Depuis 2019, le nord du Bénin est devenu une zone d’expansion des groupes djihadistes venus du Sahel. Pour contenir cette menace aux frontières du Burkina Faso et du Niger, Cotonou a engagé une stratégie mêlant renforcement militaire, développement local et coordination sécuritaire. Une approche suivie de près par les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, dont la Côte d’Ivoire.
Une pression djihadiste croissante aux frontières du Bénin
Le Bénin, longtemps épargné par l’insécurité sahélienne, fait face depuis 2019 à des incursions de groupes affiliés à Al-Qaïda (JNIM) et à l’État islamique (ISGS) dans ses départements du nord, notamment l’Alibori et l’Atacora. Cette progression s’inscrit dans la dégradation sécuritaire du Burkina Faso et du Niger voisins, où les groupes armés contrôlent encore des zones rurales et frontalières.
Pour les États côtiers comme la Côte d’Ivoire, cette extension vers le golfe de Guinée constitue un enjeu stratégique majeur : elle rapproche la menace djihadiste des corridors économiques régionaux et des zones portuaires.
Renforcement militaire : l’opération Mirador au cœur de la riposte
Face à l’urgence, Cotonou a fortement accru ses capacités sécuritaires. Le budget de défense a augmenté d’environ 60 % entre 2022 et 2024, tandis que les effectifs militaires ont presque doublé pour dépasser 12 000 soldats.
Lancée en 2022, l’opération Mirador a déployé près de 3 000 militaires dans le nord, avec un commandement unifié et des moyens aériens renforcés (hélicoptères Puma, Fennec, AW109, drones). Cette présence accrue vise à limiter les infiltrations transfrontalières et à sécuriser les parcs nationaux, souvent utilisés comme zones de repli par les groupes armés.
Sécurité et développement : une approche globale dans le nord béninois
Le Bénin combine réponse militaire et programmes civils, notamment le Programme de Résilience et de Prévention (PREP) lancé en 2024 pour améliorer l’accès à l’eau, aux services publics et aux infrastructures dans les zones frontalières.
Cette approche « sécurité-développement » est considérée par plusieurs experts internationaux comme l’une des plus structurées parmi les pays côtiers menacés. Elle vise à réduire la vulnérabilité socio-économique exploitée par les groupes djihadistes pour recruter et s’implanter.
Face au terrorisme, un modèle ouest-africain en construction
Malgré une pression persistante liée à l’instabilité sahélienne et à la fermeture des frontières avec le Niger et le Burkina Faso, le Bénin a jusqu’ici limité l’implantation durable des groupes armés sur son territoire.
Pour la Côte d’Ivoire, confrontée elle aussi à des attaques au nord depuis 2020, l’expérience béninoise souligne l’importance d’une présence militaire dense couplée à des actions sociales locales. La stabilisation durable du nord béninois reste toutefois dépendante de l’évolution sécuritaire au Sahel et de la coopération régionale.
Une correspondance particulière de Fleur Kouadio
Rédactrice en chef – Cap Ivoire