Dans une longue interview accordée à Bloomberg, ce week-end, le président du PDCI-RDA, Tidjane Thiam, réfugié à Paris, accuse la justice ivoirienne de l’avoir injustement écarté de la course à l’élection présidentielle d’octobre 2025. Une posture qui interroge : comment prétendre gouverner un pays tout en rejetant les lois et institutions qu’on serait appelé à défendre et à incarner ?
Une charge hasardeuse contre la justice ivoirienne
Dans son entretien, Tidjane Thiam dénonce la décision du tribunal ivoirien ayant invalidé sa candidature en raison de sa double nationalité au moment de son inscription sur les listes électorales. Il s’érige en victime d’un système politique biaisé, allant jusqu’à saisir le Comité des droits de l’homme des Nations Unies. Pourtant, la loi ivoirienne est claire : tout candidat à l’élection présidentielle doit jouir exclusivement de la nationalité ivoirienne. Comment celui qui aspire à incarner la plus haute autorité de l’État peut-il choisir de remettre en cause les textes de loi, alors même qu’il aurait à les faire respecter en tant que président ?
Le paradoxe d’un “premier de classe” en politique
Longtemps perçu comme un intellectuel brillant et un technocrate de renom, Thiam donne désormais l’image d’un homme incapable de reconnaître ses propres responsabilités. Sa posture frise la malhonnêteté : vouloir diriger un pays tout en récusant les fondements mêmes de son droit. L’épisode révèle un paradoxe inquiétant : derrière la réputation d’homme intelligent, se cache une absence de lucidité politique qui fragilise son image.
De Credit Suisse à la politique : la répétition d’un même schéma
Ce refus de se remettre en cause n’est pas inédit. Lorsqu’il dirigeait Credit Suisse (2015-2020), Tidjane Thiam s’était retrouvé au cœur du scandale du “Spygate”, qui a précipité son départ. À l’époque déjà, il rejetait toute responsabilité, préférant dénoncer de supposés complots et manœuvres hostiles, sans jamais assumer sa part d’erreurs de gouvernance.
Aujourd’hui, en politique ivoirienne, le scénario se répète : plutôt que d’admettre qu’il n’a pas respecté la loi électorale en matière de nationalité, il accuse la justice d’être manipulée.
Cette similitude interroge. Peut-on sérieusement aspirer à diriger un État lorsqu’on refuse, dans tous les domaines, d’assumer ses responsabilités et qu’on préfère toujours endosser le rôle de victime ?
Un récit victimaire devenu sa marque de fabrique
Son autobiographie publiée le 28 août dernier, Without Prejudice. A Memoir, confirme ce travers. L’ouvrage, censé livrer une introspection, se transforme en exercice d’autojustification : Tidjane Thiam s’y décrit comme victime de racisme, de jalousie et de manœuvres politiques, aussi bien dans le monde de la finance que dans sa carrière actuelle. Mais à force de pointer les autres du doigt, il laisse transparaître une incapacité chronique à se regarder en face.
Des propos désobligeants qui ternissent son aura
En accusant les élites suisses de racisme et la justice ivoirienne de partialité, Tidjane Thiam alimente l’image d’un homme déconnecté des réalités et aigri par ses propres échecs. Ce décalage entre le banquier prestigieux qu’il fut et l’homme politique contestataire qu’il tente de devenir brouille son image auprès de ceux qui l’avaient longtemps perçu comme une référence de réussite africaine à l’international.
Une ambition politique minée par l’aveuglement
En attaquant la justice de son pays et en ressassant des griefs passés, Tidjane Thiam fragilise lui-même son avenir politique. Comme dans la finance, son incapacité à reconnaître ses propres failles et à tirer les leçons de ses expériences l’empêche de convaincre durablement.
Finalement, Tidjane Thiam ne semble pas tant victime de la justice que de lui-même.
Philippe Kouhon