Radié de la liste électorale et accusé d’avoir violé les textes du parti, Tidjane Thiam a annoncé, ce dimanche, sa démission de la présidence du PDCI-RDA. Officiellement, il évoque un “harcèlement judiciaire”. Officieusement, il tente d’éviter une disqualification certaine. Analyse d’un repli stratégique maquillé en acte de dignité.
Abidjan, le 12 mai 2025 – Pour certains, c’est un séisme politique. Pour d’autres, une fuite savamment orchestrée. Tidjane Thiam a jeté l’éponge. Dans un communiqué publié ce dimanche, il affirme quitter la présidence du PDCI-RDA, dénonçant un supposé “harcèlement judiciaire” contre lui et contre sa formation politique. Un argument qui sonne creux, à la lumière des récents rebondissements judiciaires.
Quand Tidjane Thiam tourne le dos à la justice ivoirienne
Radié de la liste électorale par le tribunal de première instance le 22 mars dernier pour inscription irrégulière, Tidjane Thiam était également attendu devant la justice à la suite de la plainte déposée par Dame Valérie Yapo, contestant la légalité de sa candidature à la présidence du parti. Alors que les décisions judiciaires menaçaient de le rattraper, il a préféré devancer l’orage… en se retirant. Une sortie bien plus stratégique que sacrificielle.
Une manœuvre d’évitement à la limite du mépris institutionnel
Ce départ intervient alors que le PDCI-RDA fait face à des tensions internes croissantes, miné par les recours judiciaires et les divisions à l’approche de la présidentielle. Conformément aux statuts du parti, l’intérim revient désormais à Ernest N’Koumo Mobio, doyen d’âge des vice-présidents. Mais là encore, l’affaire n’est pas close : la légitimité même des actes posés par Thiam durant sa présidence est en question. Si sa nomination était irrégulière, tout ce qu’il a engagé pourrait bien être frappé de nullité.
Dans une déclaration sobre et grave, Ernest N’Koumo Mobio a dit répondre à « l’appel du devoir », acceptant la charge avec « responsabilité » et appelant les militants à « l’unité », à « la discipline » et à « la sérénité » pour préserver l’héritage du parti.
Quel avenir pour le PDCI-RDA ?
La sortie brutale de Thiam laisse le PDCI-RDA à un carrefour incertain. Qui pour porter les couleurs du parti à la prochaine présidentielle ? Les appels à un plan B se font insistants. Lors d’un récent rassemblement, un militant a même tenté de se blesser après avoir évoqué publiquement cette option, preuve du climat de tension extrême.
En clair : Les adversaires du PDCI-RDA auraient tort de relâcher leur vigilance. Derrière cette démission se profile une tentative d’annuler les effets d’une décision de justice à venir. En sortant de son propre chef, Tidjane Thiam espère rendre caduque une éventuelle disqualification judiciaire. Une ruse bien huilée pour esquiver l’article 48, qui le visait de plein fouet. Plus qu’un retrait, c’est un contournement assumé des règles du jeu.
Philippe Kouhon