchent les Sénégalais dans le procès de Karim Wade et Cie pour enrichissement et complicité d’enrichissement illicite, ce sont bien l’attitude des avocats de la Défense qui sont venus aux plaidoiries après avoir boudé une partie des audiences, et la Durée car, le procès termine cette fin février son septième mois.
Le réquisitoire de mardi dernier de Cheikh Tidiane Mara, Procureur spécial de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), de sept ans de prison ferme et une amende de 250 milliards f cfa n’a pas fait changer de position à Wade-fils et ses avocats toujours absents; ce qui n’est pas le cas des conseils de ses coprévenus.
Le lendemain du réquisitoire contre leur client pour qui le Procureur a demandé des peines allant de 4 à 6 ans et une amende de 250 milliards chacun, la défense des supposés complices de Karim, à savoir Bibo Bourgi, Mamadou Pouye, Alioune Diassé et Pierre Agbogba, a vite remis sa robe d’avocat.
“C’est incompréhensible, inacceptable et irritant, cette attitude de la défense. Ces avocats auraient dû être responsables et assumer jusqu’au bout leur bouderie”, s’offusque Alphonse, la voix amère et pleine de colère. Pour lui, cette “situation de mi-fugue est plus que fâcheuse et déshonore l’avocat”.
“Car, ajoute-t-il, quand l’avocat prend une décision, il doit l’honorer. C’est pourquoi, la défense qui avait boudé une partie des auditions des témoins, ne devait plus revenir aux plaidoiries”.
De son côté, Mame Aicha lance des piques en langue wolof. Selon elle, “défense bi dey soué ak askan wi (la défense joue avec le peuple)”. “Wayé nag dafa doy seuk (mais ça suffit largement)”, dit la dame.
Ibrahima va plus loin et taxe les avocats de la défense de “politiciens masqués qui utilisent la barre de la Crei pour faire leurs shows politiques”. “Regardez les avocats de Karim Wade, il y a combien anciens ministres et militants du Parti démocratique sénégalais de son père ex-président? Parmi ceux ci, il y a Me El Hadj Amadou Sall, Me Madické Niang, et l’ancien Premier ministre, Me Souleymane Ndéné Ndiaye. C’est ahurissant”, dit Ibou.
Tout comme la défense, la durée du procès irrite également des Sénégalais selon qui,”jamais dans l’histoire judiciaire du Sénégal, un procès n’a duré autant de temps”. “Ça suffit maintenant, depuis l’ouverture le 31 juillet 14, ce procès nous tient au coup”, dit Cheikh, affecté à la Crei pour ce procès.
Modou, un vendeur installé à côté du tribunal hors classe de Dakar qui abrite les audiences, ne dit pas le contraire et plaide pour que la Cour rende son verdict, lui qui presque chaque matin, “voit un important dispositif sécuritaire qui filtre le passage, minimisant ainsi ses chances d’avoir beaucoup de clients”.
“De grâce, finissons avec ce procès et passons à autre chose. Il est vraiment temps qu’on en finisse”, lance Cheikh, enseignant à Fatick (centre), venu chercher un casier judiciaire à son tribunal départemental de Dakar, logé au Palais de justice qui sert aussi d’office au tribunal hors classe.
Ce souhait des Sénégalais risque de ne pas se réaliser pour l’instant. Un autre procès pour enrichissement illicite s’ouvre ce 3 mars et porte sur 47 milliards f cfa. Cette fois ci, c’est Aida Ndiongue, ancienne senatrice sous le régime d’Abdoulaye Wade, et femme d’affaires, qui passera devant la Crei.
Elle risque d’être trouvée au même tribunal par l’ancien président tchadien, Hisséne Habré, dont le procès pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crime de torture devra débuter en mai ou juin 2015.
Ndiack Faye