Politique

Tidjane Thiam : de l’icône espérée à l’illusion brisée

Par Philippe Kouhon22 avril 2025

Longtemps présenté comme l’un des esprits les plus brillants de sa génération, l’ancien patron du Crédit Suisse, Tidjane Thiam, semblait porter en lui les espoirs d’un renouveau, tant sur le plan économique que politique. De la haute finance internationale aux sphères du pouvoir ivoirien, son parcours faisait rêver. Mais aujourd’hui, le rêve semble virer au cauchemar.

Alors qu’il était salué pour son génie économique — malgré la fin tumultueuse de son passage à la tête de Crédit Suisse — Tidjane Thiam est rentré en Côte d’Ivoire dans un contexte politique délicat, profitant de la fragilité du président Henri Konan Bédié pour s’imposer à la tête du vieux parti, le PDCI-RDA, au lendemain de son décès. Beaucoup ont vu en lui le visage du renouveau, l’étendard d’une nouvelle génération capable de redonner au parti fondé par Houphouët-Boigny ses lettres de noblesse.

Mais très vite, les illusions se sont dissipées. Contesté aussi bien à l’extérieur qu’au sein même de son propre camp, Tidjane Thiam s’est retrouvé pris dans une tourmente qui ne fait que s’intensifier. Le 22 avril 2025, la justice ivoirienne a ordonné sa radiation de la liste électorale provisoire, estimant qu’il ne remplit pas les conditions de nationalité requises.

En clair, la nationalité ivoirienne de Thiam n’est pas contestée. Seulement au moment il s’inscrivait sur la liste électorale, il n’avait plus cette qualité. Sa réinscription ne pourra intervenir qu’au cours d’une prochaine révision de la liste électorale.
Un coup dur pour celui qui se présentait comme le candidat “naturel” du PDCI-RDA à l’élection présidentielle d’octobre 2025.
Et ce n’est peut-être qu’un début.

Une autre procédure judiciaire l’oppose à Dame Valérie Yapo, militante du PDCI-RDA, qui conteste sa légitimité à la tête du parti, toujours sur la base de sa supposée absence de nationalité ivoirienne. Elle l’accuse d’avoir usé de faux pour briguer la présidence du parti et réclame purement et simplement sa démission. Si la justice lui donne raison, toutes les décisions prises par Tidjane Thiam en tant que président du PDCI-RDA pourraient être remises en cause.

Quelle chute pour celui que beaucoup voyaient comme une fierté nationale. Une descente aux enfers politique et judiciaire qui interroge : comment un homme aussi brillant a-t-il pu tomber aussi bas ? Peut-être faut-il rappeler, avec une pointe de sagesse africaine, que l’intelligence ne suffit pas toujours à faire un sage.

Philippe Kouhon

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